Orson Welles

Combien ils vont m’aimer quand je serai mort.

C’est une phrase que je pourrais faire mienne. Mais elle est d’Orson Welles, dite à Peter Bogdanovich dans les années 1980. Des dizaines de livres ont suivi la mort de Welles en 1985, dont une élégante biographie officielle, et d’autres moins énamourés voire empreints de dégoût. Et puis il y a cette version, pleine d’amour brut. Celle de Simon Callow, un des acteurs les plus érudits et talentueux du théâtre. Il est aussi  le bruyant Gareth dans Quatre mariages et un enterrement – l’enterrement étant le sien.

Mais c’est un amour difficile. Incroyablement documenté, il a disséqué la vie de Welles depuis sa naissance en 1915 jusqu’à la fin de Citizen Kane en 1941.  Un livre magistral entaché d’un peu d’acide. Un livre comme une conversation d’après dîner, quand fatigué et désinhibé par les verres d’alcool, on écoute la fine gueule du groupe distribuer les points, critiquer subtilement, sans aucune concession. Et Callow n’allait pas concéder un seul point, même si l’ancien combattant du Grand Chelem était clairement Welles. Le sous-texte de Callow est clair : comment un homme peut être si précoce, si talentueux et si prodigue?

Il lui est difficile de retenir ses émotions : « En Juillet 1948, l’entrepôt de stockage du décor et des accessoires pour les grandes productions de Five Kings, Shoemaker’s Holiday, Caesar et Heartbreak House a exigé le paiement de ses dettes en menaçant de tout vendre. Il n’y avait pas d’argent disponible, alors l’entrepôt l’a fait. Le paysage pour Around the World a également été détruit. Il est impossible de ne pas penser à ce traîneau brûler à la fin de Citizen Kane et les rêves qui meurent avec lui ».

citizenkane_

L’entreprise de Callow est finalement assez rare dans l’édition. Il laisse le lecteur/dîneur la bouche sèche. Avec l’envie d’un dernier verre ou d’un café avant de quitter la table.