deux autres films

écrit par murielle

Deux films bien

Bird People

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L’histoire

En transit dans un hôtel international près de Roissy, un ingénieur en informatique américain, soumis à de très lourdes pressions professionnelles et affectives, décide de changer radicalement le cours de sa vie. Quelques heures plus tard, une jeune femme de chambre de l’hôtel, qui vit dans un entre-deux provisoire, voit son existence basculer à la suite d’un événement surnaturel

Dans un premier temps, ou au moins pendant un moment, le titre du film semble se référer à ces gens qui passent leur vie dans les airs. Gary Newman (feu Will de « The Good Wife ») est juste ça. Un voyageur, qui touche le sol de Paris pour 24 heures avant de s’envoler pour Dubaï. Mais quelque chose oblige Gary à sauter son vol, et le lendemain matin, il quitte son emploi, appelle son avocat et envoie à sa femme un e-mail inquiétant – sujet: « Besoin de te parler ».

Ce n’est pas une crise de la quarantaine ordinaire, mais malheureusement, ce n’est pas non plus une crise particulièrement extraordinaire. Gary, comme presque tous les gens observés dans le film, semble être un individu relativement moyen à part pour certains aspects de sa vie, narrée façon « Jules et Jim » par Mathieu Amalric. Presque détaché, avec une approche du détail tel un documentaire, le film observe tout d’abord sa routine et ensuite le processus par lequel il s’extrait de ses obligations personnelles et professionnelles.

Ailleurs dans l’hôtel, Audrey à la voix douce (Anais Demoustier) travaille comme femme de ménage. Elle travaille afin de rester occupée jusqu’à ce qu’elle décide de l’étape suivante, à la dérive quelque part entre la rêverie et la dépression. Le film se concentre sur les comportements plutôt banals, les trajets quotidiens, sa vie dans son petit appartement de banlieue, fumant une cigarette, voyeuse silencieuse des voisins d’en face.

Puis il y a les moineaux, porteurs de fantasme, symboles d’indépendance et de liberté.

Quelque chose change, le film prend une tournure inattendue et nécessaire. Au lieu de faire quelque chose d’agréable et facile, Pascale Ferran accentue le sentiment de malaise éprouvé par les gens dans cette étrange zone de transition : à côté de l’aéroport, aller et venir, et rarement changer. Elle montre ces espaces à faible distance, violemment éclairé et capturé avec la clarté trop forte des appareils photo numériques d’aujourd’hui, comme pour accentuer le vide. 

Sans en dévoiler la fin, le film appelle à quelques empoignades et effets visuels intelligents. Le surréalisme est en contraste frappant avec le naturalisme d’avant. Et c’est dans cette partie que le film quitte enfin la terre ferme et prend son envol. C’est joliment risqué, même si Ferran n’a pas la folie d’Icare.

The Homesman 

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L’histoire : 

En 1854, trois femmes ayant perdu la raison sont confiées à Mary Bee Cuddy, une pionnière forte et indépendante originaire du Nebraska.Sur sa route vers l’Iowa, où ces femmes pourront trouver refuge, elle croise le chemin de Georges Briggs, un rustre vagabond qu’elle sauve d’une mort imminente. Ils décident de s’associer afin de faire face, ensemble, à la rudesse et aux dangers qui sévissent dans les vastes étendues de la Frontière américaine.

C’est une histoire de frontière avec quelque chose du style classique de Stagecoach ou 3h10 pour Yuma, mais aussi avec une âme plus sombre, proche de son film précédent Trois enterrements. Et puis c’est un film qui nage à contre-courant de : la plupart des histoires de ce genre sont sur des hommes qui vont vers l’Ouest. Ici, il va dans la direction opposée. La dimension métaphorique de leur épreuve est simple et subtile. Une femme folle dans le grenier pourrait faire allusion à une passion victorienne réprimée, au sexe coupable. Les femmes folles dans le wagon montrent que la folie ne connaît pas de limite – et que l’emprisonnement touche tout le monde.

C’est musclé, confiant, il conduit l’intrigue avec de beaux coups de fouet, et il navigue facilement entre le choc brutal, la comédie noire et le sentimentalisme. Il y a quelques fioritures émotionnelles et des performances parfois surjouées mais c’est un film plein de richesse et de verve. Tommy Lee Jones (co-scénariste, réalisateur et acteur principal) montre encore une fois un vrai talent pour raconter une histoire. 

Comments: 3

  1. J’ai vu le deuxième film. J’en veux à Tommy Lee John d’avoir « suicidé » l’héroïne. Sinon, c’est très réaliste, loin des fioritures du Western Classique (même si les bons westerns classiques sont souvent plus proches de la tragédie shakespearienne que de la réalité historique, qui leur importe peu au final).

  2. Coucou! Voilà bien deux films qui me font envie. J’admire beaucoup le cinéma de Pascale Ferran, c’est tellement poétique ce titre. Tout ce que j’aime! Ton blog est vraiment chouette, bravo et merci pour ce partage. Bon week end ! Frédéric :) :)

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