Le photographe

Après 20 ans passés derrière un appareil photo, je peux repérer les signes. Je vois les mariages voués à l’échec avant même que les confettis soient lancés, les pères déçus, le nouveau marié avec les yeux qui traînent et les demoiselles d’honneur qui en savent trop.

Derrière mon sourire figé, je ne peux pas m’empêcher de penser à ce qui attend les couples que je photographie. Si l’un a divorcé avant, est-ce que l’histoire se répètera? Comment les enfants vont s’adapter? Je vois beaucoup d’enfants du premier mariage qui attendent anxieusement la nouvelle configuration familiale. On les met devant, ils sont hésitants, posant maladroitement.

Parfois, je n’ai pas à attendre longtemps la première dispute familiale. S’il y a une mauvaise ambiance, je sais que tout va éclater à la réception. Ça commence habituellement après trop de champagne sur un estomac vide. Je ne suis plus surpris de la compétitivité, l’obsession de la classe sociale et de l’argent. Je vois le snobisme, les jalousies, le comportement antisocial et la surenchère. Souvent, les gens dépensent trop et je me demande si certains mariages somptueux vont durer assez longtemps pour rembourser les dettes.

Je suis le témoin dans une zone de guerre absurde mais je suis caché derrière la lentille, je ne fais pas partie du conflit des passions.

Il y a aussi des mariages heureux, généralement les plus petits et les plus intimes, les moins prétentieux. Est-ce que les fêtes moins chères suscitent  les mêmes attentes?  Est-ce que les gens sont plus détendus? Une jolie demande en mariage, une jolie fête, la famille et les amis les plus proches autour de soi, que demander de plus.

Qu’est-ce qui pourrait tourner mal quand il y a tant de bonheur? Un mariage réussi c’est pour la vie, non?