Sexy et féministe

écrit par murielle

Oh, encore une couverture de GQ avec une femme célèbre, talentueuse et avec le minimum syndical de tissu sur son joli corps. J’avais déjà été très très déçue par Kirsten Wiig (comédienne) qui avait besoin de prouver que non seulement elle avait du talent mais aussi qu’elle était sexy en posant en lingerie.

Au tour de Beyonce, qui dans un interview au 1er degré, se plaint que ce soient les hommes qui définissent ce qui est sexy tout en posant presque nue dans sept photos, dont une sur la couverture où elle est vêtue d’une culotte et d’une chemise si minuscule que ses seins sont visibles. Oh l’ironie…

Ces photos ont d’ailleurs été prises par Terry Richardson, le photographe au succès américain déconcertant, un homme avec un penchant pour des photos très sexualisées de femmes et qui a été accusé à plusieurs reprises d’exploitation sexuelle sur de jeunes modèles féminins (ce que Richardson a nié).

Se plaindre de la sexualisation des femmes dans des magazines pour hommes c’est comme se plaindre du temps auprès de Méteo France.

Je ne peux m’empêcher d’être étonnée par la forte visibilité de femmes talentueuses et pour la plupart intelligentes qui célèbrent leur réussite professionnelle en posant presque nues sur les couvertures de magazines tels que Esquire et GQ. Dans des photos qui sont, à mes yeux, de plus en de plus en plus proches de la pornographie. Je vous promets je suis loin d’être prude – d’ailleurs je ne devrais même pas me justifier. Mais ces derniers mois j’ai vu Cameron Diaz topless en treillis, Mila Kunis nue dans un lit, Rihanna nue avec un perfecto, Lana del Rey nue avec quelques bijoux, cette dernière étant dans le GQ d’Octobre, qui avait quatre couvertures alternatives avec des hommes en vedette. Tous ces hommes, curieusement, étaient habillés.

josephine-baker-1C’est une chose que de se soumettre à cette absurdité, à rechercher l’attention si vous êtes sortie de la télé-réalité et assez désespérée pour faire une couverture à la noix. C’est une autre, si vous êtes l’une des femmes les plus puissantes dans le show-business, sans aucun besoin d’utiliser de telles tactiques. Knowles s’agace dans l’article, et à juste titre, que les femmes soient humiliées en étant moins bien payées que leurs homologues masculins. Mais ces femmes sont tout aussi humiliées en alimentant le message que leur réussite, leur puissance ou intelligence est bien peu de chose parce que ce qui importe est de savoir si elles sont sexuellement disponibles et si elles sont bien foutues. Ce qui importe est qu’elles soient prêtes à se faire regarder sous toutes les coutures et qu’elles excitent le lecteur.

Je suppose que je devrais être contente qu’une femme comme Knowles veuille parler de l’égalité homme-femme, chanter « I’m a survivor  » et « Independent woman », quand tant de jeunes femmes sont si peu prêtes à s’identifier comme féministes. Mais est-ce possible de parler de féminisme et poser en bikini en même temps dans un magazine pour hommes. Est-ce qu’il faut vraiment être sexy pour assumer son féminisme?

Cet article manque cruellement de photos pour argumenter mon propos. Dommage hein?…

Comments: 15

  1. Laurent says:

    je croyais que tu parlais de toi

      • Laurent says:

        :-)
        avoue qu’une femme qui se plaint que les autres femmes sont trop déshabillées est coincée du c**

        • tu ne peux pas être sérieux un peu
          porc machiste! :-)

  2. Dylan says:

    loving your work!

  3. J’avoue être partagée sur la question. Si je reste fondamentalement de ton avis, je conçois aussi que le féminisme tend à défendre notre droit au choix de vie. Or, être une chanteuse sexy et reconnue comme telle est un choix de vie, comme celui d’être une belle intellectuelle qui pose habillée. Donc oui, on peut être féministe et sexy. Par contre, on ne DOIT pas être sexy POUR assumer son féminisme comme tu le soulignes en conclusion de ton article.
    Pour moi, assumer son féminisme, c’est ne pas préjuger des personnes, de leur caractère, de leur compétence, etc. en fonction de leur sexe (une femme sait lire une carte, un homme sait conduire sans être un fou du volant).
    Le sexisme, comme la beauté, ne serait-il pas dans l’oeil de celui qui le/la regarde ? Est-ce une sal*** de poser nue, est-ce un sal*** de ne voir que la plastique sans lire les dires de la personne qui pose ? Alors oui, poser nue c’est cautionner la société qui jusque là ne nous a pas laissé le choix d’être autre chose que le beau sexe. Mais ne plus assumer d’être désirable doit-il à l’inverse être prohibé aux femmes qui le souhaite ? Etre sexy est-il un crime ?
    Merci pour ton article car ce sont de récentes questions que je me suis posée, toujours en recherche de tolérance dans mes actions féministes ^^

