Magic in the moonlight

Magic in the moonlight n’est pas la pire film de Woody Allen. Il y a eu des films flamboyants puis certains plus décevants. Ici c’est une vision terne, irréelle et bien pâle des années 20. Comme si le réalisateur s’était mis en pilotage automatique avec de vagues emprunts à PG Wodehouse, Agatha Christie et même Woody Allen – celui de la belle époque. Ainsi dans une scène, les hommes et femmes s’abritent d’une tempête dans un observatoire, comme autrefois Woody et Diane Keaton trempés par la pluie, se précipitaient dans le planétarium (Manhattan).

Tout comme la roadster qui à un moment donné tombe en panne, ce film a quelques problèmes sérieux dans le moteur. Ou peut-être que le problème, c’est qu’il n’a pas de moteur à proprement parler. Il y a des moments de spectacle, étendues vides et étranges où les gags sont censés aller et venir mais sont franchement très incertains. Il y a également des moments de délicatesse et de charme absurde, mais le tout est noyé dans un ragoût lourd et sans saveur.

Colin Firth se demande autant que nous ce qu’il fait là, étouffant et vaniteux destiné à tomber amoureux – façon Darcy – d’une femme dont il désapprouve les agissements. Il est Stanley, le magicien le plus célèbre de son époque qui officie sur scène en tant que magicien chinois Wei Ling Soo avec des kimonos fluides, de fausses moustaches tombantes et un faux crâne chauve.

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En plus d’être un magicien, Stanley est athée et rationaliste, un démolisseur en croisade contre tous les fraudeurs et pseudo-voyants qui dupent les riches et célèbres. Se laissant convaincre par son fidèle ami Howard Burkan, Stanley se rend chez les Catledge qui possèdent une somptueuse propriété sur la Côte d’Azur. Il va alors se faire passer pour un homme d’affaires, du nom de Stanley Taplinger, dans le but de démasquer la jeune et ravissante Sophie Baker (Emma Stone), une prétendue médium, qui y séjourne avec sa mère (Marcia Gay Harden).

 

Et ceci avant que des idiots fortunés sortent leurs carnets de chèques pour financer une fondation de recherche spirituelle supposée être mise en place par Sophie et sa mère.

Mais les extraordinaires capacités télépathiques et la beauté de Sophie laissent Stanley stupéfait. La magie pourrait- et la magie de l’amour – être plus réelle que ce qu’il pensait?

L’histoire était suffisamment tentante pour vouloir voir le film sauce Woody Allen, avec gags, jeux de mots, comique de situation et tout le bazar. D’autant que la magie a toujours joué un rôle important dans le travail de Woody Allen. Même si  c’était de la vraie magie ; Kugelmass peut vraiment se transporter dans Madame Bovary dans sa nouvelle Kugelmass Episode. Ou les personnages de fiction peuvent vraiment sortir de l’écran comme dans La Rose pourpre du Caire et Zelig est un vrai homme caméléon qui se transforme pour devenir comme son interlocuteur.

Dans Magic in the Moonlight, Stanley s’interroge sur les possibilités de séduction ou de danger de ce qu’il appelle la « pensée magique », mais Allen a depuis longtemps fait ses preuves comme maître de ce genre de réflexion avec ses fantasmes inspirés : prérogative de la fiction et la comédie mêlées.

C’est une histoire de magie différente et tout aussi intéressante mais le soufflé ne prend pas. Le personnage de Firth est tellement grossier et monotone, coincé et sans charme. Il est sans doute censé être aussi léger et débonnaire que Cary Grant. Au lieu de cela, rien.

Le problème ce n’est pas de décider de rire de lui ou avec lui, c’est surtout de trouver une occasion de rire. Oui il y a quelques scènes amusantes (celle de la maison dans laquelle se retrouve Stanley) et la fin un peu détournée. Mais ce n’est pas assez.

Peut-être que je vais voir les films de Woody Allen comme par habitude. Cette persistance tenace de fan optimiste. Le volume de la production a augmenté la probabilité d’excellence, ce qui permet à la postérité de choisir les classiques et d’oublier le reste. Avec une endurance remarquable et intacte, Woody Allen ne cesse de faire des films.  

Mais je pense que maintenant il n’est plus question de commenter ses films. Je continuerai à les voir parce que même au plus bas il produit encore des moments d’intérêt. Et il est toujours capable de moments magiques, comme ce fut le cas avec Blue Jasmine. Il pourrait encore le faire à l’avenir.

Finalement c’est aussi ça la magie. Quelques tours ratés ou sans intérêt et soudain l’émerveillement.

 

6 Comments

des choses à dire

Ça fait longtemps qu’on va voir les films de Woody Allen sans grande attente, comme ça on peut être agréablement surpris. Je l’ai vu moi aussi et il y a quelques scènes qui font sourire mais Colin Firth semble à coté de la plaque. Un manque de direction de la part d’Allen.

Bon, mon avis est assez différent :) :)
J’ai passé un très bon moment ! Woody Allen semble avoir définitivement quitté sa très mauvaise veine de « To Rome with love », dont on pouvait se demander si c’était lui qui l’avait vraiment tourné.
J’aime bien ses non-dits assez cruels pour ses personnages. Au début, on nous rappelle fugitivement que le film se passe en 1928, et on devine que toute cette petite société de gens qui n’ont rien à faire, sauf à s’amuser et à voyager, va s’écrouler avec la crise de 1929. On peut penser que l’illusionniste tirera son épingle du jeu et que l’héroïne a, à nouveau, fait le bon choix. Alors que le gandin au ukulele se retrouvera (peut-être) sans un sou au milieu du Pacifique.
Dans les interviews de Colin Firth lues dans plusieurs revues de cinéma, celui-ci a semblé plutôt intéressé par son personnage. Autant je ne l’avais pas aimé dans le rôle du roi d’Angleterre, autant ici, il est amusant, surtout dans les scènes de cynique colérique.
Mais, comme dans les exercices philosophiques normaliens d’autrefois, je peux toujours dire le contraire de ce que je viens de dire, mais je ne le penserais pas :)

C’est bien de ne pas être d’accord et avoir l’esprit contradictoire est une qualité.
Pour Colin Firth, je l’avais au contraire beaucoup aimé dans le rôle de George. Il avait mis de l’humanité dans le personnage. Mais finalement peut-être à cause de sa voix, il est toujours dans le même genre de rôle depuis Darcy. Bel homme un peu coincé, très british dans sa façon de gérer les évènements,colère rentrée, « stiff upper lip », et tout ça.

Je ne suis pas fan de Woody Allen mais il se passe la même chose qu’avec les escargots cuisinés : Je n’aime pas mais j’ai envie d’aimer alors je regarde quand même , je sens le parfum , toujours , et reste profondément attirée même si je n’ai jamais la jouissance en bouche :-)

quelque chose à dire

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