Câlins gratuits

Est-ce que vous vous souvenez de Juan Mann? Et de sa campagne Free Hugs (Câlins Gratuits)? Je me rappelle avoir vu en 2005 ou 2006 une fille avec une pancarte « Free Hugs » dans une rue de Londres. Sur le moment j’ai pensé qu’elle était bizarre, excentrique. Et maintenant, je me dis que j’ai eu tort, recevoir et donner un peu de tendresse est un joli acte. Si c’était à refaire…

Le neuro-psychologue James W Prescott, a affirmé dans les années 60 et 70 que le manque de contact affectueux entre les mères et les nourrissons pouvaient entraîner des anomalies cérébrales permanentes associées à l’abus de substances, dépression, troubles de l’alimentation et violence. Beaucoup plus récemment, l’anthropologue Robin Dunbar a constaté que les primates se toilettent mutuellement plus longtemps que nécessaire pour se faire des amis et consolider ses « relations ».

Je pense que c’est aussi vrai des êtres humains. S’ils éprouvent un contact physique non sexuel, ils sont plus susceptibles de se sentir protégés et d’être en retour plus protecteurs de l’autre. Je crois sincèrement que l’on a besoin de tendresse.

Je suis sûre que vous avez tous une anecdote, un souvenir de quelqu’un qui vous a réconforté par un sourire, une parole ou un toucher. J’ai un souvenir pas si lointain. Au mois  d’avril, dans un bus presque vide, j’étais tellement triste, je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer. Pas de gros sanglots, pas de bruit, juste les larmes qui coulaient. Une femme à peine plus âgée que moi, un peu plus loin, l’a remarqué et elle est venue me prendre la main et me demander si ça allait. J’ai dit oui, balbutié quelque chose sur ma fatigue. Je l’ai remercié. Et je me suis sentie mieux. Elle est descendu peu après en me souriant, j’avais arrêté de pleurer, j’ai pu lui rendre son sourire.

Prendre plaisir dans les bienfaits de tous les jours, dans l’expérience partagée, faire ou recevoir ces petits actes inattendus de bonté, c’est formidable, non?

Michael Landy l’a bien compris. Depuis un an, il a invité les membres du public à soumettre des articles en ligne sur des actes de gentillesses dont ils avaient été témoins ou bénéficiaires en voyageant dans le métro de Londres.

Il explique que les gens sont dans une bulle dans les transports en commun. Ils lisent leur journal ou écoutent leur lecteur MP3 et se coupent de l’autre en évitant le contact visuel. Et c’est vrai que dans les grandes villes, c’est en partie ce qui est fait pour ne pas avoir de « problèmes ».
On oublie alors qu’il y a aussi des inconnus prêts à faire des choses anodines qui rendent le coeur un peu plus léger et qui éclairent notre journée. Il suffit de traverser ce pont affectif entre soi et l’autre, en offrant un kleenex à quelqu’un qui renifle, en souriant au voisin, toutes ces petites choses qui font du bien. Et qui ne coûtent rien.