Attraper le vent

écrit par murielle

Il aura suffit d’une lettre pour que son monde change. Une lettre manuscrite envoyée à son agent. Une feuille recto-verso, une écriture enfantine, des « j » comme des barres, des « s » qui se détachaient des mots comme s’ils ne voulaient pas s’associer, comme si un mot était unique et ne supportait pas le nombre. Elle avait raison, ses « s » montraient combien le pluriel était difficile à appréhender. Il lisait sa lettre et il souriait. Son écriture la révélait. Son choix des mots, ses phrases légères qui ne prenaient pas la gorge quand on les lisait à voix haute. Il ne la connaissait pas encore, il était déjà intrigué.

Elle avait laissé une adresse. Pas d’e-mail, pas de téléphone. C’était parfait. Lui écrivain, il aimait les échanges épistolaires. Il allait prendre son temps pour lui répondre. Il voulait sa lettre aussi parfaite que la sienne. Parce que cette lettre serait le début de leur histoire. En lui écrivant il attrapera le vent.

Comments: 14

  1. Laurent says:

    je suis curieux de savoir si elle a écrit en français…

    • Laurent says:

      D’ailleurs, attends, c’est une fiction ou c’est arrivé?

      • Cette histoire est entièrement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre… – Boris Vian

        • Laurent says:

          Pirouette de l’année!… :-)

  2. Audrey says:

    C’est joli, j’aime ta description des S.

    • merci :-) les « s » sont des créatures étranges qui se collent aux mots pour les rendre attirants ou menaçants selon les cas.

  3. Thierry says:

    est ce que quand on écrit une lettre on pense à l’analyse qui en sera faite? je n’ai jamais pensé que le destinataire pouvait la lire à voix haute ou analyser mon écriture, c’est un peu bizarre

    • On peut aimer l’écriture de quelqu’un, le papier est quand même beaucoup plus personnel que le e-mail. Et puis ça demande un effort, écrire droit, faire attention aux fautes (les ratures c’est moche et on ne peut pas effacer), etc. Par contre je ne pense pas à ce que l’autre analysera. je n’avais jamais pensé à la lecture à voix haute avant qu’on me le dise.

  4. Nathalie says:

    « En lui écrivant, il attrapera le vent. » J’aime beaucoup cette phrase. Je l’interprète à ma façon en pensant que c’est une manière d’apprivoiser l’inconnu. Je ne sais pas du tout si c’est juste mais j’aime cette image très poétique!

  5. « Il aura suffit d’une lettre pour que son monde change. Une lettre manuscrite envoyée à son agent. Une feuille recto-verso, une écriture enfantine, des « j » comme des barres, des « s » qui se détachaient des mots comme s’ils ne voulaient pas s’associer, comme si un mot était unique et ne supportait pas le nombre. Elle avait raison, ses « s » montraient combien le pluriel était difficile à appréhender. » Très bien !

  6. Il y a un problème technique qui empêche de laisser un « j’aime ». La touche en question est toujours en chargement. C’est dommage parce que parfois il n’y a rien à commenter, ça suffit d’appuyer sur le bouton.

  7. Exact, seules les histoires imaginées sont vraies, comme les souvenirs d’ailleurs.. :) :)

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