All about Albert

Written by murielle

Ce n’est pas facile de trouver des films du genre comédie romantique qui soit intelligent mais pas prise de tête, romantique mais pas bébête, tendre mais pas cucul, amusant mais pas potache.

Et si en plus on ne veut pas de personnages gravures de mode (pas toujours facile l’identification) alors on est dans la mouise.

Mais j’ai trouvé la perle il y a quelque mois de cela. Et après avoir vu Quand vient la nuit et discuté avec mon compagnon de cinéma de James Gandolfini, je me suis dis que tout de même, il fallait que j’en parle ici. Pour plein de raisons, toutes très bonnes.

La perle, c’est Enough said / All about Albert. Je ne sais pas pourquoi le film a changé de titre en cours de route. Peu importe.

La réalisatrice et scénariste Nicole Holofcener a fait son apprentissage en tant qu’éditrice sur Hannah et ses soeurs de Woody Allen avant de faire un premier long métrage Walking and Talking (Mariage ou Célibat).
Son dernier film est une lecture très astucieuse et drôle des faiblesses des relations humaines. Quand les divorcés Eva (Julia Louis-Dreyfus) et Albert (James Gandolfini) se rencontrent lors d’une fête, ils s’entendent bien même s’ils ne se plaisent pas. Au début…

all-about-albertL’histoire :

Mère divorcée, Eva se passionne pour son métier de masseuse. Très attachée à sa fille, elle redoute le jour – désormais imminent – où celle-ci va quitter la maison pour aller à l’université.
A l’occasion d’une soirée, elle rencontre Albert, un homme doux, drôle et attachant qui partage les mêmes appréhensions qu’elle. Tandis qu’ils s’éprennent l’un de l’autre, Eva devient l’amie et confidente de Marianne, une nouvelle cliente, ravissante poète qui semblerait parfaite si seulement elle n’avait pas un énorme défaut : dénigrer sans cesse son ex-mari. Soudain Eva en vient à douter de sa propre relation avec Albert qu’elle fréquente depuis peu.

Ce n’est que plus tard qu’Eva réalise que l’ex de Marianne est quelqu’un qu’elle connaît intimement puisque c’est Albert. Gardant ce secret pour elle-même, Eva va discrètement à la pêche aux infos sur les défauts de son partenaire jusqu’au point ou cela va empoisonner sa relation avec Albert. Ou comment s’agacer de détails qui jusque là n’avaient aucune importance.

Puis la relation d’Albert et Eva devra se négocier dans un réseau délicat de loyautés; les confidentes, les enfants ados, les ex.

Holofcener réalise un équilibre extrêmement sympathique entre l’ombre et la lumière, la tristesse dans la vie de ses personnages côtoyant les rires joyeux. Les performances sont extraordinaires, avec la « physicalité » de la quarantaine entre Eva et Albert abordée avec une sensibilité toute sensuelle : « Peux-tu respirer quand je suis sur toi? » .

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Enough said est le film romantique des quarante ans et plus. C’est sur ce que signifie l’amour pour les divorcés, veuf ou faux célibataires, pour les gens qui ont déjà vécu une histoire d’amour ou plusieurs. C’est sur ce que signifie de décider qu’une autre personne divorcée est « The One », ou plutôt le nouveau. Comment négocier une nouvelle relation sérieuse quand son côté rationnel sait que cette personne doit sûrement être responsable, au moins en partie, de la mort de leur relation précédente.

L’autre a sûrement des habitudes terribles qui ont coulé le premier mariage des manies qui se révéleront quand vous avez décidé de vous engager sérieusement. Et par la même occasion, vous devez vous aussi avoir des tue-l’amour…

Alors est-ce que le triomphe de l’espoir sur l’expérience est une chose désirable la deuxième fois ?

Holofcener est clairement consciente des bagages que ses acteurs apportent au film, et anticipe et sape nos attentes avec humour en faisant d’Albert un archiviste dans une bibliothèque audiovisuelle. Il s’occupe des classiques de la télévision et supervise une zone les gens regardent les joyaux de télévision en vidéo avec un casque. Albert peut réciter ce qui était à la télévision un jour donné dans les années 1970, mais dit, en plaisantant, qu’il n’est nullement intéressé par la télévision contemporaine.

