Away we go

Chauffage allumé pour la première fois hier soir, une rhinite fébrile (dixit le docteur) qui ne veut pas me quitter et l’envie d’aller au lit tôt, sous le duvet avec un film qui réchauffe le coeur et rend l’endormissement plus léger. Et le choix de revoir Away we go de Sam Mendes.

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L’histoire: Lorsque Burt et Verona apprennent qu’ils vont devenir parents, c’est la panique. Ils détestent la ville de province où ils habitent, et maintenant que les parents de Burt déménagent, plus rien ne les y retient. Ils décident alors de partir à la recherche de l’endroit parfait où fonder leur famille. Sur leur chemin, ils rendent visite à leur famille et à de vieux amis. Certains leur paraissent fous à lier, d’autres leur donnent envie de suivre leur modèle.

Bon comme ça, c’est un film qui ne donne pas vraiment envie, un road movie avec deux inconnus dont une femme enceinte jusqu’aux yeux et pas grand chose à raconter. Et je sais qu’il n’a pas toujours plu à ceux à qui je l’ai conseillé. Mais là, quelque heures après l’avoir revu, malgré la sinusite, le nez qui coule et les mains glacées, je me sens bien.

Tout à propos de la vie de Burt et Verona semble délabrée et temporaire. Ils vivent dans un mobile, près des parents de Burt. Quand Verona tombe enceinte, ils espèrent que les parents vont aider. Mais ces parents, se révèlent être encore plus délabrés et fous que Burt et Verona. Le couple se rend compte qu’il est seul. Il doit repartir de zéro, se reconstruire en tant qu’adulte(s) classique(s) et cette crise est en un sens libératrice. Ils peuvent décider où ils veulent vivre et où ils veulent élever le bébé – bref, ils peuvent décider qui et ce qu’ils veulent être. Donc, Burt et Verona vont faire le tour de l’Amérique du Nord, en laissant tomber les vieux amis et camarades de classe, en testant des endroits et en méditant sur leur avenir.

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Le film fonctionne à travers des scènes frappantes et des moments magnifiques, plutôt que comme un ensemble continu. Il commence, par exemple, avec une extraordinaire séquence dans laquelle Burt en plein cunnilingus devine que Vérona est enceinte. Cela ressemble à quelque chose sorti d’un film de Judd Apatow ou des frères Farrelly (et en fait le père de Burt est joué par l’acteur Jeff Daniels, qui a fait une apparition inhabituelle dans Dumb and Dumber), mais c’est curieusement aussi touchant que drôle.

 

Un autre aspect intéressant du film est que Verona est métisse. Une allusion à son héritage africain est faite dans des contextes différents, à trois moments cruciaux et devient évident quand elle rencontre sa soeur. Il donne à la fois un film avec une deuxième lecture fascinante et une fin assez ironique quand Verona et Burt trouvent l’endroit de leurs rêves dans un coin idyllique de la Caroline du Sud, un état résolument républicain et plutôt raciste.

Pour un film, il ressemble parfois plus à une série d’esquisses provisoires qu’à un objet fini, mais son coeur est au bon endroit. Oui c’est un film sentimental qui fait fi du cynisme ambiant puisque le couple réalise que l’essentiel est l’amour qu’il se porte l’un à l’autre. Alors même quand/si vous ne voulez pas d’enfants, cette histoire fait du bien parce qu’elle remet un peu les choses en place. Et parce qu’elle nous rappelle que parfois l’essentiel est déjà là.