Les 10 règles d’écriture

écrit par murielle

Vous connaissez assurément Elmore Leonard.

 

Et vous connaissez peut-être ses 10 Rules of Writing. L’auteur s’amuse à proposer dix règles d’écriture, dix pièges dans lesquels ne pas tomber sous peine de perdre son lecteur en route. C’est bien. Lisez-les.

En ce moment, je tâtonne, je cherche, je tombe dans tous les pièges du débutant et j’accumule les clichés. Alors je prends du recul, je vais voir ailleurs si j’y suis et je lis beaucoup. Surtout des auteurs que j’aime, des essais, des textes pour me débarrasser de mes tics et comprendre comment écrire. Je n’ai pas encore trouvé mes règles d’écriture. Mais peu importe, je continue, je découvre et j’apprends.

Et vous, avez vous trouvé votre voie/voix?

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Allez, comme je suis super sympa, pour vous éviter une recherche, je vous mets Les 10 règles d’écriture d’Elmore Leonard:

1 – Ne jamais commencer un livre par le temps qu’il fait.
Si c’est uniquement pour créer une ambiance, et non une réaction d’un personnage au temps, il vaut mieux ne pas s’attarder sur le sujet. Le lecteur est capable de sauter des pages entières pour chercher le moment où l’on parle des personnages. Il y a des exceptions. Si vous êtes Barry Lopez, qui a plus d’imagination qu’un Eskimo pour décrire la glace et la neige dans son livre Arctic Dreams, vous pouvez couvrir la météo tant que vous voulez.

2 – Evitez les prologues : ils peuvent se révéler ennuyeux, spécialement si le prologue vient après une introduction qui est elle-même suivie d’un avant-propos. Mais on trouve généralement ceux-ci dans des ouvrages qui ne sont pas de la fiction. Dans un roman, un prologue est une histoire qui résume le passé d’un personnage et vous pouvez l’insérer là où vous le souhaitez. Il y a un prologue dans Sweet Thursday de John Steinbeck, mais ça me va, puisqu’un personnage dans le livre résume le contenu de mes règles. Il dit : « J’aime quand on parle beaucoup dans un livre, et je n’aime pas quand on me dit à quoi ressemble la personne qui parle. Je veux deviner à quoi il ressemble à partir de la manière dont il parle. »

3 – Ne jamais utiliser d’autres verbes que « dire » pour porter un dialogue.
La ligne de dialogue appartient au personnage ; le verbe, c’est l’auteur qui vient coller son nez dans le texte. Mais « dire » est bien moins intrusif que « grommeler », « haleter », « avertir » ou « mentir ». Je me rappelle avoir lu une ligne de dialogue de Mary McCarthy qui se terminait par « she asseverated » (un terme anglais compliqué pour dire « elle affirma solennellement »). J’ai dû m’arrêter de lire pour aller chercher le dictionnaire.

4 – Ne jamais utiliser un adverbe pour modifier le verbe « dire »… admonesta-t-il gravement.
Utiliser un adverbe de cette façon (ou de presque n’importe quelle autre façon) est un péché mortel. L’auteur se met véritablement en danger en utilisant un mot qui distrait et peut interrompre le rythme de l’échange. Dans un de mes livres, j’ai fait dire à un personnage qu’elle écrivait des romances historiques « plein de viols et d’adverbes ».

5 – N’abusez pas des points d’exclamation.
Limitez-vous à deux ou trois par 100 000 mots de prose. Si vous avez le coup de main pour jouer avec les points d’exclamation comme le fait Tom Wolfe, vous pouvez les jeter dans votre texte par poignées.

6 – Ne jamais utiliser les mots « soudain » ou « l’enfer se déchaîna ».
Cette règle ne nécessite pas d’explication. J’ai remarqué que les écrivains qui utilisent « soudain » ont souvent peu de maîtrise dans l’utilisation des points d’exclamation.

7 – Utilisez les dialectes régionaux ou le patois avec parcimonie.
Une fois que vous commencez à orthographier les mots d’un dialogue phonétiquement et que vous chargez la page d’apostrophes, vous ne pourrez plus vous arrêter. Remarquez la façon dont Annie Proulx capture la saveur des voix du Wyoming dans son recueil de nouvelles Close Range.

8 – Evitez les descriptions détaillées des personnages, chose dont Steinbeck a déjà fait le tour.
Dans l’œuvre d’Hemingway Hills Like White Elephants, à quoi ressemblent « l’Américain et la fille qui l’accompagne » ? « Elle avait enlevé son chapeau et l’avait mis sur la table ». C’est la seule référence à une description physique dans l’histoire.

