Pétronille

écrit par murielle

Décidément c’est pas mal les rentrées littéraires. Je me retrouve à lire des livres que je n’aurais pas choisis de mon plein gré. Non pas que je sois forcée; mais je découvre la littérature française contemporaine. Et c’est bien.

Donc aujourd’hui, chers lecteur(s),  je vais écrire sur Pétronille d’Amélie Nothomb.

« Boire en voulant éviter l’ivresse est aussi déshonorant que d’écouter de la musique sacrée en se protégeant contre le sentiment du sublime.»

PETRONILLE_jaqu_jaq130J’entame à peine le livre et il me plaît déjà. C’est vrai quoi! C’est bien l’ivresse. J’en ai même fait un de mes mots du vendredi. Non pas celle qui rend malade ou violent, l’ivresse qui nous présente un autre moi, plus léger, gai et désinhibé.

Amélie Nothomb nous raconte son goût pour le champagne, ses rites pour bien le boire et l’apprécier. Elle bavarde, nous parle des séances de dédicaces dans les librairies, elle fait preuve d’un bon sens de l’observation, elle l’écrivaine qui devrait être égocentrique. Elle est sympathique, amusante, drôle (dans les deux sens), elle se moque d’elle et n’a finalement aucun égo.

«Mon éditrice italienne m’envoya faire des dédicaces à Venise, où je débarquai en plein carnaval. Dans les rues, on me félicitait pour mon déguisement. Je portais simplement ma tenue de travail. Il y eut une controverse autour de mon chapeau, qui selon les Français était celui d’un prêtre réfractaire et selon les Italiens celui d’un médecin pendant l’épidémie de peste.»

Elle aime sincèrement les livres et ses serviteurs –  lecteurs et libraires. Son amabilité, son intérêt pour les autres ne semblent pas feints.

Au début des années 90, elle fait la connaissance d’une jeune femme Pétronille Fanto, étudiante en lettre, groupie androgyne qui lui a écrit à plusieurs reprises. Elles passeront la soirée ensemble à boire du champagne et parler. Amélie semble avoir trouvé une compagne de beuverie.

10 ans plus tard, Pétronille Fanto a publié un roman “Vinaigre de miel”. Elle retrouve Amélie et continue la conversation. Ce sera le début d’une amitié passionnelle, explosive, possessive et ambigüe. Ces deux femme sont de milieu social opposé. Elles s’affrontent et s’apprécient, se chamaillent et se réconcilient.

Amélie suit le parcours de Pétronille, souligne la qualité de ses romans et continue de la fréquenter, quand elle n’est pas à l’étranger à rencontrer par exemple Vivienne Westwood.

«Madame Westwood, n’avez-vous jamais songé à écrire?
Au comble du mépris, elle gloussa:
–Écrire! Ne soyez pas vulgaire, je vous prie. Il n’y a pas plus commun qu’écrire. Aujourd’hui, le moindre footballeur écrit. Non, je n’écris pas. Je laisse cela aux autres.
Savait-elle à qui elle s’adressait? J’en vins à espérer que non. Mieux valait encore être ignorée de cette femme que de subir un tel affront.
Je me conduisis comme une Japonaise : je ris. Il me semblait avoir touché le fond. Même si le penser porte malheur. Le réel s’empresse toujours de vous montrer à quel point vous manquez d’imagination.»

Étant peu familière avec l’œuvre de l’auteur belge, j’ai cherché à savoir si Pétronille existait. Elle existe. Presque. C’est un anagramme. Elle est une autre, un double qui rend ce roman encore plus véridique.

Et ce jusqu’à une fin décevante. Une fin digne d’un lycéen au bac littéraire à qui on demanderait d’écrire une nouvelle avec une fin surprenante, un rebondissement.

«Je médite et tire de cette affaire des leçons qui ne me serviront pas. J’ai beau savoir qu’écrire est dangereux et qu’on y risque sa vie, je m’y laisse toujours prendre.»

Quel dommage. Le livre était aussi agréable qu’une conversation autour d’un verre, aussi pétillant qu’une coupe de champagne. Aussi agréable qu’Amélie elle-même qu’on ne peut qu’aimer bien.

De là à figurer dans une liste pour les prix littéraires, je ne sais pas.

 

Comments: 6

  1. Nathalie says:

    J’ai l’impression qu’elle écrit tout le temps sur les mêmes thèmes et que ces romans sont une simple variation. Elle fait sympa et quand elle est à la télé elle est bonne cliente mais lire un ou deux livres d’elle est largement suffisant.

  2. Marie-Claire says:

    Ses premiers romans étaient plus incisifs, au ton neuf comme « Hygiène de l’assassin », « Mercure », « Les catilinaires », étaient jubilatoires. « »Stupeur et tremblements » étaient autobiographiques et montrait une femme au caractère particulier avec une sensibilité d’écorchée vive. Je pense que son rythme de production la dessert. Publier chaque année apporte des livres inégaux. Celui-ci est bien mais pas super.

  3. missy says:

    J’avais retrouvé avec plaisir l’univers d’Amélie Nothom avec « Barbe Bleue », dans lequel Nothomb nous livrait une vision toute personnelle du conte de Charles Perrault, et ce plaisir a continué avec « Pétronille ». J’aime son sens de la formule et son style si particulier qui est mélangé ici avec l’autofiction. C’est comme un conte autobiographique,

  4. Je préfère quand Amelie Nothomb raconte sa vie. Je suis toujours déçu par ses romans et surtout, en effet, par leur fin. Le personnage « Amelie Nothomb » est en lui-même assez extravagant. Elle a, parait-il, une mémoire parfaite, eidétique.

    • Fred says:

      Oui, elle se souvient de tous les gens qui lui parlent et de ce qu’ils disent. C’est un don utile pour un écrivain

  5. Fred says:

    Le personnage est sympathique et excentrique. Mais ses romans sont écrits pour des femmes. Je ne veux pas paraître sexiste mais ses histoires ne me touchent pas. J’en ai lu un et ça m’a suffit. Par contre le film Stupeur… était pas mal.

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