Let the children lose it

écrit par murielle

La mode m’importe peu, je me fiche de suivre la tendance mais quelqu’un m’a parlé de Jules Prown – Mind in Matter: An introduction to material culture theory and method. Il explique combien le vêtement est porteur d’information si on prend le temps de le déstructurer.

Il y a trois étapes: la description, la déduction and la spéculation.  La spéculation conduit à des questions plus larges, la réflexion sur la nature matérielle du vêtement lui-même et son statut dans l’histoire et la culture. Si le vêtement est vieux, on peut ainsi se demander pourquoi il a survécu.

J’aime l’histoire des vêtements, leur signification à travers les âges. J’aime les vêtements qui racontent quelque chose. Où et comment ils ont été créés, qui les a portés, et dans quelle société. S’interroger sur la valeur d’un vêtement en termes esthétique, social, économique, culturel et historique et arriver à de nouvelles connaissances et idées. C’est tellement mieux que de lire le ELLE et copier le style de la dernière « IT girl ».

C’est pourquoi V&A Museum a toujours les expositions les plus intelligentes quand il s’agit de mode et de couture. Sa collection de robes depuis le 17e siècle est incroyable. Et en ce moment il y a aussi David Bowie is.

En fait, je ne sais pas si cette exposition est sur la mode. David Bowie dira probablement que cela n’a rien à voir. Il a toujours dit que cela ne l’intéressait pas, que la mode était un medium ; pour que sa musique se voit comme elle s’entend.

bowie_promotional_shoot

 

Et pourtant, dès le début du parcours, avec le costume métallique rayé de Ziggy Stardust conçu par Kansai Yamamoto, l’expo est pleine de vêtements qui font partie de l’histoire de la mode.

À  côté de ce premier body de Ziggy, il y a une vidéo des artistes Gilbert & George expliquant qu’ils voient la vie « comme une grande sculpture ».  Une des photographies montre Bowie, âgé de 16 ans, avec son groupe les Konrads. Son costume et sa banane sont typiques de l’époque mais ce qui rend l’image formidable, c’est son instinct pour la pose. La silhouette, la ligne et une compréhension innée de la manière de façonner son corps pour provoquer un effet.

Mais tout ne tourne pas autour des vêtements. Une page de ce qui semble être le journal de Bowie, à partir de Janvier 1975, offre un aperçu de sa vie au jour le jour. Une vie que Bowie a passé quatre décennies à protéger de la vue du public. Un aperçu un peu fragmenté tant il est difficile de savoir si sa prose fracturée est le résultat de la technique du cut-up qu’il a emprunté à William Burroughs ou due à l’énorme quantité de drogues qu’il prenait à l’époque..

david-bowie-starman-costume-super-169

Quoi qu’il en soit, les écrans du sol au plafond montrant des images en direct sont vraiment à couper le souffle, ainsi qu’une salle regroupant 36 exemples de la façon dont son influence a joué non seulement dans la musique, mais aussi dans la vie quotidienne:  la mode, l’emballage, la conception de jeux vidéo ou la publicité.

 

Mais ce qui se passe au V&A est littéralement une canonisation du chanteur. Le mime Lindsay Kemp a déclaré que rencontrer Bowie était comme d’avoir une vision de l’archange Gabriel, et les contributeurs du catalogue de l’exposition sont tout autant dans l’adoration. Geoffrey Marsh fait l’éloge de son « esprit universaliste », et Philip Hoare dit que le « l’artiste le plus proche culturellement » est le poète-peintre-prophète William Blake.

Ce qui est clair c’est que Bowie manque à Albion puisque le catalogue commence par déplorer son abandon de l’Angleterre en 1974 et se termine en se demandant pourquoi il ne revient pas. Marsh, dans un spasme de mysticisme amoureux, demande même si Ziggy reste endormi dans Avalon, comme le roi Arthur de Tennyson, ou est-ce qu’il peut revenir pour renverser le Londres dévoué au capitalisme mondial?

david-bowie

Cette expo projette ses fantasmes de qui est Bowie – soit le roi Arthur ou David Beckham – selon son goût ou l’urgence de son besoin spirituel. Les anglais ont peut-être le dieu, comme le gouvernement, qu’ils méritent…

Comments: 8

  1. Fred says:

    Je viens de comprendre le titre. Et c’est une expo que je verrais bien. J’aime bien cette série d’articles sur tes visites « muséistiques » londoniennes. Combien d’autres? Tu as aussi de bonnes références littéraires. Connaître Tennyson c’est quand même rare.

    • Pas d’autres expos. C’était la dernière de la série.
      Si tu savais… je connais Tennyson grâce aux Monty Python. On a les références qu’on peut :-)

  2. bien moi si j’osais je serais toujours en noir .. j’aime les vetement noirs

  3. Audrey says:

    Quand tu parlais d’agir tu parlais de faire londres en large et en travers! ;) tu as raison, vacances d’abord! Travail ensuite.

    • Vacances terminées, retour au pays. C’est toujours trop court. Snif

    • Oui! Il a beau être talentueux toute la partie Bowie is god m’a embêté

quelque chose à dire