Inside Llewyn Davis

On a tous UNE chanson que l’on chante sous la douche. La mienne est Been around this world (hang me) en accéléré (version Rockbridge Brothers – 5e morceau du mix pour les curieux). Enfin… je chante surtout le refrain jusqu’à ce que l’on me dise « par pitié, j’en peux plus! » Donc un film qui commence avec « Hang me oh hang me. I’ll be dead and gone » ne peut pas être totalement mauvais.

inside-llewyn-davisIl ne l’est pas. Huit chansons, huit classiques de la folk, réarrangées par T Bone Burnett. Inside Llewyn Davis n’est pas une comédie musicale, avec tout le monde poussant la chansonnette quand l’envie les prend. C’est le contraire: quand Davis chante, il le fait parce que l’intrigue l’exige, pour une audition, ou dans la voiture pour passer le temps, et souvent après qu’il ait pris une bonne beigne. Le personnage ouvre ses poumons uniquement dans la douleur. Le film entier (et nous avec) semble retenir son souffle pour entendre la voix plaintive et pure d’Isaac.

Les frères Coen auraient pu facilement prendre l’autre sens, et rendre Llewyn sans talent – les trailers jouent malicieusement avec cette possibilité – mais ils virent vers un paradoxe plus « Withnailien ». J’explique pour les hérétiques qui n’ont pas encore rencontré le magnifique Withnail : si seulement l’univers pouvait arrêter d’opprimer Llewyn et l’écouter,  alors il entendrait combien son oppression a créé la beauté.

Bien entendu, mon avis sur le film est biaisé. J’aime la folk, les classiques populaires détournés pour en faire des chansons engagées, des paroles intelligentes avec de belles mélodies, des refrains, des banjos, des guitares et des voix trainantes. J’aime les cafés enfumés, les hommes barbus, les pulls élimés, les hommes barbus et les nuits grises. Mais je m’emballe…

Le film est aussi un objet d’art exquis, magnifiquement photographié par Bruno Delbonnel, qui réduit la saturation des couleurs et reproduit exactement les gris soyeux et les blancs tachés couleur tabac des vieux Ektachromes. Quant à l’intrigue, elle est presque inutile. Mais elle garde une structure élégante qui se développe en spirales pour revenir vers son début. C’est du beau Coen brothers.

Ah! et il y a Adam Driver. Son nom seul, devrait bientôt suffire pour aller voir un film, uh-oh – outer space