Catherine

écrit par murielle

Pendant quelques mois, mon profil en ligne indiquait que j’étais divorcée, larguée par mon ex-mari. Je pensais qu’en indiquant que je n’avais pas été l’initiatrice de la rupture je montrais une image de moi plus réassurante. J’avais tort. J’avais droit à des questions du genre, « pourquoi il avait rompu », « qu’est-ce que j’avais fait », etc.

J’avais tort aussi de penser qu’une femme de 55 ans puisse trouver l’amour en ligne, même sur un site réputé sérieux. Un ami me disait d’abandonner, de ne pas perdre mon temps et mon argent dans un quête vaine. Les hommes de 50 ou 60 ans ne sont pas après une femme de leur âge. Ils savent que des jeunes femmes sont après un papa gâteau. Ça leur va. Pourquoi choisir un vieux modèle quand ils peuvent avoir une jolie poupée.

N’ayant pas regardé les autres profils, je n’avais personne à qui me comparer. J’ai donc demandé à un ami et son objectivité de m’aider à dépoussiérer ma description. La vérité fait mal. J’étais trop pompeuse, snob, conventionnelle, sérieuse et mon idée du plaisir était de boire un vin de cru avec un bon livre. À croire qu’inconsciemment je cherchais à repousser toute tentative d’approche.

Je comprenais qu’il ne fallait pas se montrer telle qu’on était vraiment en ligne. Surtout si on était trop sérieuse. Les hommes qui avaient le plus de succès étaient ceux qui prenaient la vie comme elle venait, sans aucun sérieux. Ce qui me déplaisait énormément, à mon grand tort. Puisque en persistant à garder mon profil aussi proche de la vérité que possible, j’étais toujours seule.

Celles qui gagnaient étaient toutes adeptes du yoga, avec la combinaison gagnante de la douceur et de l’acier, montrant une réalisation modeste et de l’ambition, mais pas trop.
Elles donnaient également des références culturelles que les hommes pouvaient aimer; des films, des livres ou des musiques. Elles laissaient entendre qu’elles avaient un côté « blonde » – le genre « je suis une fille moderne, mais j’avoue ne pas savoir où est la boîte à fusibles! » – qu’elles aimaient le sexe en utilisant le mot de code « câlin » : « les câlins sont mon passe-temps préféré ».   Elles avaient un coté sexy mais rassurant et aussi l’amour du risque, avec une passion pour le ski, la plongée sous-marine ou le parapente.

Il s’avère que passer du temps à l’extérieur est essentiel pour un homme après 50 ans. Comme s’ils n’aimaient pas rester assis trop longtemps. Ils étaient à la recherche d’une femme avec qui croquer la vie à pleine dents. Simples mortels, ils réalisaient que la vie étaient pour vivre et ils cherchaient une femme avec qui partager cette aventure. Pris d’une insatiable quête de l’immortalité, ils réalisaient qu’ils avaient perdu une grande partie de leur temps à trop travailler au risque de rater leur vie de famille. Avoir délaissé leurs enfants et leur épouse n’était qu’un lointain regret. Qu’importe s’ils n’avaient pas réussi entièrement leur vie de mari et de père, ils réussiraient leur deuxième – troisième? – partie de vie.

Ils avaient cette capacité-là les hommes. Celle d’oublier leur vie d’avant, pour aller se jeter dans de nouveaux défis. Ne jamais se retourner, ne jamais penser à ceux laissés sur le carreau de leur jeunesse perdue. Ne plus vouloir des témoins de leur faiblesse et leurs échecs.

Ne plus vouloir d’une femme comme moi.

Comments: 9

  1. Nathalie says:

    Ça faisait longtemps que tu n’avais pas écrit de fiction! Plutôt déprimant de savoir que tu touches encore une nouvelle fois juste. Les premières épouses, les femmes quittées après avoir fait leur devoir de mère et épouse. L’approche de la retraite, le troisième âge et l’envie des hommes de retrouver une nouvelle jeunesse. Tout est dit avec justesse et talent.

  2. Marie-Claire says:

    C’est une nouvelle assez dure mais souvent vraie. Bravo

  3. LO says:

    Arf, en plein dans mon mille. Snif

  4. Fred says:

    C’est pas la nouvelle la plus gaie!

  5. Peyo says:

    Quelques phrases pour dessiner le divorce à la cinquantaine. Bravo

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