Suzanne

Elle a coupé les ponts. Comme ça. Elle a arrêté de donner des nouvelles et d’en prendre. Elle lui avait dit qu’elle n’aimait pas perdre son temps. Si elle jugeait qu’une amitié ou un amour était stérile, elle ne voyait pas pourquoi il fallait s’obstiner. Elle savait que trancher à vif était la meilleure solution. C’est pour ça qu’elle avait coupé les ponts. Elle lui avait dit qu’elle ne voulait plus être dans sa vie ni lui dans la sienne. Qu’il pouvait l’oublier. Il l’avait mal pris, dit qu’elle avait peu d’amis, qu’elle était associale, sans coeur. Il y avait du vrai dans ces propos, parce qu’elle ne voulait que le meilleur. Cette espèce rare de gens qui sont dans vos pensées, même si vous les voyez peu. Ces gens qui pensaient à elle même si elle était loin. Ces gens qui ne voulaient que le meilleur pour elle et elle pour eux.

Elle n’était pas un papillon social. Elle ne se valorisait pas au nombre de gens qui la connaissaient ou l’appréciaient. Elle avait beau ne pas aimer les expressions toutes faites comme « on compte ses amis sur les doigts d’une main », elle savait qu’il y avait un fond de vrai. Elle avait aussi toujours pensé que la raison avait plus de valeur que les coups de coeur. C’est pourquoi elle avait décidé de n’aimer qu’un petit nombre. Elle savait aussi qu’elle était contente, satisfaite d’elle même et que finalement elle était devenue sa meilleure amie.