Émilie

écrit par murielle

Elle avait peu d’amis. Ses standards étaient très élevés. Ses coups de cœur étaient également rares. C’est pourquoi elle était rarement déçue. On ne peut pas être déçu par les gens médiocres parce qu’on sait qu’ils le sont. Un comportement, quelques paroles prononcées, une attitude suffisaient à prouver son point.

Par exemple, un homme qui la draguait pouvait se montrer charmant avec elle et méprisant avec les autres femmes. Elle savait alors qu’il serait un mauvais amant. Elle n’aimait pas non plus ceux qui pensaient qu’en acceptant un verre, elle était déjà sous le charme, presque amoureuse prête à tomber dans les filets d’un auto proclamé séducteur. Ainsi, son dernier rendez-vous avait eu de la difficulté à concevoir les femmes comme des êtres humains autonomes ayant des besoins et des désirs qui ne se rapportent pas à ceux des hommes. Comme s’il lui était impossible de ne pas être aussi irrésistible qu’il aimait à le penser. Il avait même eu le culot de dire qu’il la croyait amoureuse de lui.

La faute à la culture. Après tout les femmes ont le stéréotype tenace : obsédées hystériques du couple. Le célibat chez les femmes est généralement présenté comme un échec à atteindre l’idéal d’épouse et de mère : les femmes célibataires doivent composer avec les caricatures de femmes seules qui sont perdues sans un homme pour les définir. « Elle a réalisé ses rêves, elle fait plein de choses mais elle n’a personne », « je ne comprends pas pourquoi elle est célibataire ». Qui peut reprocher à un homme de penser que les femmes sont désespérées, proies consentantes prêtes à se marier quand être un « échec solitaire » est posée comme la seule alternative?

Elle avait peu de considération et de respect pour ce genre d’hommes. Elle savait ce qu’elle voulait et ce n’était pas de tomber amoureuse et vivre avec quelqu’un. S’il y avait ambiguïté, ce n’était pas de son coté. Elle avait appris combien l’autre écoutait rarement ce qui était dit. Il déduisait ses désirs d’un ensemble de stéréotypes. Accepter de prendre un verre, ou pire, inviter à prendre un verre, n’était pas l’admission sous entendue d’une attirance amoureuse, ni même le début d’une histoire. Elle savait maintenant que celui qui interprétait ses actes et déformait ses mots pour en faire une autre réalité manquait sérieusement de recul et d’intelligence. L’arrogance simpliste des hommes n’était pas attirante.

Elle avait une haute idée de sa personne. Elle préfèrerait toujours la solitude et le silence, source de félicité et de tranquilité intellectuelle.

Comments: 7

  1. Nathalie says:

    Je comprends Emilie. Les relations hommes-femmes sont compliquées.
    Si on l’invite pour un verre ou si si c’est elle qui invite, est-ce qu’il faut préciser qu’il n’y a rien de sexuel/amoureux dans cette invitation? C’est un peu présomptueux de devoir préciser avant mais c’est encore plus difficile si l’autre interprète l’invitation comme un premier pas ou comme de la drague.
    J’ai eu une expérience similaire avec quelqu’un qui pensait que j’étais après lui alors que je n’avais été que amicale et qu’à aucun moment je n’étais attirée par lui. Je ne sais pas comment il a pu lire des signaux qui n’étaient pas là. Je n’avais absolument fait aucune allusion, je n’étais pas dans cet état d’esprit et je n’avais absolument pas l’intention de faire autre chose avec lui que boire un verre mais c’était un pervers narcissique. :-)

  2. Fred says:

    Perso, une femme qui m’invite à prendre un verre je me demande ce qu’elle me veut. Mon portefeuille ou mon corps? Parce que c’est pas pour ma conversation :-)

  3. Peyo says:

    Je dois être un pervers narcissique parce que si quelqu’un m’invite à prendre un verre, je pense que je lui plais et qu’elle est intéressée.
    C’est flatteur qu’une femme fasse le premier pas.

    • Audrey says:

      Ça prouve bien que l’amitié homme-femme est difficile. Je sais que je vais généraliser et qur Murielle va me taper sur les doigts mais même s’il n’y a pas d’attirance physique, dans un coin de son esprit l’homme ou la femme pensera « est-ce qu’il/elle est après moi? ».
      Une femme qui accepte une invitation, on se demande quelle est son intention. On pense à tort qu’elle veut quelque chose d’autre. Alors qu’elle peut être simplement après une amitié et qu’elle n’a pas l’intention de lui sauter dessus à la fin de la soirée.
      Emilie est sexiste quand elle parle de l’arrogance simpliste des hommes mais je pense qu’elle a raison :-)
      C’est exactement a même chose que la réaction des hommes quand ils apprennent qu’une connaissance est homo. Qui n’a jamais entendu dire « je vais frôler les murs maintenant », comme s’ils étaient tellement sexy qu’un homo aurait envie d’eux.

  4. Laurent says:

    Moi je la comprends Emilie. Si elle est sexiste, elle a des raisons qu’elle explique clairement. Je crois qu’il y a des raisons de devenir intolérant et de préférer la solitude plutôt que de subir les pensées erronées des autres qui mène à devoir se justifier de chacun de ses actes.

    @Fred. Ta lucidité t’honore :-)
    @Peyo. C’est quoi le premier pas?

  5. burntoast4460 says:

    Le tout, c’est que chacun soit bien dans sa peau. Il ne faut pas non plus s’enterrer dans des catégories (célibataire, marié, etc).
    J’ai connu des célibataires endurcis qui ont trouvé l’âme soeur (et sont heureux), et inversement des gens mariés, pas du tout à l’aise dans le mariage (et divorcés).
    Il faut aussi avoir conscience que dans un passé pas si lointain, se marier, pour une femme, était une sécurité quasi obligatoire, sinon c’était l’aventure (la rue), ou le couvent. Pour les hommes, il fallait appartenir à un groupe social, de préférence fort. Être dans le clergé pouvait être une option d’ascension sociale.

    • Être dans le clergé : pas de loyer, ni de factures. Pour un peu qu’on fasse voeu de silence, quel bonheur… :-)

quelque chose à dire