Réflexion approximative sur le pessimisme …

…la marche à pied et quelques livres

Une étude publiée en ligne la semaine dernière dans Psychological Science suggère qu’il peut y avoir une raison génétique pourquoi certains individus sont plus pessimistes que d’autres. Encore une étude pour démontrer que des personnes ont une vision plus sombre du monde que d’autres. Les gens pensent « qu’il y a un monde, et que notre cerveau nous le décrit », a déclaré l’auteur de l’étude Adam Anderson. « Ce que notre cerveau nous dit est filtré, et les émotions peuvent avoir une influence sur la façon dont nous voyons le monde. » Ce serait une question d’acides aminés.

Jusque là, je tendrais à être d’accord avec cette analyse. Mais voici qu’Anderson donne l’exemple suivant :  lors d’une randonnée dans la nature, les pessimistes passeraient plus de temps à se concentrer sur les rochers glissants que sur des paysages à couper le souffle.

Alors oui mais non!  Parce que si vous aimez la randonnée, vous savez qu’il y a beaucoup de consignes de sécurité : suivre les balises, les pentes raides, l’herbe humide ou les pierres roulantes peuvent être glissantes et donc dangereuses, prévoir le bon équipement, partir tôt, penser à la météo, etc. Bref, il est important de se préparer et de se concentrer sur le négatif pour apprécier le positif (et ne pas faire comme Aron Ralston). Le pessimisme est une condition préalable à l’optimisme.

On nous bassine assez sur l’apprentissage de la vie grâce aux erreurs commises… que l’on apprend avec nos erreurs et non avec nos succès. L’idée est qu’une erreur présente une myriade de possibilités pour la réflexion, l’analyse et l’apprentissage. Il y a peut être un gène de la négativité, mais au lieu de penser que c’est une phrase génétique pourquoi ne pas le penser comme un gène qui va améliorer les choses liées à notre expérience.

Après tout les écrivains prennent plus la peine d’écrire sur le négatif que sur le positif. Ils croient qu’il y a ainsi plus à démontrer et plus à apprendre. Le négatif imprègne la plupart des romans et des histoires – et s’ils ne le faisaient pas, y aurait-il un scénario captivant? Les erreurs, les catastrophes, les pires scénarii et les décès sont ce qui nous touchent en tant que lecteur.

Nous lisons des histoires qui nous choquent, qui nous remuent et restent vraiment dans nos esprits. L’Adieu aux armes d’Hemingway  par exemple, pour son cynisme et pessimisme.  Je choisis un roman et quelle que soit l’histoire je m’attends à une crise, à quelque chose de sombre, un évènement qui changera le personnage et/ou moi. Je crois que chaque histoire a un rebondissement inévitable. Même les histoires Harlequin/Mills&Boon…

Je suis persuadée que l’optimisme que je vois chez les autres est à bien des égards un optimisme né d’un pessimisme profondément ancré … ou d’une ignorance béate. Je pense aussi que les auteurs sont fondamentalement pessimistes. Et que c’est mieux ainsi.

Fahrenheit 451 laisse entrevoir des solutions possibles, des moyens d’éviter la fin indésirable: la guerre éclate, Montag voit la ville détruite, avec peut-être une chance pour un nouveau départ. Il y a des lueurs d’émotions humaines positives, et des miettes d’optimisme, au beau milieu d’un texte construit sur les fondations du pessimisme.

Nous autres de Zamyatin, 1984 d’Orwell, Le meilleur des mondes d’Huxley, Le dernier homme de Margaret Atwood ou Fareinheit 451 de Bradbury. Un petit groupe contrôle toujours un grand groupe de personnes. Ils inventent de nouvelles technologies pour améliorer leur contrôle; la plupart des gens ne seront jamais conscients qu’ils sont contrôlés, ou le sauront sans que cela ne les dérange. Certains peuvent voir ce qui se passe ou parviennent à s’échapper.

Mais la soumission au pessimisme n’est pas la soumission à une vie pleine de négatifs. C’est l’idée que nous pouvons faire quelque chose. Et c’est là l’optimisme humain. Apporter des réponses, chercher des solutions. Les percées technologiques viennent en réponse à une crise imminente ou un problème.

Quid de la a marche à pied ? Elle permet de lutter contre nos aliénations, appréhender le monde. Elle nous oblige au respect, à oublier notre souci de vitesse, d’immédiateté et de réactivité.

 

Marcher, comme une philosophie.

Dans chacune de ces vies on pouvait cheminer un peu, assez loin pour se donner l’illusion de n’être pas prisonnier d’une seule forme de pensée, mais de pouvoir pour un court instant revêtir le corps et la pensée des autres.

Virginia Woolf