Elle s’appelle Ruby

C’est un film qui vient de sortir et que je compte voir dans une salle la semaine prochaine. L’idée de départ me plait et je suis curieuse de savoir comment elle va être développée. Et puis, c’est réalisé par Jonathan Dayton et Valerie Faris, qui ont auparavant fait le formidable Little Miss Sunshine.

L’histoire: Depuis le succès de son premier roman, Calvin est en panne d’inspiration. Des années que cela dure. Lorsque son psy lui conseille d’écrire sur la fille de ses rêves, c’est le déclic. Il pond une centaine de pages. Un matin, une rousse flamboyante apparaît dans son salon et l’appelle «chéri». Calvin se pince, finit par se rendre à l’évidence: Ruby, la femme idéale sortie de son imagination, est là. En chair et en os.

En bref, c’est le mythe de Pygmalion. Qui est un mythe intéressant mais tellement bête. Quelques phrases prises sur wikipédia pour ceux qui ne connaissent pas le mythe:

Pygmalion est un sculpteur de Chypre. Révolté contre le mariage à cause de la conduite répréhensible des Propétides (femmes de Chypre) dont il était chaque jour témoin, il se voue au célibat. Mais il tombe amoureux d’une statue d’ivoire, ouvrage de son ciseau : il la nomme « Galatée », l’habille et la pare richement. Lors des fêtes dédiées sur l’île à Aphrodite, il prie la déesse de lui donner une épouse semblable à sa statue. Son vœu est exaucé par cette dernière. Pygmalion épouse Galatée en présence d’Aphrodite et, selon certaines versions, aura d’elle deux enfants : Paphos et Matharmé.

Une histoire qui finit bien. Ce qui est tout de même étonnant chez les grecs. Et qui me gêne un peu. L’intense tragédienne qui se cache en moi aimerait que la légende soit un peu plus sombre et dramatique. Après tout, depuis quand l’être rêvé et fantasmé devient réalité. Cela n’existe pas. Et c’est très bien comme ça. Il y a une expression qui dit « si c’est trop beau pour être vrai, c’est que c’est surement le cas ».

Je suis persuadée que vous avez tous un souvenir, une histoire où c’est arrivé malgré tout. Où tous les éléments dramatiques, comiques et romantiques étaient présents pour faire une histoire parfaite. Où la réalité était encore plus belle que votre rêve. Parce que ça m’est arrivé. La rencontre coup de foudre, les discussions sans fin, les rires, les goûts partagés, les regards échangés, le baiser d’adieu, les retrouvailles enflammées, les mots doux écrits, les promesses…

Et bien, lecteurs, je vous l’affirme, cette histoire n’est pas la plus belle. Parce qu’à vivre un rêve éveillé et à se pincer pour y croire, on oublie qu’un fantasme réalisé perd de son éclat. Que les qualités dont on pare son idéal, le pouvoir de l’imagination et son idée du bonheur ne peuvent pas tenir la distance.

Voilà pourquoi je n’aime pas le mythe de Pygmalion. Parce qu’il faut laisser la part belle à l’inconnu, à cette part de soi-même que l’on ne connaît pas bien. À cette force qui nous liera  à quelqu’un qui ne correspond pas à notre idéal, qui ne possède pas toutes les qualités que l’on désire, souhaite ou espère, qui n’est certainement pas fantasmé mais qui nous rendra humains et, ma foi certainement heureux.