    Allons-y débattons ! Ton avis m’intéresse :)

    • Être une sal*** n’est absoluemnt pas un défaut à mes yeux. Ce qui est amusant est que j’ai eu cette conversation avec des filles il y a très peu de temps et contre l’avis de plusieurs je préfèrais mille fois être traitée de sal*** que d’imbécile :-)
      Vouloir être sexy n’est pas non plus un défaut. J’aimerais l’être moi-même ;-)
      Dans l’exemple de Kirsten Wiig, poser en petite lingerie quand on est une comédienne reconnue, talentueuse, drôle me gêne parce qu’elle n’a pas besoin de ça pour être aimée et appréciée. Et elle est déjà super sexu habillée (voir les Golden Globes)
      Être sexy, tant mieux, poser dans des journaux de mecs qui se foutent de l’article, qui ne liront pas leurs propos mais qui pourront dire « Pwoar, elle est bonne, je me la taperais », oui ça m’embête un peu.
      C’est la même différence qu’entre le burlesque et le strip tease façon spearmint rhino…

  4. Nathalie says:

    Sexy n’est certainement pas un crime mais comme Murielle le dit, montrer sa petite culotte et parler d’égalité hommes-femmes dans un même article est ironique. A mon avis, la pression à être sexy qui pèse sur les femmes, même celles qui sont décisionnaires, est toujours très forte. Et contradictoire car cela les décridibilise.

  5. Pierre says:

    Les féministes sont autorisées à se montrer nues, si elles le veulent. C’est un choix individuel des femmes qui sont aussi des êtres sexuels. En outre le concept de la nudité et de la nécessité de se couvrir est un concept religieux et moral. Si les féministes chrétiennes pensent que la nudité et le féminisme ne se mélangent pas, il y a aussi les païens et les autres qui ne sont pas d’accord. Certaines personnes aiment vivre sans vêtements et si certaines féministes ne l’aiment pas – c’est leur problème, pas le féminisme.
    L’idée qu’être couvert(e) de vêtements fait de vous un(e) meilleur(e) féministe est étrange – en particulier quand il ya un tas d’organisations non-féministes trop enclines à faire en sorte que les femmes restent modestement vêtues tout le temps.

    • Pas dans les pages de GQ, les femmes n’ont pas le choix. Ce magazine ne donne pas d’espace pour les femmes, à moins que l’image soit «améliorée» d’elles-mêmes numériquement, photographiées par « pervy » Terry Richardson, en faisant la moue sur la couverture.
      Fred, la couv avec Cameron Diaz et le titre est vraiment insultant sous couvert d’humour! Et oui, si une femme se permet de réagir elle manquera d’humour et devrait se lacher un peu…

      Je vais être plus claire: Je soutiens le droit des femmes à montrer la quantité de chair qu’elles veulent dans un magazine … mais elles ne doivent pas s’attendre à être prises au sérieux par quiconque. Hélas. Parce que de la même façon, un homme qui parlerait politique avec ses fesses – ou autre partie désirable de son corps – à l’air, n’aurait aucune crédibilité non plus.

      Et depuis quand « être sexuel » est un argument.
      Peut-être que la nudité glorifiée dont tu parles n’est pas de la même chose que la nudité presque obligée, suggestive des célébrités.
      Si tu parles des communautés tribales avec les femmes aux seins nus, des communautés hippies et autres où la nudité pour toutes et tous est naturelle, je suis entièrement d’accord pour dire que ce n’est pas incompatible avec le féminisme.
      Mais exposer ses seins (ou pas tout à fait encore) de manière provocante pour le plaisir des yeux des hommes (GQ et Esquire Magazine l’étant) est une déclaration tout à fait différente.

      Je ne souhaite pas que les femmes (et les hommes) soient « modestes » façon mormone, je souhaite simplement qu’elles ne soient pas traitées en objet. Les femmes peuvent être déshabillées si elles le souhaitent. Mais elles ne pourront pas ensuite être représentantes d’une égalité quelconque tant que leurs équivalents masculins sur les couvertures sont, eux, vêtus.

  6. Audrey says:

    Je crois que de toute façon, à partir du moment où une femme s’offusque de la nudité d’une autre femme, on la prendra pour une coincée du c**, pour une femme sans humour et on opposera sa « liberté » de s’exhiber aux femmes voilées, forcées par le patriarchat. Comme si poser nue venait d’une volonté de femme. Je serais curieuse de savoir qui sont derrière la politique éditoriale de GQ, Maxime, Esquire, Playboy, et les autres magazines?
    J’entendais Shym à la radio qui disait qu’elle était intello et tout le monde s’est mis à rire.

  7. Audrey says:

    Encore une chose. J’ai commencé à voir Girls dont tu avais parlé. Je comprends pourquoi tu aimes bien Lena Dunham. Elle se joue des codes établis et elle place le sexy et l’intelligence autrepart. Sa série est féministe aussi

quelque chose à dire