Un homme très recherché

écrit par murielle

Une atmosphère étrangement « tonique » de la désillusion règne sur le superbe film d’Anton Corbijn, adapté du roman d’espionnage de John le Carré, et avec une performance toujours aussi exceptionnelle de Philip Seymour Hoffman dans son dernier rôle au cinéma. Le cynisme universel induit une sorte de clarté frappante pour le public, sinon pour les participants fictifs. Ce film est empli d’idées et d’un horrible genre d’inquiétude.

Comme tous les livres de John le Carré, l’histoire est compliquée. Après tout c’est tout à fait normal, c’est de l’espionnage ! Ce que la débâcle de Burgess et Maclean fut pour le monde de Tinker Tailor Soldier Spy (La Taupe) au début des années 70, le 11 Septembre (9/11) l’est pour la communauté internationale du renseignement à Hambourg, où les attaques kamikazes avaient été planifiées une dizaine d’années auparavant.

un-homme-tres-rechercheL’histoire :

Plus de dix ans après les attentats du 11 Septembre 2001, la ville de Hambourg a du mal à se remettre d’avoir abrité une importante cellule terroriste à l’origine des attaques contre le World Trade Center. Lorsqu’un immigré d’origine russo-tchétchène, ayant subi de terribles sévices, débarque dans la communauté musulmane de Hambourg pour récupérer la fortune mal acquise de son père, les services secrets allemands et américains sont en alerte. Une course contre la montre s’engage alors pour identifier cet homme très recherché : s’agit-il d’une victime ou d’un extrémiste aux intentions destructrices ?

Les techniques d’espionnage employées semblent modernes et pourtant dans un certain sens elles datent de Mathusalem. Les clés USB avec du matériel top-secret sont délicatement retirées de paquets de cigarettes achetées à un vendeur de confiance, il y a des flasques de scotch bu dans la journée, et les espions travaillent en couple mixte afin de pouvoir faire semblant de s’embrasser pendant une surveillance.

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Günther Bachmann est le maître-espion allemand menant une course échevelée pour extirper les djihadistes à Hambourg. Il est joué avec une mondanité froissée par Hoffman qui ressemble à un panda avec la gueule de bois, ses gros sourcils hérissés souvent haussés par la fatigue ou la douleur. À un moment, il émerge d’un hélicoptère et titube vers la caméra tout en arrangeant sa chemise comme un homme malheureux ne prenant pas soin de lui. Il parle anglais avec un accent allemand, ce qui est parfait pour le rôle – qui lui enlève quelques maniérismes. Je vous passe les détails et l’histoire mais le laxisme perçu de Bachmann exaspère ses supposés collègues et au fil de l’intrigue, le principal suspect, l’homme le plus recherché, pourrait être Bachmann lui-même.

Quel est le plan de Bachmann?  C’est une question que lui pose sans cesse l’agent de la CIA – jouée par Robin Wright. Veut-il vraiment laisser Karpov les conduire à un plus gros poisson, puis à un autre encore plus gros poisson? Ou est-il maintenant tout simplement préoccupé par sa propre « realpolitik », qui n’est de jamais abattre un top espion, ne jamais atteindre une victoire éthique ou idéologique, mais simplement gérer la situation, garder et gérer les personnes compromises, de peur que leur élimination crée un vide pour de nouveaux joueurs inconnus peut-être plus dangereux?

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Bachmann n’est pas le pathétique et taciturne George Smiley interprété par Alec Guinness ou Gary Oldman, mais lui aussi est un personnage affaibli, épuisé et accablé par sa propre vision insondable d’un jeu pas si grand et sans fin. Mais sa détermination d’en faire quelque chose de mieux lui donne une certaine noblesse.

Il s’agit aussi d’une fin magnifique pour l’acteur exceptionnel qu’était Philip Seymour Hoffman. On regrette certains acteurs parce qu’on les aimait et on savait combien leur filmographie n’était pas ce qu’elle aurait du être. Parce qu’il leur manquait un film qui serait LE film. Ou parce qu’ils partaient sur une note inachevée avec un film moyen.

Philip Seymour Hoffman est parti beaucoup trop tôt mais avec une filmographie magnifique de bout en bout. Il a été parfait dans tous ses rôles. Un homme très recherché montre encore une fois combien cet homme était un grand acteur. Un des meilleurs. Et combien il manque déjà. 

 

 

Comments: 8

  1. Benoit says:

    Très envie de le voir. Ce sera ce week-end sans faute.

  2. Elise says:

    C’est mon genre de film préféré et avec le regretté Philip Seymour Hoffman, ça ne peut être que bien

  3. Je vois qu’il y a Robin Wright, une actrice qui a toujours eu de la classe, même dans la série House of Cards ou elle joue un monstre politique insensible. Elle jouait la mère bouleversante d’un autiste, dans le film « Le Congrès ». Un film hélas en partie raté, car pour une bonne moitié sous forme de dessin animé (pour adulte) qui n’apportait pas grand chose.
    Pour Seymour Hoffmann, on a encore un fois la preuve que la célébrité est difficilement supportable, pour certains acteurs/trices qui sont des écorchés vifs.

    • Elle est toujours impeccable dans tous ses rôles.

  4. Laurent says:

    Il y a tous les ingrédients pour un film bien fait. Un bon réalisateur, une histoire de John le Carré qui est le meilleur auteur de romans d’espionnage, des acteurs au top et une histoire en plein dans l’actualité.
    Il me tarde de le voir.

  5. Bonsoir Murielle ! j’adhère vraiment à ce que tu dis de ce film, heureux de partager ce coup de coeur avec toi :) ps: toujours aussi chouette ton blog.

    • Merci. J’ai remarqué qu’on avait souvent les mêmes goûts à quelques exceptions près :-)

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