Par la fenêtre

écrit par murielle

Le problème avec la saison de Noël est qu’elle génère un grand nombre de fêtes, au cours desquelles il est considéré comme plus ou moins obligatoire d’avoir du plaisir. Lui il ne s’amuse plus vraiment. La capacité à prendre du plaisir, s’est aténuée avec le temps. Il voit ses amis boire, parler malgré le bruit, se rapprocher et plus la soirée avance, plus ils boivent, se rapprochent, parlent, flirtent, dansent, chantent et parfois s’embrassent.

Il est déjà ivre et au lit à 23h, après avoir quitté la soirée furtivement, un peu honteux et en espérant que personne ne l’ait remarqué. Parce que le problème avec l’amusement des adultes c’est qu’il semble durer si longtemps. Si vous commencez à 20h30, vous êtes considéré comme un poids léger si vous rentrez avant 1h du matin. Et pourtant c’est quatre heures et demie de plaisir. N’est-ce donc pas assez? Même les enfants s’amusent rarement plus de deux heures, et ils n’ont pas l’alcool pour ralentir le métabolisme.

Ce qu’il veut vraiment c’est profiter de quelques heures dans une bonne fête, comme il profite de quelques heures passées à dîner avec des amis. Il adore la nourriture, la compagnie et l’atmosphère mais il ne veut pas en abuser.

Passé l’adolescence, rester jusqu’à la fin n’est plus transgressif. Et la possibilité de relations sexuelles impromptues a disparu avec l’âge. À seulement 30 ans, il se sent vieux, il a perdu l’envie. Non, en fait il n’a jamais eu envie. Il n’a jamais été enclin au plaisir, même plus jeune. Il a toujours trouvé le bruit oppressant, et la nature tronquée de la plupart des conversations le frustre. Il a tendance à trouver une personne suffisamment sympathique pour rester avec elle toute la soirée. Il ne sait pas papillonner et il est lamentable à la drague.

Cela ne le gênerait pas si être introverti n’était pas synonyme de rabat-joie. On l’a souvent traité d’antisocial quand il passait une soirée à regarder le paysage par la fenêtre. Cette envie d’être ailleurs, cette sensation étrange entre l’attente et l’espoir de quelque chose de différent.  Mais lui sait, que les introvertis ne sont pas des extravertis latents – ils sont une espèce à part, avec leurs propres tolérances et goûts. Personne ne critique une personne sociable pour ne pas être assez solitaire – pourquoi alors le contraire s’applique?

Noël est la saison pour ceux qui veulent s’amuser, et il est content que ça existe. Il a aussi décidé une fois pour toutes qu’il passerait les fêtes autrement. Il croit qu’être seul est mieux qu’être coincé dans une pièce à échanger des phrases sans queue ni tête avec des gens ivres et la musique trop forte, même si la musique est bonne et les gens charmants.

Il ne se souvient plus qui avait dit « les sots aiment le bruit ».

Comments: 8

  1. Laurent says:

    La réflexion sur les introvertis est très juste. C’est une façon différente de penser et d’être. Mais elle dérange plus parce qu’elle ne dépend pas des autres. Un solitaire se contente de sa propre compagnie.

  2. Audrey says:

    Vue par la fenêtre, la vie est toujours plus belle. Il a raison de vouloir passer les fêtes seul s’il le souhaite La pression des autres d’être festif, heureux et joyeux dans un moment donné est de plus en plus mal vécu.

  3. C’est une description avec laquelle je suis d’accord d’un bout à l’autre. Je porrais même être l’auteur, si mon français et mon talent me le permettaient :-)
    Heureuse année 2013.

  4. Arriver à mettre des mots aussi précis sur des situations que j’ai vécu, c’est tout simplement surprenant :)
    Merci pour ce texte, Murielle!

  5. Fred says:

    He he je suis loin d’être introverti mais je comprends ce fonctionnement de pensée et d’être. Acteur mais aussi observateur, un peu de recul est nécessaire. Je réalise que c’est vrai qu’on ne reproche pas à quelqu’un d’être sociable et social. Pourquoi le contraire serait un défaut?

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