Hippocrate

écrit par murielle

Médecin généraliste qui pratique toujours en plus de son activité de réalisateur et scénariste, Thomas Lilti a pleinement appliqué la philosophie « d’écrire sur ce que l’on sait » avec son deuxième film.

hippocrate-film-afficheL’histoire :
Benjamin (Vincent Lacoste) va devenir un grand médecin, il en est certain. Mais pour son premier stage d’interne dans le service de son père (Jacques Gamblin), rien ne se passe comme prévu. La pratique se révèle plus rude que la théorie. La responsabilité est écrasante, son père est aux abonnés absents et son co-interne, Abdel (Reda Kateb), est un médecin étranger plus expérimenté que lui. Benjamin va se confronter brutalement à ses limites, à ses peurs, celles de ses patients, des familles, des médecins, et du personnel.

Écrit par Lilti et trois co-scénaristes, le script propose une vision plutôt sombre, de haut en bas du système de santé publique français, révélant une institution en ruine, embourbée par les compressions budgétaires, les pénuries de matériel médical en état de marche et le manque de personnel.
C’est aussi l’histoire de médecins qui semblent avoir perdu la foi dans leur métier, en faisant plus de 58 heures de garde avec des salaires extrêmement bas, même s’il y a une certaine solidarité avec leurs compagnons de pratique. Jusqu’à ce que l’intrigue s’épaississe encore dans le troisième acte, mettant Benjamin et Abdel dans une situation qui peut mettre fin à leur carrière pour de bon.

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Filmé avec sobriété (ici un entretien très intéressant avec Nicolas Gaurin, le directeur de photographie) Hippocrate est un drame parsemé de morceaux de comédie grâce à Vincent Lacoste avec “le running gag” de la ponction lombaire ou l’obsession d’un infirmier (Philippe Rebbot) pour la série Dr House.

Mais c’est Kateb qui vole – presque – la vedette à Lacoste, dépeignant un homme dont le professionnalisme et l’humanité sont constamment contrecarrés par les autres membres du personnel, en particulier les chefs gaulois qui n’ont pas eu à affronter les même obstacles que lui. Le film révèle finalement comment Abdel peut être le seul véritable espoir pour continuer le serment d’Hippocrate en France, en soulignant combien les étrangers contribuent à une profession qui a besoin d’eux et qui les rejette en même temps.

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Parfois un peu trop didactique et condensé – on a droit à la Loi Leonetti, les questionnements sur la fin de vie et l’acharnement thérapeuthique, la grève des personnels, l’erreur médicale, la détresse des malades, la gestion de la douleur, l’ignorance dans laquelle une famille peut être maintenue, la vétusté des locaux, le manque de lits, le besoin de se lâcher des carabins, les conditions de travail, etc. On sent combien le film veut tout nous montrer et tout nous expliquer. Il y a tellement à dire…

Tout ceci se joue parfois comme un docu-fiction. On suit par exemple le parcours des déchets médicaux dans les sous-sols jusqu’à l’incinérateur. C’est ce genre de détails qui apporte la justesse et la richesse d’un récit qui semble réaliste.

 

Les acteurs sont formidables; Lacoste montre ainsi qu’il peut aussi jouer dans un film plus sérieux et Kateb est dans la sobriété et la douceur. Il était déjà bien dans Un prophète et Gare du Nord, et aussi dans un petit rôle dans Une Histoire d’amour (les scènes dans l’avion), là il est encore mieux.

Comments: 6

  1. Laurent says:

    Déjà la bande annonce fait envie et ta critique la renforce. Hélas je ne pense pas qu’il sortira ici, je vais devoir attendre le dvd.

  2. Fred says:

    Murielle, il y a un truc qui doit pas marcher avec les alertes de ton blog. Le texte était complètement mélangé, titre non apparent et les photos n’apparaissaient pas.

  3. Coucou Murielle ! ce film a l’air vraiment bien, j’aime la façon dont tu dépeins les choses et puis il y a de très bons acteurs ! @plus tard sur wordpress :)
    Frédéric.

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