Obvious Child

écrit par murielle

Avez-vous déjà vu une comédie sur l’avortement? Moi oui, la semaine dernière. Le film c’est Obvious Child et la réalisatrice est Gillian Robespierre.

Film à petit budget, c’est une comédie dramatique à la fois caustique et sincère. Son héroïne est une juive new-yorkaise Donna Stern (Jenny Slate), d’une franchise désarmante dans ses confessions (« J’avais l’habitude de cacher ce que mon vagin faisait dans ma culotte« ) mais elle est aussi un personne perspicace et pleine d’esprit.

obvious-childCe qui est le plus impressionnant ici est la façon dont Robespierre combine des éléments de comédie romantique familiers avec une histoire bien plus sombre sur des problèmes très actuels (grossesse non planifiée, menace du chômage, petites galères). Obvious Child est un film sur une fille qui a un avortement et continue sa vie avec bonheur. Dans le monde réel, il s’agit d’une histoire familière – une histoire évidente, même. Des milliers de femmes se font avorter chaque année, se sentent bien à ce sujet, puis passent à autre chose.  C’est un « gros problème » pour la société qui n’est parfois pas un si gros problème que ça. Pourtant, dans les films et à la télévision, c’est encore largement inexploré, un territoire controversé.

Enfin, ce film met en évidence les messages pro-vie dont Hollywood a nourri le public depuis des décennies. Les grossesses non désirées aboutissent généralement à la décision d’avoir l’enfant. Après tout, même dans Juno qui traite de la grossesse accidentelle différemment, l’héroïne mène sa grossesse à terme avant de confier l’enfant pour adoption. Pro-choix ou pro-vie, la ligne est floue, parce-que même si Juno n’est pas moralement opposée à l’avortement, le message était clair: avoir l’enfant était une meilleure décision.

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Ici pas question de faire un film sur l’ambivalence. Après s’être fait larguée par son petit-ami, Donna passe la nuit avec un garçon qui n’est absolument pas son genre. Ce qu’elle pensait être un coup sans lendemain se transforme en grossesse accidentelle et devient une histoire qui explore les difficultés réelles, parfois comiques, de l’avortement.
Ce n’est pas le genre de comédie réconfortante et familière. Au lieu de cela, c’est le réalisme sarcastique avec lequel Donna gère sa grossesse qui nous touche. Parce qu’elle a ce que beaucoup de femmes ont, une manière de gérer les problèmes avec gusto, droit au but. Terrible ou pas, c’est une expérience qu’elle est obligée de vivre, et elle le fait.

L’une des meilleures scènes est une conversation entre Donna et son amie Nellie (Gaby Hoffmann), qui a déjà eu un avortement elle-même. Lorsque Donna questionne Nellie sur son expérience, elle répond d’un ton neutre: « Je ne l’ai jamais regretté. » Plus tard, quand Donna se demande si elle doit le dire à son partenaire d’une nuit, Nellie est persuadée que c’est le corps de Donna, et donc la décision de Donna. Elle ajoute, dans ce qui pourrait être la plus forte ligne du film, « Nous vivons déjà dans une société patriarcale où un groupe d’hommes blancs âgés légifèrent sur nos vagins ».

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Aucune femme, saine d’esprit n’est heureuse de se faire avorter. C’est une expérience que personne ne veut ou n’espère connaître. Mais un avortement peut également entraîner un sentiment merveilleux de soulagement pour quelqu’un qui n’est pas prêt ou qui ne veut pas être un parent. Suite à la procédure, une scène illustre parfaitement ce mélange complexe de sentiments. Assise dans une salle pleine de femmes entre 20 et 30 ans, toutes vêtues de blouses d’hôpital roses, Donna est troublée. Elle se tourne vers sa voisine et elles partagent un rapide sourire sincère. Un sourire de reconnaissance.

Que l’on soit pour ou contre l’avortement, ou mieux encore que l’on soit pour que les femmes aient le choix de décider en toute connaissance de cause et sans culpabilité, Obvious Child est le film à voir pour rétablir la balance.

Et puis je ne peux pas terminer cet article sans dire combien Jenny Slate est parfaite. Ceux qui sont fans comme moi de Parks and Recreation, savent qui elle est. (Elle joue également dans House of Lies). Ici, elle joue avec le mélange parfaitement soigné de loufoquerie et de vulnérabilité.

N.B

Pour la première fois depuis la création de ce blog, je modère les commentaires avant de les publier, tant les réactions anti-avortement n’ont pas leur place ici. Je suis pour le dialogue mais pas pour les insultes. En quelques heures, j’ai reçu plus de 40 commentaires qui ne sont pas les bienvenus chez moi. Pas la peine de reposter pour me traiter de tous les noms et me dire que je censure. Je m’en tape… C’est chez moi, je fais ce que je veux…

Comments: 13

  1. Nathalie says:

    Tu vois toujours les films trop en avance. Il faut que je les note pour les voir des mois après! Mais là je suis à SF et il est sorti donc dès demain je pourrai te dire ce que j’en pense, ha ha!
    J’ai très envie de le voir parce le sujet est différent et l’actrice n’est pas dans le cliché. Elle faisait partie des comédiens de SNL aussi. Là je suis à SF et il est sorti donc dès demain je pourrai te dire ce que j’en pense, ha ha!

