quelques films

écrit par murielle

La Grande Bellezza

Pas besoin de voir Gatsby nouvelle version quand il y a La Grande Bellezza sur les écrans de cinéma. C’est un film magnifique, l’équivalent d’un banquet composé de mille plats. C’est dans le style italien classique de la Dolce Vita de Fellini et de La Notte d’Antonioni: un air d’ennui romantique chez ceux qui ont la sophistication et le loisir pour l’apprécier.

La scène d’ouverture sur Rome est électrique. Des mouvements de caméra sinueux nous font entrer dans la ville par un matin ensoleillé; des zooms oniriques et sa façon de nous dévoiler des gens bizarres et exotiques à chaque coin de rue, de créer une ville qui est à la fois familière et totalement étrangère comme s’il avait découvert un Rome parallèle sur une autre planète. Un touriste s’évanouit – peut-être la chaleur ou la fatigue, ou une sorte de surcharge esthétique – puis Sorrentino nous fait un superbe coup – en nous jetant dans une fête genre Eurotrash complètement scandaleuse et assourdissante organisée pour Jep Gambardella, un élégant célibataire maintenant âgé de 65 ans. Jep est l’auteur d’un seul roman, devenu écrivain frustré et  chroniqueur mondain, dandy désabusé, campé avec une tristesse sublime par le formidable Toni Servillo. Il n’est pas déçu par la vie, ni même par les personnes qui ne parviennent pas à réaliser que la vie est décevante, il est infiniment tolérant, avec l’élégance fatiguée d’un vampire.

La grande bellezza, comme la grande tristezza, peut signifier l’amour ou le sexe, ou l’art, ou la mort, mais la plupart de tout cela signifie ici Rome. Le film veut se noyer dans les profondeurs insondables de l’histoire et la mondanité de Rome. C’est un cinéma haute couture.

La Cage Dorée

L’histoire: Dans les beaux quartiers de Paris, Maria et José Ribeiro vivent depuis bientôt trente ans au rez-de-chaussée d’un bel immeuble haussmannien, dans leur chère petite loge. Ce couple d’immigrés portugais fait l’unanimité dans le quartier : Maria, excellente concierge, et José, chef de chantier hors pair, sont devenus au fil du temps indispensables à la vie quotidienne de tous ceux qui les entourent. Tant appréciés et si bien intégrés que, le jour où on leur offre leur rêve, rentrer au Portugal dans les meilleures conditions, personne ne veut laisser partir les Ribeiro, si dévoués et si discrets. Quitteront-ils leur cage dorée?

Franchement, nous sommes allés voir ce film parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire un matin pluvieux. Je m’attendais à une comédie gentillette, conformiste avec un Roland Giraud qui tiendrait bien son rôle de comédien sympatoche et une Chantal Lauby un peu fofolle. Bref ce serait un film familial sur l’intégration et le déracinement et sur l’amour à voir un dimanche soir à la télé. Eh bien oui, ou plutôt non. Oui c’est un film gentillet et un peu conformiste avec beaucoup de bons sentiments mais c’est aussi une jolie comédie pleine de délicatesse, de tendresse, qui utilise les clichés pour les retourner et faire rire sans se moquer. Et ça fait du bien.

Le Passé

L’histoire: Après quatre années de séparation, Ahmad arrive à Paris depuis Téhéran, à la demande de Marie, son épouse française, pour procéder aux formalités de leur divorce. Lors de son bref séjour, Ahmad découvre la relation conflictuelle que Marie entretient avec sa fille, Lucie. Les efforts d’Ahmad pour tenter d’améliorer cette relation lèveront le voile sur un secret du passé.

C’est un film sur la mortalité de l’amour, sur l’intimité et la domesticité dans un monde où la famille recomposée est la norme. Et composer avec le passé et son emprise impitoyable sur nous. Farhadi montre le désespoir et la colère quand on tente de défier le passé en voulant annuler les choix de vie incorrects. Il s’agit d’un drame complexe et souvent brillant, avec des performances sobres et intelligentes. C’est une mosaïque élégante dont les motifs se composent de détails, de tournures inattendues d’intrigue, de rebondissements et de révélations.

