Tous au Larzac

écrit par murielle

Face à la montée des fascismes économiques, politiques, religieux, face au progrès technique incontrôlé, celui qui nous fait accepter n’importe quoi pour assurer notre profit, notre bien-être, que faire ? Cette phrase tellement actuelle fut en fait prononcée par Philippe Fauchaut, un paysan du Larzac, en 1971. Les soixante-huitards se souviennent surement d’une énorme bataille politique menée en France après Mai 68 et qui dura près de 10 ans.

Tous au Larzac, du documentariste Christian Rouaud, commémore l’évènement et montre à ceux qui n’étaient pas nés à l’époque (j’en fait partie) l’aventure militante et triomphante des paysans face à l’Etat. Avant Occupy Wall Street, London, etc, il y avait les indignés du Larzac.

Un peu d’histoire: L’affaire se noue en octobre 1970, lorsque est divulgué le projet d’extension du camp militaire du Larzac, construit en 1902 et installé sur la commune de La Cavalerie sur une superficie confortable de 3 000 hectares. Cet agrandissement prévoit pourtant de porter sa surface à 17 000 hectares et d’empiéter sur douze communes environnantes. Le projet se heurte d’emblée à une levée de boucliers de la part des paysans de la région, qu’ils soient natifs de cette terre ou nouveaux arrivants débarqués du rêve alternatif. La suite sur le Monde

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C’est un film qui met du baume au coeur. Tout sauf naïf, il est enthousiaste et chaleureux. En deux heures, Rouaud déroule chronologiquement et rigoureusement les faits, présente l’Histoire et ses protagonistes sous une jolie lumière. Il alterne témoignages, images d’archive et actuelles.

Les paysans se sont promis une seule chose : faire front commun, rester unis et ne jamais céder aux propositions financières indécentes faites par l’armée. Jamais à cours d’idées ou de détermination, les indignés du Larzac prônent la lutte non violente: marches vers Orléans ou Paris, manifestations joyeuses ou silencieuses (l’arrivée sur Paris dans le silence avec pour unique son le bruit des bâtons sur le bitume est extraordinaire!), avec ou sans tracteurs, occupations de bâtiments, construction de bergeries avec l’aide d’hippies maladroits mais pleins de bonne volonté.

L’intérêt de cette histoire se trouve aussi dans ces histoires personnelles, dans ces protagonistes (Marzette et Guy Tarlier, Christiane et Pierre Burguière, Léon Maillé, José Bové et les autres) qui racontent la découverte du militantisme, tout au long de ces années de combat. Ils sont plusieurs par exemple à raconter qu’avant l’annonce faite par Debré, ils étaient des paysans de souche catholique pratiquante, ils ne connaissaient rien à la politique, ils votaient à droite par tradition, certains étaient même franchement hostiles aux mouvements étudiants et ouvriers de 68.

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Cette histoire vraie devient une jolie fable sur la fraternité et l’unité. C’est un film humaniste qui nous pousse à encore croire que tout est possible. C’est un documentaire qui reste tellement d’actualité  (les agents provocateurs dans les manifs, les intimidations, les attentats, etc.). Il met en question la légalité face à la légitimité et il montre comment une portion de paysans installe les prémices de l’altermondialisation.

En ces temps modernes où les gouvernements veulent faire peur à ses peuples, où la division sert le pouvoir en place (les employés du privé contre les fonctionnaires, les smicards contre les rmistes, les français de souche contre les immigrés, les précaires contre les encore plus précaires, …), où « diviser pour mieux régner » est loi, ce film prône l’unité. C’est le « tous ensemble » qui fait loi. Et c’est le « tous ensemble » qui gagne (avec le soutien des objecteurs de conscience, des maoistes et post-soixante-huitards, des amitiés qui se créent et deviennent à la vie à la mort).

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Ce sont deux heures qui passent tellement vite. On ne veut pas quitter les protagonistes. Ils nous touchent (l’amour de Marizette et Guy Tarlier, la solidarité sans faille), nous font rire (la cohabitation avec les hippies, l’apprentissage de la politique, la création d’un journal) et nous inspirent (leur volonté d’aller jusqu’au bout).

À tous les résignés et les autres, allez voir Tous au Larzac. Je vous défie de quitter la salle sans la larme à l’oeil et le sourire aux lèvres.

Un extrait sur le site mediapart

Comments: 5

  1. Nat says:

    Je l’ai vu moi aussi la semaine dernière. J’ai été extremement émue par leur personnalite et leur combat qui devient un combat universel, qui dépasse les classes sociales, les sensibilités politiques. C’est super!

    • Tant mieux! C’est un sujet universel et toujours d’actualité: la prise de conscience politique, la compréhension de la manipulation politique de l’information, etc C’est incroyable ce combat et tout ce qui en découle. C’est un documentaire qui devrait être montré dans les écoles et ailleurs (afin que tous les gens apolitiques, non concernés par la marche du monde) comprennent un peu mieux ce qui en découle…

  2. Laurent says:

    Très bon commentaire. Tu donnes envie d’aller le voir.

  3. Fred says:

    On est allés le voir hier soir. C’est super. Je suis plutot porté sur les films noirs et horreur donc j’avais du chemin à faire mais je me souvenais d’un oncle qui était parti faire le larzac. La salle était pleine et on était beaucoup à être émus. Super critique de film de ta part. J’etais tombé par hasard sur ton site en cherchant une photo et depuis quelque temps je te suis et je commente avec ma femme. On en veut encore plus.

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