    • Eh oui, j’aime être à la pointe de l’actualité culturelle ;-)
      Alors dis moi, bien ou pas?

  2. Amaya says:

    Je suis passée par là . Non je n’étais pas heureuse de le faire . J’étais consciente et neutre ; neutre surement pour que cela soit supportable , faisable . Un masque . Derrière le neutre j’ai vu mais bien plus tard la peur , l’ignorance , et l’amour . L’amour c’était lui le plus caché . C’est triste , profondément triste . Je ne suis ni pour , ni contre , je suis pour le choix . Voilà ( :-) ) … et plus le temps passe …. plus c’est douloureux d’en parler . Je n’ai donc pas encore tout vu . Je ne sais pas si j’irai voir le film mais , si le film est dans la nuance et l’humanité , c’est bon je crois.

    • Merci pour ton commentaire Amaya. Le film est suffisamment dans la nuance mais c’est une comédie pour faire un immense pied de nez aux mouvements anti avortement américains qui sont légion là bas et qui font un mal énorme à des femmes fragiles ou fragilisées, à des femmes victimes d’abus sexuels, à des femmes qui ne veulent pas être mère, à des femmes qui ne peuvent pas être mères et c etc.
      C’est un film qui parle de ces femmes qui sont assez bien dans leur peau et qui ont eu la bêtise ou l’inconscience d’une nuit sans protection et qui ne veulent pas le regretter ni le faire regretter toute une vie. C’est un sujet délicat et douloureux, je sais bien.
      Pour info, si à un moment donné tu veux que je retire ton commentaire, je le ferai sans aucun problème :-)

      • Amaya says:

        merci pour l’info et ta délicate attention Murielle
        j’étais une de celles là et « ne pas vouloir regretter ou faire regretter » voilà une peur dont je me souviens , … c’est le passé . D’autres regrets ont pris place
        Bref , pour l’aspect comédie , le sourire a des vertus , mais le pied de nez , ne risque pas de dérider les extrêmes … :-)

  3. Audrey says:

    Ça donne envie de voir comment le sujet est traité. le fait que ce soit une comédie si elle est faite intelligemment, pourquoi pas? La bande annonce donne envie.

  4. Pas encore entendu parler et pas vu à l’affiche près de chez moi mais je note qu’il est à voir :)

    • Oui, je serais curieuse d’avoir un autre avis :-)

  5. Fred says:

    Je ne sais pas si j’irai le voir mais le sujet est culotté, parler de l’avortement et en rire, c’est un truc qu’il fallait oser, surtout aux USA. Je n’ai pas été touche de près ou de loin par l’avortement mais si cet acte pouvait être déculpabilisé ce serait déjà bien. Ce n’est pas à banaliser mais tant mieux si ça peut être traité de façon plus légère en culpabilisant les femmes et leur faire porter un poids psychologique trop lourd. Une femme peut vouloir être mère mais pas au moment où elle tombe enceinte.
    Je pense que c’est un film qui sera utile parce qu’aux Etats-Unis, la pression pro-vie est horrible, assassinat des médecins qui pratiquent l’avortement, manifestation devant les cliniques pour empêcher les femmes d’entrer, c’est insupportable.

    • Oui c’est aussi pour ça que ce film existe je pense. La pression qu’il existe sur les femmes pour qu’elles soient mères est plutôt terrible. Malheureusement l’adoption est encore difficile, mal organisée, mal accompagnée et u risque de choquer il y a des avortements qui sont plus désirables que des enfants en souffrance toute leur vie, avec des services sociaux etc complètement dépassés. Grandir sans amour et sans être désiré est un destin que l’on ne souhaite à personne (avec les dégats dans la vie adulte – la résilience n’est pas universelle).

  6. Pour moi, qui n’ai pas pu avoir d’enfant, c’est un sujet qui me fait mal, tout en comprenant tout a fait certains cas particuliers dramatiques et récurrents (et ne comprenant pas du tout celles qui avortent par commodité égoïste. J’ai connu, hélas, des exemples dans le monde du travail.)
    J’ai aussi connu des filles qui gardaient l’enfant sans se poser de question, mais qui n’avaient pas la fibre maternelle, et le refilaient aux grands parents, qui souvent s’en sortent bien et assez courageusement.

  7. Nathalie says:

    ha ha le N.B a le mérite d’être clair. Je peux comprendre que la question de l’avortement soit sensible et qu’on puisse être contre, pour ma part je trouve que c’est loin d’être un acte banal. Mais cela a toujours existé et c’est toujours mieux que ce soit légalisé, accompagné et effectué dans les meilleures conditions avec une chance pour que cela ne se reproduise plus (éducation sur la contraception entre autre).
    Abuser verbalement quelqu’un en ligne n’apporte rien. Les trolls sont de sortie en masse dès qu’un sujet ‘libéral’ est traité. A croire qu’ils ont des google alerts dur des mots clés : avortement, mariage pour tous, etc
    :-)

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