Attraper le vent

Il aura suffit d’une lettre pour que son monde change. Une lettre manuscrite envoyée à son agent. Une feuille recto-verso, une écriture enfantine, des « j » comme des barres, des « s » qui se détachaient des mots comme s’ils ne voulaient pas s’associer, comme si un mot était unique et ne supportait pas le nombre. Elle avait raison, ses « s » montraient combien le pluriel était difficile à appréhender. Il lisait sa lettre et il souriait. Son écriture la révélait. Son choix des mots, ses phrases légères qui ne prenaient pas la gorge quand on les lisait à voix haute. Il ne la connaissait pas encore, il était déjà intrigué.

Elle avait laissé une adresse. Pas d’e-mail, pas de téléphone. C’était parfait. Lui écrivain, il aimait les échanges épistolaires. Il allait prendre son temps pour lui répondre. Il voulait sa lettre aussi parfaite que la sienne. Parce que cette lettre serait le début de leur histoire. En lui écrivant il attrapera le vent.