Insomnie

J’ai passé une nouvelle nuit d’insomnie. J’ai quelques idées du pourquoi. Je suppose aussi que c’est une nouvelle façon pour mon corps et mon cerveau de me trahir après plus de vingt ans à leur faire la fête et m’amuser avec eux. Voilà, c’est ainsi qu’ils me le rendent. Ils m’empêchent de dormir. Ils sont de retour avec une vengeance.

J’abandonne généralement vers 3h du matin. Je me lève et je vais au salon ouvrir la fenêtre. Les noctambules sont allés se coucher. En face, le chat de la voisine pointe son nez quand il voit de la lumière chez moi. Bayonne ce n’est pas Londres. Ici pas de nightingales, petit nom des sirènes de police et d’ambulance,  pas de renards urbains dans le jardin. Vous avez déjà entendu un renard? C’est le bruit d’un bébé qui crie. Mais dans ma rue, rien. Pas de spectacle nocturne, pas de bruit. Tant mieux.

Au début, le temps supplémentaire est utile. On peut le passer à s’atteler aux tâches domestiques. On peut perdre son temps en ligne à discuter de Games of Throne, ou découvrir que Saturne a plus de 60 lunes. On peut se balader sur les remparts de la ville. On peut aussi écrire des listes de choses à faire – comme se lier d’amitié avec l’auteur Holly Black qui vit dans une maison avec une bibliothèque secrète. On peut dresser un plan d’action détaillé – prendre au moins une douche par jour – surtout si on doit mettre le nez dehors pour rencontrer des gens et changer de marque de thé. Ce plan est assez facile. Il sera d’autant plus applicable quand le rythme de sommeil sera plus équilibré.

Mais après un moment, les choses deviennent plus difficiles. On entre dans le territoire des longues nuits – ou techniquement – des petits matins de l’âme. On ne peut pas s’empêcher de cogiter, d’essayer en vain de sortir de sa boîte crânienne. On tombe sur les détritus de la psyché.

Et j’en ai conclu que :

  1. je pourrais tuer quelqu’un. Certainement par légitime défense mais aussi en prémédité. Je sais comment je le ferais. Je le ferais évidemment si j’avais l’assurance de ne pas être prise.
  2. je ne pourrais pas manger quelqu’un. Je n’ai aucune envie de survivre un crash d’avion sans aucun espoir d’être sauvée. À quoi bon survivre quelques jours de plus en mangeant la cuisse d’un inconnu?
  3. je pourrais faire beaucoup plus que je ne fais en ce moment. Mais ma concentration n’est plus ce qu’elle était.

Puis pendant la journée la fatigue me gagne. Je commence un e-mail et il termine dans les brouillons. Parfois la fiction et la réalité se mélangent. Est-ce que j’ai enfin répondu à tous ces e-mails en retard? Est-ce qu’ils ont retrouvé les boîtes noires? Est-ce que je suis bien allée voir Guignol en compagnie de Spiderman? Est-ce que j’ai eu la visite d’un géant suédois? Est-ce que les élections municipales à Bayonne ont vraiment été un fiasco incroyable?

Alors que je viens de survivre à mon anniversaire une année de plus, je décide de ne plus le fêter, jamais. D’ailleurs « fêter » est un bien grand mot. Je décide de ne plus accuser réception du 14 Avril. Epuisée par ma connaissance de soi et rendue perplexe par la vie, je décide que les choses deviennent encore plus simples.