Lanto l’enragé

écrit par murielle

Je viens de terminer Runt (Ianto l’enragé en français) de Niall Griffiths qui est l’un des meilleurs écrivains britanniques d’aujourd’hui. Voilà, ça c’est dit.

Ses romans sont durs, profanes et magnifiques de beauté qui ne tombent jamais dans le sentimentalisme.  Griffiths est le porte parole des personnages d’une telle façon que les autres écrivains semblent bien lâches en comparaison.

J’ai eu un peu peur de ce livre. Il m’a fallu du temps pour l’aborder malgré l’insistance d’un ami.

ianto-lenrageRunt est un diamant. Un diamant brut. Rédigé comme un monologue, l’histoire se déroule à travers la voix d’un garçon de 16 ans, mi-homme, mi-enfant, savant et visionnaire. Il vit chez son oncle alcoolique, dans les collines galloises. Il a des crises d’épilepsie au cours desquelles il a des visions fantastiques où est en osmose avec les animaux et le monde autour de lui. Mais il n’arrive pas à s’exprimer sur son don de « shaman ».

La terre galloise est le théâtre d’un drame brutal qui remet tout en cause. Si vous voulez lire quelque chose de dur et qui vous saisit jusqu’aux tripes, si vous voulez une histoire sur fond de musique techno et de champignons hallucinogènes, c’est le livre qu’il vous faut. Griffiths a cette capacité comme Irvine Welsh, de rendre phonétiquement la langue vernaculaire et donner ainsi le rythme de la psychologie des personnages. Mais Griffiths apporte une poésie colèrique face à l’humoir noir de Welsh.

Si vous connaissez le Pays de Galle, vous comprendrez combien le territoire littéraire se mêle au territoire réel, fait de papiers rizzla, des allocs touchées chaque semaine, des jours sans fin de cuite et de drogue. Il y a les clochards, les stoners, les junkies, les dealers, les laissés pour compte avec leur rage et aliénation plus ou moins articulées. Il y a aussi le lac Bala niché dans les montagnes, les fermes presqu’à l’abandon, la fièvre aphteuse, le suicide et la violence conjugale.

Griffiths cite Nick Cave, Tom Waits et Hubert Selby junior comme influences. Certainement pour l’humour noir, une tournure inattendue de la phrase et l’absence de peur qu’il partage avec eux.

Je sais que ce ne sera pas au goût de tous. Les thèmes abordés sont lourds et il n’y a aucun espoir. Mais si comme moi, vous aimez les gens à la marge, les gens pour qui la vie est redondante, les gens sans croyance, les gens qui savent qu’il n’y a rien à célébrer, alors vous aimerez ce livre.

Comments: 7

  1. Anne-Marie says:

    Ta critique est excellente mais je ne pense pas que ce livre soit pour moi :-)

  2. Je note, je suis toujours ravie de découvrir des contemporains, merci Murielle !

  3. Laurent says:

    Je te fais confiance alors j’ai commandé le bouquin. Satisfait ou remboursé?

    • Euh… si pas satisfait un article sur le sujet de ton choix ou un verre offert quand tu es de passage à bayonne

  4. Mélanie says:

    J’aime beaucoup ta page livres. Tes choix de lecture sont très originaux et bien critiqués. Je commente rarement mais je peux t’assurer que j’apprécie ce que tu écris.

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