Au réveil

Il n’y avait vraiment rien à faire. Elle ne l’avait toujours pas appelé. Elle savait pourquoi. Un manque d’envie ou d’intérêt. Elle n’avait pas répondu à son message. Elle n’avait pas envie de lui parler de sa vie, de ce qui lui était arrivé de bien et de moins bien et elle se moquait de savoir ce qu’il était devenu depuis sa dernière visite. Son séjour à l’hôpital avait changé la donne. Sa cure de sommeil, les séances intensives de thérapie qui avaient suivi avaient transformé sa façon de voir les choses. Elle n’avait plus d’amour, d’amitié ou d’attention à lui donner.

Une énième histoire qui avait mal tourné. Elle avait choisi d’en finir. Non elle ne voulait pas mourir, elle voulait seulement que la souffrance cesse. Elle ne voulait plus rien ressentir mais pas assez de somnifères pour que ce soit fatal.

Elle s’était retrouvée dans cette chambre d’hôpital. Seule comme d’habitude. Personne pour la veiller ou lui prendre la main. Et  l’ironie d’entendre le docteur lui proposer une cure de sommeil pour donner du temps au temps. Elle avait accepté, un demi sourire aux lèvres, interprété comme un signe de mieux. Ils y voyaient de la bonne volonté quand elle se savait ridicule.

Elle avait dormi. Aucun rêve, aucun  cauchemar, pas d’angoisse nocturne.  Et à son réveil, elle avait compris qu’elle s’était vidée de toutes ses peurs et de toutes ses envies. C’était bien. Pas de sensation. Rien d’autre ne faisait battre son coeur que la mécanique naturelle, une contraction rythmique qui la mettait dans le camp des vivants.

Elle avait décidé qu’elle ne l’appellerait pas. Elle ne connaissait plus personne. Le psy ne savait pas que sa souffrance avait cessé. Elle n’avait plus besoin de mourir. Elle serait zombie parmi les vivants. Elle allait faire semblant de vivre. C’était facile sans les sentiments.