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Dans le développement de l’intrigue, il y a une ingéniosité « Seinfeldienne », et l’inconfort ressenti autour d’un tic vocal d’Albert est quelque chose que Jerry Seinfeld ou Larry David aurait pu être fier d’avoir écrit. Dans la scène soulignant ce tic à un dîner, Julia Louis-Dreyfus est très drôle, avec tout l’étonnement et l’incrédulité satirique d’Elaine Benes qui refoule à peine un fou rire et se voit submergée par une vague de tristesse.

Quant à James Gandolfini, il ne devient Sopranesque – avec sa torpeur menaçante – qu’uniquement vers la fin  et pas pour longtemps. Le reste du temps, il est tout à fait différent et nous montre combien les réalisateurs ont trop été sous l’emprise de sa création de gangster. Même les performances superbes de Gandolfini dans Cogan : Killing Them Softly ou dans Quand vient la nuitétaient une variation sur le thème évident de SopranoGandolfini avait encore beaucoup à offrir en tant qu’acteur et c’est désespérément triste.

Mais ici il est réservé, drôle, tendre, réfléchi voire cérébral et plein d’autodérision. La marque Gandolfini – la respiration sifflante nasale et laborieuse – est presque entièrement absente, avec une seule allusion subtile quand Eva lui en parle au lit. Albert hausse les épaules et explique qu’il s’est cassé le nez à quelques reprises.

Nora Ephron, n’est plus, mais la relève des comédies romantiques pour adultes d’âge mur semble trouvée. Ce film est une histoire intelligente sur la décision de re-tomber amoureux, sur les illusions perdues sur les jolies rencontres et sur les perles que l’on trouve sur son chemin.

7 thoughts on “All about Albert

  1. Nathalie says:

    Double ration de Gandolfini. J’avais vu ce film sur tes conseils et tu avais raison, il est aussi un personnage attachant, tendre et très amusant, dès la première rencontre. C’est un film qui n’a pas eu le succès mérité alors qu’il est tout sauf comme tu dis « cucul la praline ».
    La scène du guacamole est super ; on est parfois parasité par les remarques des autres qui sont tout aussi subjectives et pas toujours faites avec amour.

  2. James Gandolfini me manque et il manque au cinéma. Un acteur rare que beaucoup ont à tort enfermé dans une caricature de son rôle dans Les Soprano sauf que ceux là n’ont surement jamais vu Les Soprano. Il démontrait dans la série toute l’étendue de son talent, Tony Soprano n’était pas montré que sous son aspect violent, loin de là, il était à la fois, le père de famille, le mari, l’amant, le chef de bande, autant de facettes que Gandolfini interprétait avec une finesse rarement égalée.
    J’ai adoré All about Albert, je conseille à tous ceux qui l’ont aimé de voir Romance & Cigarettes et Welcome to the Rileys. Et Les Soprano.
    Hugo Spanky

  3. Laurent says:

    Ditto. Film superbe, beaucoup d’humour et très réaliste. Le couple est attachant, les deux acteurs sont bien. Je crois que le cinéma a perdu deux acteurs hors norme cette année avec Gandolfini et Phillip Seymour Hofmann

  4. Je l’ai vu avec beaucoup de méfiance. Mais c’est un film réussi où l’émotion se doublait de tristesse.

  5. Pierre says:

    Oui, c’est une comédie romantique avec enfin des gens qui semblent presque vrais. Pas beaucoup de glamour, même si c’est très américain, il y a plein de détails dans lesquels on peut se retrouver. Les travers qui nous gênent, le fait qu’on vient avec des bagages, des névroses, des échecs et un passé fait qu’on se comporte différemment avec un deuxième amour. On veut se donner une deuxième chance, on est plus exigeant et en même temps la confiance en soi en a pris un coup. C’est une comédie beaucoup plus sérieuse qu’on pense.

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