Cinquante nuances de Grey …

…ou le porno de maman

Dans quelques jours Cinquante nuances de Grey va déferler sur la France et les rayons des librairies.

 

Qu’est ce donc que ce(s) livre(s)? C’est un roman érotique publié en 2011 par l’anglaise E.L James. Il est le premier opus d’une trilogie qui retrace l’approfondissement des relations entre une jeune femme Anastasia Steele, et un magnat des affaires, Christian Grey. Il est remarquable pour ses scènes explicitement érotiques mettant en vedette la pratique sado-masochiste.

L’histoire

Lorsqu’Anastasia Steele, étudiante en littérature, interviewe le richissime jeune chef d’entreprise Christian Grey, elle le trouve très séduisant mais profondément intimidant. Convaincue que leur rencontre a été désastreuse, elle tente de l’oublier – jusqu’à ce qu’il débarque dans le magasin où elle travaille et l’invite à un rendez-vous en tête-à-tête.
Naïve et innocente, Ana ne se reconnaît pas dans son désir pour cet homme. Quand il la prévient de garder ses distances, cela ne fait que raviver son trouble. Mais Grey est tourmenté par des démons intérieurs, et consumé par le besoin de tout contrôler. Lorsqu’ils entament une liaison passionnée, Ana découvre ses propres désirs, ainsi que les secrets obscurs que Grey tient à dissimuler aux regards indiscrets…

Et oui, quand même…

Pourquoi j’en parle? Parce que c’est le livre qui a connu un succès énorme cet été, lu par beaucoup de femmes et quelques hommes, qu’un film est en préparation aux Etats-Unis avec les paris lancés sur quel acteur jeune et sexy sera Christian Grey, etc. Et que ce succès énorme est un mystère pour moi. Comment un livre dont l’histoire semble tirée d’un fantasme d’une jeune fille de 16 ans puisse faire partie des meilleures ventes de livres? Ah oui, ce ne sont pas les scènes « bondage » et sado-maso qui titillent les lectrices débutantes dans la pratique mais la notion romantique qu’une femme puisse transformer et « dompter » un homme comme Grey. Le fantasme ultime qu’une femme « normale » puisse séduire et garder l’homme parfait.

Le personnage principal masculin est un milliardaire (pas un millionnaire, mais un milliardaire) qui parle couramment le français, pianiste de talent, pilote dûment expérimenté, athlétique, magnifique, grand, un corps parfait avec un pénis énorme et le meilleur amant de la planète. En outre, il ne s’est pas seulement fait seul mais il utilise son argent pour lutter contre la faim dans le monde. Ah oui, et tout cela à l’âge vénérable de 26 ans! Pour couronner le tout, il ne travaille jamais puisque chaque seconde est consacrée à avoir des relations sexuelles ou envoyer des SMS et des e-mails au personnage féminin. Ses milliards semblent venir comme par magie. Plus sérieusement on dirait que deux adolescentes se sont réunies et ont décidé de créer « l’homme de leur rêve » avec comme résultat Christian Grey.

Puis viennent les scènes de sexe. La première est tolérable, mais elles deviennent tellement incroyables que cela devient plus risible qu’érotique. Elle prend son pied juste comme ça. Il dit son nom et elle a un orgasme. Il lui suffit de la frôler et elle a un orgasme. Il la domine et elle a un orgasme. Il semble qu’elle ait un orgasme à chaque page. C’est « superorgasmewoman ».

Je n’ai pas pu lire ce livre en entier. Non pas parce que l’histoire m’agace. Enfin oui, elle m’agace mais je comprends que ce sont des fantasmes sexuels et qu’ils ne sont que cela. Ils n’ont pas à être féministes, équitables ou éthiques, ils sont juste là pour exciter, et si certaines personnes pensent que ces fantasmes sont directement traduisibles dans leur propre chambre, alors ce n’est pas le livre qui est fondamentalement en tort dans ce scénario. C’est une célébration absolue des normes et des stéréotypes de genre et tout le monde est content. Le sadomasochisme, censé être démystifié et valorisé, n’est qu’un prétexte à un conte de fées réac.

Je n’ai pas pu finir ce livre parce que l’écriture est au même niveau qu’un Harlequin/Mills and Boon. Si vous prenez les parties où le personnage féminin est rougissant ou se mordille les lèvres, l’histoire sera ramenée à environ 50 pages. Parce que presque chaque page a un paragraphe entier consacré à rougir, mordiller ses lèvres ou soupirer « jeez ». Ensuite, il y a l’utilisation des « nuances de ». Il est « cinquante nuances de @ # $%% », « elle est devenue sept teintes de pourpre », « il est dix nuances de x, y et z ». Vraiment?…

« Je commence à me raidir tandis qu’il continue à me pilonner sans trêve. Mon corps frémit, se cambre ; je sens la sueur m’inonder. Oh mon Dieu… Je ne savais pas que ce serait comme ça… Je ne savais pas qu’on pouvait se sentir aussi bien. Mes pensées s’éparpillent… il n’y a plus que la sensation… plus que lui… plus que moi… de grâce… je me raidis. »

L’écriture n’est tout simplement pas à la hauteur, les personnages sont stéréotypés, et le sexe tourne au comique. Je ne sais pas ce qui se passe dans les autres livres et je n’ai pas l’intention de les lire pour le savoir. Mais étant donné le niveau de maturité du premier, j’imagine qu’ils se marient, ont 2 enfants parfaits, résolvent la faim dans le monde, et vivent heureux pour toujours tout en continuant à avoir des orgasmes non stop, qui causeront au personnage féminin de mordiller sa lèvre inférieure et de passer par « cinquante nuances de pourpre ». Jeez!

Enfin, si vous souhaitez lire une histoire d’amour, de possession et d’attachement (au sens propre) entre une jeune fille et un homme fantasmé complexe et excessif, autant choisir Jane Eyre de Charlotte Bronte. Reader, I married him…

Ou choisissez carrément des livres érotiques que vous trouverez chez votre libraire préféré ou en ligne, entre autres, Anaïs Nin, Erica Jong, Milo Manara, Alina Reyes, etc.

Quant au film qui sortira pour la St-Valentin 2015, me semble t’il, si Jamie Dorman vous plait, alors autant le voir dans la série TV The Fall qui met en valeur ses talents d’acteur.