In My Defens God Me Defend (part 1)

écrit par murielle

 

Eh bien voilà, le NAY l’a emporté dans le référendum sur l’indépendance de l’Écosse. Le pays le plus socialiste du Royaume Uni continue à appartenir à la Couronne. La catastrophe économique annoncée par les anglais de Londres ne sera pas. Le NHS restera public, la BBC aussi et on pourra toujours placer son argent là-bas. Les pressions du gouvernement et des classes politiques confondues, ainsi que les lobbies ont fait leur boulot. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes… Ce fut intense, brûlant et engagé. Loin de l’apathie telle qu’on la connaît ici. Quelque chose d’historique s’est passé.

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Robert Burns est le poète national de l’Écosse, mais quand j’ai commencé à penser à quel romancier écossais je choisirais pour marquer cette journée, j’ai été encore et toujours frappée par l’incroyable richesse et la variété littéraire de ce pays.

Il faudrait peut-être passer plus que quelques jours en Ecosse pour expliquer pourquoi elle a produit tant de grands écrivains. Le paysage des Highlands est l’un des plus dramatiques dans le monde et l’histoire mouvementée et tragique de l’Ecosse semble saigner des pierres mêmes des villes. C’est la terre et la mer comme Crail dans le Comté de Fife. Un merveilleux village portuaire dont l’histoire est inscrite dans ses murs.

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L’Ecosse c’était des romans classiques, tels que Enlevé! ou  L’Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de Robert Louis Stevenson et The Heart of Midlothian, Rob Roy and Waverley par Walter Scott.

Mais les villes ont continué à bouillonner. Glasgow, jeune, ouvrière et cool quand Edimbourg était plus belle, vertigineuse et froide. Ces villes sont marquées par leur passé sanglant et par la façon dont les événements qui se sont produits sur des centaines d’années semblent encore actuels, comme s’ils avaient eu lieu hier. Comme avec l’Irlande, le passé est toujours présent.

Edimbourg :

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Puis en 1993, un agent administratif inconnu, nommé Irvine Welsh, a publié un premier roman et quelque chose a changé.

Trainspotting.

Welsh a raconté l’histoire d’un autre Edimbourg entièrement; pas la jolie partie néo-classique dans le centre, mais plutôt les zones et les strates au-delà de l’invisible pâle – des endroits comme Saughton, Niddrie et Sighthill qui avaient été utilisés par les conservateurs pour tester de nouvelles idées controversées : fermeture des usines de construction automobile,  poll tax, et un changement de politique dans le traitement des problèmes de drogue.
L’héroïne était la drogue de choix, haute qualité et bas prix mais le système de répression mis en place – les autorités ont délibérément rendu difficile pour les utilisateurs d’obtenir des seringues propres, les obligeant à partager – a ainsi contribué directement à la mort de milliers.

Edimbourg avait cessé d’être l’Athènes du Nord et était devenue la capitale du Sida en Europe.

Si Welsh avait situé son roman à Glasgow, il y aurait eu dans le monde littéraire un léger remous, quelques injures et puis le silence. Parce qu’il a chois Edimbourg, Trainspotting fut une détonation. Écrit dans un accent de Leith épais, il a raconté l’histoire d’une bande délinquants dont la vie tourne autour des allocations chômage, du sexe et de la drogue. Mais le véritable pouvoir de ce roman est la joie et l’énergie dans le cœur noir de son écriture. C’est drôle, horrible, réaliste et fantaisiste. C’est cruel et désespérant mais c’est vivant.

 

trainspoting-welshMaintenant, 20 ans plus tard, il est difficile d’imaginer l’Ecosse sans le psychopathe Begbie ou Sick Boy ou la complainte de Renton comme un écho à l’actualité :

Foutus ratés dans un pays de ratés. C’est inutile de reprocher aux anglais de nous avoir colonisés. Je ne hais pas les anglais. Ce ne sont que des branleurs. Nous sommes colonisés par des branleurs. On n’a même pas été capables de trouver une civilisation saine, radieuse, honnête pour nous envahir. Pas du tout. Nous sommes gouvernés par des trous du cul décadents. Et qu’est-ce que ça fait de nous ? Les plus minables des minables, la lie de la terre. Les plus misérables, les plus serviles, les plus lamentables, les plus pathétiques déchets que la Création ait jamais produits. Je ne hais pas les Anglais. Ils font ce qu’ils peuvent avec leur propre merde. Je hais les Écossais.

L’étrangleur d’Edimbourg (Knots and Crosses) de Ian Rankin

Un autre auteur incontournable : Ian Rankin bien entendu. Je vous en ai déjà parlé un petit peu ici. Edimbourg tient dans les romans de Rankin une place prépondérante, pratiquement aussi importante que celle de son personnage John Rebus. Mais chez Rankin, on ne fait pas dans le touristique. C’est le revers de la médaille qui l’intéresse, avec tous les aspects sociaux et politiques que cela implique.

44 Scotland Street par Alexander McCall Smith.

Scotland St. occupe un coin bohème de la nouvelle ville d’Édimbourg, où l’ancien de la haute bourgeoisie côtoie les étudiants, les poètes et les portraitistes. Et le numéro 44 a plus que sa juste part d’excentriques et de laissés pour compte, produits de la rue.

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Le N°44 n’existe pas …

à suivre…

Comments: 7

  1. Laurent says:

    Bravo pour un article d’actualités et de culture. Je prends note des livres conseillés et je salue la citation choisie de Trainspotting qui ne pouvait pas être plus d’actualités!

  2. Fred says:

    Oui, c’est du bon travail. Une manière différente de parler d’un pays qui vient de vivre une mini tornade.

  3. Nathalie says:

    Le passage que tu as pris de Trainspotting semble refléter finalement l’état d’esprit des écossais encore aujourd’hui. L’Ecosse avait l’opportunité historique de changer l’histoire du pays et de faire un doigt d’honneur aux anglais et ils ont eu peur.
    Renton dirait la même chose aujourd’hui après le résultat des élections!

  4. Ma famille anglaise était a moitié écossaise, et cette moitié détestait les anglais, discrètement par respect pour l’autre moitié de la famille.
    J’aurais été d’accord avec l’indépendance de l’Ecosse il y a 30 ans, mais maintenant, c’est franchement le plus mauvais moment pour se diviser face a des pays comme la Chine ou l’Inde, ou même les Etats-Unis.
    Et n’oublions pas la Russie qui fait sa crise d’adolescence démocratique.
    Egalement, face a de menaces d’intégristes religieux qui se fichent éperdument des pays européens et seraient ravis de les soumettre ou de les détruire.
    Je pense que ce vote, fort responsable, va permettre a l’Ecosse d’obtenir une réelle indépendance, dans le sens fédéral du terme, vis a vis de l’Angleterre. (God save the Queen).

    • je ne sais pas, c’est compliqué. Mais oui je pense que l’Ecosse a quand même gagné, même si ce n’est pas l’indépendance.

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