Réflexion légère sur le hasard, le vent et un peu de poésie…

Les scientifiques et les psychologues soupçonnent depuis longtemps que nos intuitions trompeuses vis-à-vis du hasard pourraient bien expliquer nos étonnements injustifiés, nos extases devant ces coïncidences extraordinaires qui n’en sont pas. Et Spinoza, Hegel, Descartes et Nietzsche ont fait le malheur ou le bonheur des bacheliers avec « La raison peut-elle accepter le hasard? »

Que le hasard existe réellement ou pas dans ce monde, je ne sais pas. Simplement parce qu’il y a une raison à cela : un tas de phénomènes qui paraissent aléatoires, ont en fait une loi et que si le hasard existe, c’est parce qu’il y a déjà, au départ, une petite incertitude sur la condition initiale. C’est bien ça la théorie du chaos, non?

Je crois qu’il y a une étrangeté psychologique qui influence aussi notre perception du hasard. On veut ou on croit toujours tout contrôler : on a souvent l’impression que les événements qui se produisent autour de nous sont sous notre contrôle. Et donc, que nous pouvons, en partie, manipuler le hasard. Je dis « nous », mais il y a bien longtemps que je ne crois plus au contrôle que je pourrais exercer sur ce qui se passe autour de moi. J’ai perdu cette illusion là. Ma résolution de la rentrée était de faire confiance: douter oui, avoir peur oui, mais avoir confiance et oser tout de même.

Dire oui à tout (ou presque) même si le coeur bat la chamade un petit peu trop, même si on ne sait plus faire la différence entre l’intuition, le désir intime et la certitude. Simplement faire confiance en ce hasard qui n’en est (peut-être) pas. Après tout on apprend bien à l’école que si le vent est hasardeux – il souffle au hasard – il obéit cependant à des lois implacables.

Et puis, si la science a souvent raison, il faut aussi de la poésie dans la vie. Cette poésie qui nous incite à croire aux coïncidences, aléas et hasards bienheureux.

À l’aube d’un jour de coup de dés
il s’arrête au bord des fontaines de sa vie
il y cherche un mirage à lui promis
baigne son front désaltère sa bouche
Et prononce ce mot : chérie
qui retentit à travers les rêves de la ville endormie
va la bercer dans sa couche.

Robert Desnos – Destinée arbitraire

Toutes les choses au hasard 
Tous les mots dits sans y penser 
Et qui sont pris comme ils sont dits 
Et nul n’y perd et nul n’y gagne 

Paul Eluard – Dominique – Le Phénix