Only God Forgives

L’histoire: À Bangkok, Julian, qui a fui la justice américaine, dirige un club de boxe thaïlandaise servant de couverture à son trafic de drogue. Sa mère, chef d’une vaste organisation criminelle, débarque des Etats-Unis afin de rapatrier le corps de son fils préféré, Billy : le frère de Julian vient en effet de se faire tuer pour avoir sauvagement massacré une jeune prostituée. Ivre de rage et de vengeance, elle exige de Julian la tête des meurtriers. Julian devra alors affronter Chang, un étrange policier à la retraite, adulé par les autres flics.

C’est ultraviolent et effrayant, un magnifique gâteau enrichi à la pâte d’uranium avec de jolies bougies au néon sur le dessus. Les premières scènes m’ont fait penser que Wong Kar-Wai avait fait un nouveau film intitulé In the Mood for Fear ou In the Mood for Hate. Mais la création bizarre et infernale de Winding Refn – où le monde est fait de peur – est vraiment passionnante. Chaque scène, chaque image, est exécutée avec brio. Le film exerce une emprise étourdissante depuis le début, avec de nombreuses scènes cauchemardesques de personnes marchant dans de longs couloirs oppressants, débordants de lumière rouge et vert foncé, qui me rappelle un peu Taxi Driver. Les quelques scènes des clubs de karaoké sont profondément inquiétantes, avec des chansons sur l’amour non partagé. C’est brutal, dur et si incroyable que cela puisse paraître, Only God Forgives a aussi des moments de grande subtilité.

Ma vie avec Liberace

L’histoire: Avant Elvis, Elton John et Madonna, il y a eu Liberace : pianiste virtuose, artiste exubérant, bête de scène et des plateaux télévisés. Liberace affectionnait la démesure et cultivait l’excès, sur scène et hors scène. Un jour de l’été 1977, le bel et jeune Scott Thorson pénétra dans sa loge et, malgré la différence d’âge et de milieu social, les deux hommes entamèrent une liaison secrète qui allait durer cinq ans. ‘Ma Vie avec Liberace’ narre les coulisses de cette relation orageuse, de leur rencontre au Las Vegas Hilton à leur douloureuse rupture publique.

Soderbergh, LaGravenese et Douglas regardent Liberace avec affection et admiration. Dans un film émouvant, il apparaît comme un personnage haut en couleur, assez courageux, rebelle à sa manière comme Quentin Crisp , un contemporain gay de Liberace. Lui a confronté son homosexualité d’une manière assez différente, également brillamment personnifié par l’acteur John Hurt, dans The Naked Civil Servant. Voir ce film, c’est comprendre combien reussir le casting parfait tient parfois au miracle. Ici, c’est parfait. Personne n’aurait pu mieux jouer Liberace que Michael Douglas,  le talent, l’histoire, la flamboyance. Il est formidable à regarder sur l’écran du début à la fin, tout comme Matt Damon et Rob Lowe. Mais j’ai eu du mal à me soucier vraiment de la vie de Liberace dans un film trop long, qui n’en finit jamais.

Comments: 4

  1. Fred says:

    Le film de Sorrentino: bien
    Le passé: magnifique!

  2. Nathalie says:

    Moi je n’ai pas aimé La grande bellazza. Je crois que c’est à cause de cet acteur, il ne me plaît pas du tout. Par contre Le Passé est pour moi le film de l’année. J’attendrai de voir La cage dorée à la télé. Et celui avec Ryan Gosling, je ne sais pas, il semble vraiment trop violent pour moi.

  3. Nous avons vu Only God Forgives, un peu trash, mais pas mal quand même. Ryan Gosling se retire pour un temps de son métier d’acteur, et va réaliser un film.

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