aye or nae

Et soudain, l’Ecosse est devenue le pays le plus détesté sur la terre (si on fait l’impasse sur la Russie, la Chine et les autres). Avant, tout le monde l’aimait. Avec son whisky, ses tartans et tweeds, son Festival d’Edimbourg, sa musique, ses terrains de golf,  ses charmants habitants, ses châteaux hantés, son deep-fried Mars bar et le monstre du Loch Ness, l’Ecosse était l’une des « marques » les plus reconnues et les plus appréciées dans le monde.

Maintenant, il semble, qu’en osant exprimer son identité unique et bien-aimée en envisageant l’indépendance en Septembre, elle sera exclue. Personne ne la veut dans l’Union européenne ou l’OTAN, et celle qui était connue comme la terre favorite des banquiers rusés ne serait pas de confiance pour la livre sterling.

Les menaces qui volent ces derniers jours sont très troublantes pour un pays qui tente de séparer la vérité des tactiques d’intimidation, et se prépare à prendre la décision la plus importante depuis 300 ans. Rien n’est plus fâcheux que les « faits » non fondés qui sont présentés par les adversaires de l’indépendance, avec pour seul but d’intimider une population plus que capable de décider par elle-même.

Le week-end dernier, le président de la Commission européen, Barroso, a jugé, qu’il serait «extrêmement difficile, voire impossible» pour une Écosse indépendante d’adhérer à l’Union Européenne, dans le cas où cette région britannique deviendrait un État à l’issue du référendum de septembre. Dans tous les cas, je me demande pourquoi tous ces politiciens suggèrent la mise à l’écart de l’Écosse lorsque l’intérêt simple et de bon sens dicterait le contraire? Pourquoi,  l’UE devrait expulser un pays qui a été membre pendant 40 ans et qui a déjà transposé toute la législation européenne dans le droit écossais, sachant que ce serait causer des ravages – pas seulement pour l’Écosse, mais pour tous les autres États membres?

Pourquoi, le ministre des finances britannique Osborne voudrait refuser de partager une monnaie quand il serait dans l’intérêt des entreprises britanniques de ne pas le faire? Madinn mhath les nouvelles taxes. Exclure une monnaie commune n’est pas seulement contre-intuitif, mais va aussi à l’encontre de l’esprit de l’accord d’Edimbourg, qui engage les deux pays dans le cas d’un oui, à négocier le divorce de bonne foi. Osborne et co ont décidé d’annoncer à l’avance le résultat de ce qui est susceptible d’avoir au moins 18 mois de négociations difficiles…

 

scotlandAucun argument n’est trop bête pour le gouvernement anglais et les autres partis. Jusqu’à insinuer que s’il y avait une union monétaire, l’Écosse devrait « céder la souveraineté » de la Banque d’Angleterre. « Alors, quel genre d’indépendance serait-elle? » se moquent-ils, en ignorant le fait que des pays comme l’Allemagne et la France cèdent la souveraineté sur l’Euro et la politique monétaire à la Banque Centrale Européenne et se considèrent États indépendants. Les décisions de politique budgétaire restant décentralisées et encadrées par la Pacte de stabilité et de croissance.

Il semblerait également que l’Écosse ne soit plus autorisée à partager notre orbite autour du soleil, et Osborne a entendu que la NASA ne lui en laisserait pas joindre une autre. Il lui faudra donc trouver un système solaire différent, sans parler des plaques tectoniques – Inverness se retrouverait en Norvège – mais, hey, si c’est ce que souhaite le pays…

Franchement , les Écossais ne se soucient pas de savoir si l’indépendance de leur pays pourrait entrer dans l’UE via l’article 48 plutôt que l’article 49 des traités européens. Ce qu’ils veulent savoir, c’est ce qui va se passer concrètement s’ils votent pour l’indépendance. On oublie souvent que dans le cas d’un vote oui, ce n’est pas seulement Edimbourg qui négociera les termes de l’adhésion à l’Union européenne, mais aussi Londres. Et d’imaginer que le Royaume-Uni, après avoir perdu 5,3 millions de citoyens, aurait des difficultés à conserver sa part actuelle du budget de l’UE, ses 73 députés et son poids électoral actuel au sein du conseil des ministres.

Barroso, encore une fois, montre son incapacité à rester neutre dans ses interventions, non, en fait,il montre  son incapacité d’homme politique tout court. Imaginez: dans 7 mois, minuit sonne et l’Écosse est devenue indépendante. Des milliers de pêcheurs européens seront confrontés à la faillite parce-que leurs bateaux ont été interdits dans les eaux écossaises. Les étudiants européens Erasmus seront renvoyés chez eux. Les Écossais vivant en Europe (et les Européens en Écosse) n’auront soudain plus le droit automatique d’être là.

Pour ou contre l’indépendance, un pays, n’importe quel pays, mérite plus que des tactiques de pression, de peur et d’alarmisme de la part de l’UE.  « Aye » ou « Nae », c’est aux Écossais de décider.