Porter l’éléphant

écrit par murielle

Je vais vous parler de Michael Rosen et de ses livres. Michael Rosen est un poète et un auteur pour enfant, anglais, né d’un père d’origine américaine et d’une mère anglaise. Les grand-parents étaient issus de familles juives de Russie, Pologne et Roumanie. Il a de cette culture bigarrée, un humour subtil et absurde, une dignité incroyable et une mélancolie à fleur de peau.

Il y a quelques années de cela, Rosen a perdu son fils âgé de 18 ans d’une méningite. Sa mort l’a plongé dans la dépression ce qui ne l’a pas empêché d’écrire deux livres formidables:

Carrying the Elephant: A Memoir of Love and Loss et Quand je suis triste.

Le premier n’est pas traduit en français, ce qui est dommage. Porter l’éléphant est tiré d’une carte postale ancienne que Rosen a acheté en France après la mort de son fils: « C’était moi sur cette image, je portais l’éléphant ». Si vous lisez l’anglais je ne peux que vous conseiller de lire ce recueil de poésie.

quand-je-suis-tristeLe second est un album pour les enfants. Pour expliquer ce qu’est la tristesse. Pour la respecter mais aussi la dédramatiser. Pour la rendre accessible.

Ça commence par une image très drôle de Michael Rosen dessinée par Quentin Blake. Il a un sourire très drôle, sur un visage très drôle.

Bien sûr, on sourit nous aussi, jusqu’à la lecture de ces quelques mots :

Sur cette photo, je suis triste. Vous pourriez croire que je suis heureux. En vérité, je suis triste, mais je fais semblant d’être heureux. Je fais semblant parce que je crois qu’on ne m’aimera pas si j’ai l’air triste.

Et puis on apprend qu’Eddy, son fils est mort. Je l’aimais vraiment beaucoup beaucoup, mais il est mort quand même.

Et Rosen explique dans le reste du livre comment il se débrouille – ou pas – quand il est dans ce terrible lieu sombre. C’est une vision personnelle et universelle de la tristesse. Parce que nous sommes tristes avec et pour Rosen et par extension avec et pour Blake qui nous offre de si belles illustrations. Ce qui est poignant c’est que Rosen tout comme Blake sont des hommes d’une drôlerie folle qui font rire les enfants grâce à leurs autres albums.

Et je ne vous parlerai pas de la dernière page qui est presque insupportable. C’est la conclusion la plus dévastatrice, à mon avis pire que le Choix de Sophie ou Des Souris et des Hommes. Trop en dire serait gâcher la surprise, non, le choc. Autant dire que c’est une image du désespoir bouleversante. Mais aussi – et c’est la vraie beauté de ce livre précieux – curieusement édifiante.

Parce qu’il n’essaie pas de prétendre que la souffrance et la tristesse sont faciles à porter. Mais il montre que c’est normal de se sentir mal parfois. Il y a toujours un peu de lumière, même si c’est une seule bougie solitaire. Quand je suis triste, est un livre que je recommande à tous. Ou presque tout le monde. Parce que parfois dans la vie de tous les jours, les mots nous manquent pour expliquer vraiment ce qu’est le deuil et qu’il faut toute la délicatesse de Rosen et Blake pour que « les autres » comprennent.

portrait

Comments: 5

  1. Fred says:

    Hey! Faut arrêter avec les lundis matins qui donnent le bourdon.

  2. Nathalie says:

    Ton article m’a rendu toute chose. Le choix des mots, des livres et des dessins, tout est très touchant Merci pour ça.

    • Mégane.B says:

      Je viens de découvrir ton blog, que je trouve super.
      Cet article m’a beaucoup plu car petite, je lisais les livres de Roal Dahl, illustrés par Quentin Blake. J’adore cet illustrateur.
      Je garde précieusement cette page de ton site pour ne pas oublier d’acheter le livre, qui a l’air vraiment touchant et intéressant. Merci !

      • Bonsoir Mégane. Merci à toi pour le commentaire :-)

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