Un thé et une leçon de physique

écrit par murielle

une suite

Quand il avait texté la date et l’endroit de leur prochain rendez-vous – au lieu de téléphoner – elle avait compris que c’était la fin. Elle savait qu’il l’aimait bien, qu’il passait des moments agréables avec elle mais qu’il n’était pas amoureux. Elle n’était pas amoureuse non plus. Mais elle s’en fichait. Elle voulait simplement vivre au jour le jour, prendre ce qu’il y avait de bon dans cette relation sans penser au futur. Elle avait besoin de ça, uniquement de ça. Elle ne voulait pas des prises de tête, des discussions maladroites sur la direction à prendre. Elle ne voulait pas d’une histoire amoureuse comme d’une voiture. Pas d’itinéraire, pas de vitesse supérieure à passer, pas de « on va trop vite », etc. Elle voulait simplement une balade, au gré du temps et des parcours. Sa métaphore moyenne la fait sourire.

Elle sait que s’il ne rompt pas, elle le fera sans doute. Parce qu’elle a beau vouloir tomber amoureuse, elle a beau avoir envie d’aimer, elle sait aussi qu’elle ne veut pas des complications qui vont avec.

Lui ou un autre, peu importe. Elle ne veut plus de ces amours là. De ceux qui apportent les doutes, le manque de confiance, ou la jalousie qui peut la saisir par surprise. Elle ne veut pas de l’attente ou des compromis. De ces amours qui entraînent aussi des devoirs; faire connaissance avec ses amis, sa famille, essayer de trouver sa place, accepter la comparaison, faire bonne figure.

Elle se regarde dans la glace, un peu de maquillage, elle se trouve jolie aujourd’hui. Elle a décidé que ce rendez vous avec lui serait le dernier. Dans ce café près des halles, autour de cette table bancale, elle va l’écouter, elle va sourire, elle va acquiescer parce que quoiqu’il dise elle n’a pas envie de le mettre face à ses contradictions, ses faiblesses et ses erreurs. Elle a compris son mode de fonctionnement, ses emballements, ses doutes et ses peurs. Elle sait aussi qu’elle n’en veut pas. Elle a passé trois mois agréables, c’est largement suffisant. Il va rompre et c’est très bien comme ça. Quand deux objets compacts agissent l’un sur l’autre, ils accélèrent dans des directions opposées, et le rapport de leurs accélérations est toujours identique.

 

Comments: 10

  1. Nathalie says:

    Super! Merci pour la suite! J’avais beaucoup aimé ton texte précédent. et j’avais envie de savoir ce qui se passait de son coté à elle> Je trouve qu’elle est très subtile et intelligente. Je trouve aussi qu’elle a de bonnes raisons d’accepter la rupture ou de la demander s’il change d’avis. Je ne veux pas généraliser mais comme beaucoup de femmes, elle a beaucoup plus de maturité et de clarté sur ses désirs. Tant pus pour lui s’il n’a pas compris avant qu’elle était une femme à garder.

    • Merci Nathalie.
      Femme à garder, il y a une expression en anglais similaire « he/she’s a keeper ». Quelqu’un que l’on ne quitte pas quoi.
      Je ne sais pas si elle est plus mure que lui mais elle y croit moins que lui certainement. Plus réaliste, moins romantique ou simplement blasée. Chacun/chacune à se faire son idée.

  2. Fred says:

    Entièrement d’accord avec Nathalie. C’est une femme à aimer, à comprendre et à espérer garder mais elle aime sa liberté plus que lui, c’est clair! Il a fait une erreur grossière! :-)

  3. Laurent says:

    Puisqu’il a changé d’avis et que finalement il tombe amoureux d’elle, elle pourrait aussi lui laisser une chance, s’expliquer elle aussi, lui dire ce qu’elle veut ou ne veut pas. Personne n’a droit à une seconde chance dans tes nouvelles.

    • Ah bon? Tu analyses à ce point ce que j’écris? Faut pas Laurent. Je n’en ai aucune idée.

      • Laurent says:

        Oui Murielle. Je lis et analyse tout ce que tu écris, tu le sais bien! :-)
        Tu ne réponds pas sur la seconde chance.

  4. Anne says:

    Je préfère la version masculine. Elle est plus romantique. Alors que la version féminine est plus froide, plus désabusée. Elle ne croit pas en l’amour alors que lui oui.
    Tout comme Laurent, je crois qu’il a droit à une deuxième chance.

    • Mais si, je pense qu’elle croit en l’amour. Pas avec lui ou plus maintenant :-)

  5. Pierre says:

    « Doutez, si vous voulez, de celui qui vous aime, d’une femme ou d’un chien, mais non de l’amour même. » De Musset

    • Fred says:

      Bien à propos mais il y aussi ceux qui sont plus amoureux du sentiment que des gens eux mêmes. Mais ceci est une autre histoire :-)

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