le choix des mots… bis

écrit par murielle

Une nouvelle étude menée par des scientifiques suédois du réputé institut Karolinska, affirme que les créatifs sont bel et bien à risque psychiatrique. Leur travail, publié dans le Journal Of Psychiatric Research, s’est appuyé sur l’analyse de données recueillies sur quarante ans auprès de 1,2 million de patients et leurs familles.  Ce rapport fut discuté cette semaine dans de nombreux journaux ici en France comme à l’étranger.

Et chacun d’y aller de son commentaire ignorant et/ou humoristique. Parce que la folie ça fait assez peur pour changer de trottoir ou baisser le regard dans la rue, mais c’est drôle derrière un écran d’ordinateur ou entre amis. Et d’utiliser des mots qui ne devraient pas exister au 21e siècle, « doux dingue », « fou furieux », « débile léger », « retardé », etc. Et puis il y a ceux qui utilisent des termes psychiatriques sans en connaître la définition « je psychote », « je suis parfois schizo », et bien d’autres encore.

Je peux entendre ceux qui vont dire que je suis trop à cheval sur le vocabulaire et que je fais du politiquement correct. Que c’est dit sans malice ni méchanceté. Parce qu’après tout, l’usage occasionnel du langage stigmatisant la maladie mentale est extrêmement commun. Et pourtant… Pour ceux qui ont une maladie psychique, c’est cette stigmatisation qui conduit à un manque de financement des services psychiatriques, la difficulté à obtenir de l’aide ou un travail, ou simplement les mêmes droits qu’une personne dite « normale ». En fin de compte, les sentiments de stigmatisation amènent les gens à retarder la recherche d’aide, voire à nier qu’ils ont des symptômes en premier lieu.

Le language utilisé pour décrire la maladie mentale est résolument négatif. Et les représentations médiatiques renforcent cette approche en liant des images de violence et d’homicide à la maladie mentale. Je n’ai pas lu, vu ou entendu une discussion concernant les fusillades récentes à Aurora sans des commentaires sur la santé mentale du tireur. De même si on en croit les média, derrière chaque schizophrène paranoïaque se cache un tueur violent en puissance.

Oui je sais bien que la plupart des personnes utilisent ces termes sans penser à mal, que c’est utilisé de façon légère sans beaucoup de réflexion derrière. Mais c’est justement cette légèreté qui me pose problème. Parce que ceux qui ont une maladie psychique vivent assez dans la honte et l’isolement pour ne pas aussi souffrir du manque de considération de leur congénères.

Enfin, pour pousser mon petit coup de gueule jusqu’au bout: si on pouvait aussi cesser de rendre romanesque la folie. Parce que la folie c’est beau, fort et émouvant au cinéma. Mais c’est surtout ce qui inhibe, tue aussi le désir et finit par détruire la capacité créatrice. La folie est souffrance et repli sur soi. Elle n’est ni belle ni désirable et encore moins romantique.

Pour info:

  • 3 à 5 % de la population française souffrent de troubles psychiques.
  • 1 à 2 % de la population souffre de schizophrènie.
  • Le suicide est la première cause de mortalité chez les schizophrènes.
  • 1 personne sur 5 connaîtra au cours de sa vie des problèmes de dépression.
  • 1ère cause d’hospitalisation en France et 15 % des dépenses de santé.
  • 75% des malades rechutent dans l’année, s’ils ne bénéficient pas de prise en charge et d’accompagnement.

Il est toujours temps de changer sa façon de parler et de penser parce qu’après tout on ne sait pas toujours de quoi on parle et à qui.

Comments: 4

  1. LO says:

    … et non seulement mais on ne sait pas ce qui peut nous tomber sur le coin de la tête demain, si on n’est pas soi-même dans la maladie…

  2. Laurent says:

    C’est très vrai. On peut très bien se retrouver soi même souffrir d’une maladie psy du jour au lendemain. Dépression et pire encore. Ton article est vraiment touchant et exact.

  3. Nathalie says:

    Les chiffres que tu donnes sont effrayants! Les maladies psychiatriques font souvent peur parce qu’elles ne sont pas connues et parce que la personnalité est modifiée. Je pense que ce que tu as écris est très juste et que la stigmatisation des maladies mentales et de ceux qui en souffrent est terrible et complètement contre productives. Si une maladie « courante » comme la dépression est une maladie honteuse alors quelque chose comme la schizophrénie est impossible à « avouer ».

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