Oculis magis habenda fides, quam auribus

écrit par murielle

Le problème avec le mensonge c’est qu’il ne peut jamais être vraiment fabriqué.  C’est la scène trop familière de l’adolescence, quand vos parents vous demandaient où vous étiez et vous marquiez une pause – une seconde de trop – parce que vous cherchiez une réponse. C’est pourquoi les piqûres de vérité font souffrir.  Quand les gens vous mentent, ils vous donnent cette seconde pour se préparer mais la vérité, elle, est automatique. Elle fait plus mal parce que vous n’avez pas le temps d’anticiper la phrase à venir et les émotions viennent d’un endroit plus profond, plus fragile.

Le dernier homme politique surpris à mentir (celui dont on parle tant en ce moment) dit sur son blog: Penser que je pourrais éviter d’affronter un passé que je voulais considérer comme révolu était une faute inqualifiable. J’affronterai désormais cette réalité en toute transparence.

C’est la pensée magique, celle qui nous fait fuir nos responsabilités, celle qui nous fait préférer le mensonge à une vérité, au mieux blessante, au pire humiliante. Celle qui nous mène à croire parfois à nos propres mensonges. Ainsi, comme disait Freud, nos pensées nous protègent.

La littérature, la fiction est par essence un mensonge. Après tout un roman est une histoire inventée. Je ne sais plus qui a dit « le roman, unmensong qui dit vrai ». J’ai alors pensé à des histoire dont le thème principal serait la nature humaine, le mensonge et la tromperie.

La Chute – Albert Camus

Il y a du Jean-Baptiste Clamence dans les hommes politiques. Comme un dédoublement de la personnalité, lorsque la personne que l’on croit être n’est autre qu’un amoncellement de valeurs faussement acquises. Clamence se confesse à un homme dans un bar, et partout, il souligne son extraordinaire capacité à oublier. Il est l’exemple parfait de la pratique de l’auto-déception.

Mensonges Mensonges – Stephen Fry

Adrian Healey est un menteur compulsif et invétéré. Il est jeune, beau, très intelligent, extrêmement cynique, sans scrupule, spirituel et tricheur. Ses excentricités, son homosexualité tapageuse et ses provocations en font le héros scandaleux de son collège. Du moins, tant qu’il en fait encore partie

Gatsby le Magnifique – Francis Scott Fitzgerald

Nick Carraway peut dire qu’il est l’un des rares honnêtes gens qu’il connaît, mais je n’en suis pas si sûre. Gatsby est construit autour de mensonges, et pourquoi devrait-il être différent? Les êtres humains sont fondamentalement malhonnêtes, qu’ils soient hommes ou femmes, pauvres ou riches, et ils sont aussi égoïstes, hypocrites et destructeurs. Vous pourriez être en mesure de tromper vos amis, mais Dieu ou les yeux du Dr T.J Eckleburg – vous surveillent.

Beautiful Lies – Clare Clark

Beautiful Lies a lieu en 1887, l’année du jubilé de  la reine Victoria. Clark dépeint une époque où la pratique de la corruption dans les journaux, les scandales sexuels, les émeutes, le pillage, l’itinérance, le chômage et, surtout, le fossé croissant entre les nantis et les démunis. Plus ça change…

Les aventure de Huckleberry Finn – Mark Twain

Huck commence son récit avec la nature du mensonge et de la paternité.

Vous savez rien de moi si vous avez pas lu un livre qui s’appelle Les Aventures de Tom Sawyer, mais ça mange pas de pain. Ce livre, c’est Mr Mark Twain qui l’a fait, et il a dit la vérité vraie, en grande partie. Certaines choses, il les a exagérées, mais en grande partie il a dit la vérité. Ça fait rien. J’ai jamais connu quelqu’un qu’a pas menti une fois ou une autre, sauf tante Polly, ou la veuve, ou peut-être Mary. Tante Polly – elle, c’est la tante Polly de Tom -et Mary, et la veuve Douglas, on en parle dans ce livre, qui dans l’ensemble reflète la vérité ; avec quelques exa­gérations, comme je l’ai dit tout à l’heure.

Nous pouvons apprendre beaucoup en regardant Huck naviguer dans la nature délicate de la vérité et de la tromperie comme il navigue sur le Mississippi, qui est, soit dit en passant, une aventure qu’il inaugure en simulant sa propre mort. Lisez-le, vraiment!

L’ami commun – Charles Dickens

Dickens ne racontait pas seulement  une histoire, mais faisait un dessin panoramique de son temps, plein de détails sur la façon dont les Victoriens ont vécu, aimé et pensé. Son dernier roman est superbement construit – satire sociale, meurtre, histoire d’amour et mensonges…

The Norman Conquests: A Trilogy of Plays – Alan Ayckbourn

Du théatre pour terminer cette liste non exhaustive. Trois pièces où les vérités sont douloureusement drôles. Norman est marié, trompe sa femme, trompe ses amis et s’enfonce dans l’illusion. Une comédie magistrale et inspirée, quand tout en dessous de la comédie humaine se trouve un sous-texte beaucoup plus sombre.

Comments: 7

  1. Laurent says:

    Très à propos. Tu as oublié Pinocchio et L’Insoutenable légèreté de l’être.

  2. Fred says:

    Je t’aime en blogueuse et je t’aime en bibliothécaire! A quand un groupe de lecture en ligne?

  3. Amaya says:

    La tromperie se révèle toujours plus difficile à vivre que d’affronter la réalité . Pour ceux qui trompent comme pour ceux qui sont trompés . Il faut un certain courage ou une grande souffrance je me dis ….

  4. À propos de la littérature on parle de la vérité des mensonges.
    Mais la littérature n’est pas un mensonge, elle est vraie, elle ne trompe personne.
    Cela arrive avec les témoignages personnelles ou historiques, avec les traités de sociologie, d’anthropologie, etc.
    On pourrait dire que la littérature est un moyen de salut, de réconciliation avec soi-même et avec le monde. Proust est un exemple de cela, je pense.
    La littérature est un espace de liberté qui est régi par ses propres règles.
    Il serait regrettable de lui appliquer des critères appartenat à d’autres domaines. Bon week-end.

    • Je parle de la fiction dans la littérature. Et par essence la fiction n’est pas la réalité. Même si je crois qu’il y a toujours un fond de réalité et de vérité.

      Mais je ne suis pas contre un fonds de mensonge dans la vie (sauf en politique évidemment).
      La vérité toujours la vérité! Pourquoi une exigence de vérité toujours et tout le temps?
      Je ne suis pas pour la vérité partout et certainement pas dans la littérature…

  5. Le mensonge est une adaptation qui vient du fond des temps pour échapper à certains périls. Là, cela n’a pas marché jusqu’au bout.
    Tout le monde, enfant, a expérimenté le mensonge où on s’enfonce tant et plus. Mais voilà, on étaient enfants.

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