Son lit

23h30. Il dort depuis déjà depuis une bonne heure. Elle le regarde dormir, avec son air béat, bienheureux, content. Il lui suffit de s’allonger, de fermer les yeux et pfff, un soupir et il dort. Deux heures qu’il n’a pas bougé. Il dort si bien. Elle lui en veut. Elle aussi veut dormir, elle a sommeil.

Ce lit, elle l’avait choisi grand avec un matelas pas trop ferme. Elle l’avait voulu simple et rustique, en bois, avec une tête de lit toute en courbes douces et solides. Elle avait imaginé qu’elle y passerait des nuits à rêver et à dormir enfin. Elle l’avait rencontré peu après. Il venait souvent passer la nuit chez elle. Elle n’aimait pas trop aller dans son appart de vieux garçon, avec son bazar jamais rangé et la poussière sur les meubles. Il venait donc chez elle, ils se racontaient leur journée, regardaient un peu la télé. La fin du film était le signal routinier, triste et de moins en moins excitant qu’ils allaient faire l’amour. Il s’endormait tout de suite après. Pfff…

Deux? Trois mois qu’ils se connaissaient? Elle savait qu’elle ne l’aimait pas. Elle l’aimait bien, oui, mais pas assez pour accepter cette routine. Pas assez pour accepter qu’il occupe son lit. C’était son lit, ses draps, ses oreillers. Elle ne supportait plus qu’il  plie l’oreiller en deux, il allait finir par le déformer. Elle ne supportait plus le creux qu’il laissait sur le matelas. Elle le regarde dormir et elle n’a plus sommeil. Ce sera encore une nuit blanche. Ce n’est pas grave, demain elle lui dira que c’est fini entre eux. Elle s’étire, ferme les yeux et sourit. Demain elle aura son lit pour elle toute seule.