9 – N’entrez pas trop dans le détail lorsque vous décrivez les endroits et les choses, à moins que vous ne soyez Margaret Atwood et que vous ayez un don pour cela. Vous ne voulez pas de descriptions qui amènent l’action, le cours de l’histoire, à s’arrêter complètement.

10 – Essayez de rayer les passages que les lecteurs ont tendance à sauter.
Pensez à ce que vous sautez lorsque vous lisez un roman : d’épais paragraphes de prose où vous voyez qu’il y a trop de mots.

Ma règle la plus importante qui résume les 10 : si ça ressemble à de l’écrit, je le réécris.

Elmore Leonard by Joe Ciardiello

Comments: 18

  1. Nathalie says:

    En tant que lectrice, je trouve ses conseils d’écriture très bons parce que j’ai tendance à sauter les paragraphes trop chargés. Un peu comme les blogs qui ont un texte très long, pas de paragraphes, ou quelque chose qui aere le texte. Pareil pour les personnages détaillés, à moins que le physique ait une part importante dans l’histoire, j’aime imaginer le personnage, lui donner vie sans que son physique me soit imposé.

  2. Je n’ai pas non plus trouvé ma voix / ma voie. Mais les dix conseils de cet auteur que je ne connais pas non plus, sont certainement un bon point de départ.
    Pour qui écrit-on? Pour soi-même ou pour les autres?
    S’il est évident qu’on écrit toujours pour les autres, alors il est important de trouver aussitôt que possible ses dix règles.

    • des conseils très simples pour ne pas compliquer l’écriture et l’échange

  3. Fred says:

    Ecrire en prenant du plaisir et vouloir en donner. Ou écrire pour questionner. Je crois que tu as déjà ta voix, laisse la parler.

  4. super intéressant et grosse surprise pour l’emploi de « dire » seul et lui seul pour les dialogues…

  5. LO says:

    Oui, c’est plein de surprises… mais je n’ai pas, personnellement, la prétention d’écrire alors ça va :)
    Bon week-end Murielle

  6. La voix

    je laisse l’art de l’écriture de côté pour l’instant ou pour cette vie , on verra…
    J’ai déjà bien du travail avec la parole :-)

  7. Etrangement, je le trouve complètement à côté de la plaque…
    Encore que s’il s’agit d’humour, c’est bien amené pour décortiquer cette propension que les maisons d’édition ont à formater leurs auteurs dans des styles qui permettent une lecture rapide mais au final assez insipide.
    Je prendrais pour exemple William Gibson qui « viole » toutes les règles édictées par ce livre. Et pourtant malgré tous ses « impairs », des livres tels que Neuromancien ou Comte Zéro sont de délices d’univers cyberpunk complexes demandant au lecteur de s’y fondre malgré un langage soutenu et des descriptions qui peuvent paraître longues mais participent à l’immersion.
    Bref, ce n’est pas de littérature de gare ;)

    • Ah mais toi tu aimes les littératures plus « alternatives ». J’aime le fait qu’il y en a pour tous les genres et pour tous les lecteurs. Je sais que les règles de Léonard « me parlent » parce qu’en tant que lectrice, les longues phrases, les longues descriptions me perdent vite. Et pourtant j’aime vraiment lire.
      Hey! Zola a été un des premiers auteurs de romans de gare… :-)

  8. Écrivez, produisez, dites ce que vous avez à dire avec vos mots. Le lectorat d’un auteur est LIMITÉ. Inutile donc de lire ce qui ne vous est pas destiné car, vous n’aimerez pas.
    cordialement

  9. Audrey says:

    On conseille souvent de lire les auteurs qu’on aime pour s’en inspirer. Je ne suis pas sure que ce soit toujours une bonne idée quand il y a une ligne très fine entre s’inspirer de et copier. Ecris, laisse tes tics s’exprimer et ensuite enlève les. Le reste sera bon. Bon week end Murielle!

  10. Alors pareil pour moi, je tâtonne encore (Je parle de mes petits essais, un peu loin de moi l’idée d’un roman ) Sinon, j’aime incruster les dialogues dans mes récits; j’ai bien peur que je le fasse par facilité que par autre chose :(. Mais aucun point des 10 règles ne sanctionne l’abondance des dialogues . Donc ouf :p

  11. Marcus Volk says:

    Ecrire est un exutoire.

    Les règles sont justes. Il faut s’en souvenir, certainement, à la relecture. Si on décide de se faire publier.

    Si c’est pour soi, et se rappeler un moment, quelle importance ? Si. Faire simple, épurer le texte, pour ne garder que des mots-clés et faire travailler la mémoire.

    Et si on écrit pour les autres ? Je ne sais pas.

    PS : on m’a transmis l’adresse de ton blog, mon amie me l’a recommandé, alors je vais l’explorer. Ton style est délicat, plein de retenues. J’aime beaucoup.

    >Marcus.

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