Réflexion légère sur les affaires de coeur…

…une question sérieuse et quelques livres

J’ai hésité à parler de l’Affaire. Vous savez laquelle. Celle qui fait se gausser les journalistes/animateurs parisiens, celle qui agace les politiques de gauche et qui amuse les politiques de droite. L’Affaire qui a détrôné l’Autre Affaire médiatique qui rendait animés les repas de famille (un salut amical à mon beau-frère…). Je ne compte pas parler de ça.

Ah! Oui quand même, je vais saisir encore une fois l’opportunité de souligner le sexisme incroyable qui entoure cette histoire et que, décidément, les femmes – qu’elles soient  « l’ex », la « celle du moment » et « l’autre »-  sont les cibles d’un vocabulaire détestablement misogyne et d’analyses terriblement minables.
Une seule question se pose. À quand le respect?

Impossible d’éviter les lieux communs. La fin d’une histoire d’amour est douloureuse. J’imagine qu’elle l’est encore plus quand c’est l’autre qui part. Il y a des chansons magnifiques sur la rupture, des films aussi, mais je me suis demandée ces derniers jours quels livres avaient pour sujet la fin d’un amour. J’ai cherché dans ma bibliothèque et j’ai demandé à mes amis bibliophiles. Les livres psycho/bobo/zéro sont légion mais les vrais livres, ceux qui ont le mot précis et le trait fin pour parler de la douleur et de la fin sont plus rares.

La fin d’une liaison – Graham Greene

Mais c’est bien sûr! L’histoire parfaite. L’obsession amoureuse, la jalousie, le couple et l’autre.

Le livre du rire et de l’oubli – Milan Kundera

Il suffit de lire cette phrase pour comprendre. Le souvenir de la révulsion était plus fort que le souvenir de la tendresse.

Un week-end dans le Michigan – Richard Ford

J’avais commencé par la suite: Independance Day. J’ai découvert longtemps après ce premier opus. La désintégration du couple après la mort de leur enfant nous place directement dans le territoire du chagrin. La perte d’un enfant provoque l’exploration de la perte de la foi. Mais pour le romancier, il génère une équation mystérieuse, peut-être impossible avec laquelle il faut se battre: comment un décès bouleverse l’équilibre précaire d’un mariage défaillant?

Nouvelles – J.D Salinger

Salinger n’est pas exactement connu pour sa, euh, maturité affective, mais une poignée de ses nouvelles est d’une honnêteté discrète. Elles ne sont pas exactement âpres, tout le monde ne peut pas faire du Philip Roth mais Oncle déglingué au Connecticut et L’Homme hilare sont cathartiques.

Darconville’s Cat – Alexander Theroux

Roman, qui hélas, n’est pas traduit en français. (Le seul livre jusqu’ici traduit en français est  Trois métèques (Phébus, 2002). Darconville’s Cat est drôle, frustrant, sauvage, audacieux et furieux. C’est long, c’est compliqué et c’est bien.

Laissez-moi – Marcelle Sauvageot

« Une jeune femme qui se bat contre la maladie, de retour au sanatorium dont elle ne reviendra peut-être pas, ouvre une lettre que vient de lui remettre son amant. Lettre de rupture, ou plutôt de congé:  Je me marie… Notre amitié demeure. »
C’est parfois lâche un homme. Amoureux fébrile et exalté quand l’amour est à ses prémices, il prend peur face aux graves réalités.

Vous pensez que Noël sera triste pour moi et vous voudriez me bercer. Oh! non, je ne veux pas de vos caresses et Noël ne sera triste que si je le veux bien. J’ai froissé votre lettre et j’ai cru à une délivrance. J’ai de ce geste secoué vos caresses et l’enlisement dormeur du passé. Je me suis retrouvée agressive, prête à regarder bravement la vie sans vous; elle est peut-être plus belle sans vous : elle est neuve…

Et ainsi de froisser, déchirer ou jeter ses lettres comme geste de délivrance. (aparté: Comment fait-on maintenant avec les e-mails?)

Apprendre à finir  – Laurent Mauvignier

Cet homme va rester auprès de sa femme convalescente puis il la quittera. C’est le monologue d’un homme qui oscille entre douleur, peine, dureté, faiblesse et introspection.

Passion simple – Annie Ernaux

Un livre très court pour raconter deux années de passion entre une femme et son amant. Elle ne vit que pour ses visites sachant qu’il y a forcément d’autres femmes dans sa vie – ainsi que sa femme officielle – et qu’un jour il la quittera.

J’avais le privilège de vivre depuis le début, constamment en toute conscience, ce qu’on finit toujours par découvrir dans la stupeur et le désarroi : l’homme qu’on aime est un étranger.