fümms bö wö tää zää Uu

Une des grandes forces de la langue française – tout comme la langue anglaise – est le nombre de mots qu’elle possède pour décrire les personnes qui nous ennuient.  Je reste persuadée que l’allemand a copié le français et « sa tête à claque » avec le mot « backpfeifengesicht » – « un visage qui a besoin d’un coup de poing ».  Mais étant contre la violence, c’est un mot que je n’aime pas utiliser.

De plus le français nous donne des options, en partie grâce à l’abondance de sa vulgarité. Si je vous traite « d’enculé », je veux dire quelque chose de subtilement différent de « connard », « merdeux » ou « grand con ».  Ces différences ne sont pas uniquement une question d’intensité, même si j’admets qu’il peut être difficile de repérer ces nuances…

Le « connard » (qui se décline évidemment aussi au féminin) appelé également « le trou-duc » m’agace plus qu’il ne le faudrait pour les dégâts qu’il cause. En parlant fort au téléphone dans le bus, en klaxonnant sous ma fenêtre, en textant au cinéma ou en ne ramassant pas les crottes de son chien, le connard ne ruine pas ma vie. Mais il y a quelque chose en lui qui conduirait la personne la plus posée à avoir un accès de rage.

Ce quelque chose est son incapacité à reconnaître l’égalité morale des autres. Le trou-duc se permet de profiter d’un avantage spécial … qui s’appelle « j’ai le droit », et ainsi s’immuniser contre les plaintes. Il existe des variations de l’imbécilité: du connard discret mais efficace au sans-limite (particulièrement prolixe dans la politique), du connard cultivé qui peut être bon sur un sujet, mais qui reste un trou-duc au connard rustre qui aligne les perles de racisme, sexisme et autres atteintes à la dignité humaine.

Mais tout comportement odieux n’est pas toujours l’acte d’un connard : celui qui me passe devant dans la file d’attente est peut-être un psychopathe, ou un distrait, tandis que celui qui croit qu’il a une justification unique pour le resquillage est un un connard égoïste. C’est celui-là que je n’aime pas ; celui qui pense que les règles contre le resquillage ne s’appliquent jamais à lui. Il mériterait mon ire.

Le défi, dans le traitement du trou du cul , c’est qu’il est difficile de résister à la tentation de se battre sur son terrain : si je me mets en colère il ne comprendra pas et ne reconnaîtra pas pour autant ce qu’il fait de « mal ». J’ai un meilleur plan. Un plan bien plus difficile, me rappeler que tout ceci n’est qu’une légère irritation , contre laquelle il peut être justifié de prendre des mesures proportionnées, en évitant de posséder une arme à feu. Alors quand l’envie me prend de répondre quelque chose d’insultant, j’ouvre la bouche pour réciter Ursonate de Kurt Schwitters.

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