Rien de nouveau sous le ciel pluvieux de Bayonne. Et il est temps de faire le point sur les romans noirs qui se sont gentiment ajoutés à ma pile des livres lus et aimés. Parce qu’encore une fois, c’est peut-être le genre qui sait se remettre en cause, qui sait se renouveler sans cesse et qui apporte son lot de plumes confirmées mais aussi de nouveaux auteurs à découvrir et à suivre.

À ce jour, je ne pense pas qu’il soit utile de préciser encore une fois combien tout ce qui touche à la littérature ou à la télé scandinave a une place spéciale dans mon coeur. On connait la Scandinavie avec ses villes propres et sa campagne verte, on/je rêve de leurs intérieurs chics, blancs et bois clairs, et on/j’essaie de reproduire vainement le jeté tricoté élégant de ses habitants. Si j’étais stricte sur le sens, je soulignerais que «scandinave» n’est pas vraiment l’équivalent de «nordique» puisque en fait seules la Norvège et la Suède se partagent la péninsule scandinave. Mais on ne va pas faire les difficiles.

Les lecteurs de romans noirs iront jusqu’à mettre les livres de la Norvège, du Danemark, de la Suède et la Finlande sous la bannière du Scandinoir.

Parce qu’aussi pratiques, fonctionnels et sérieux que les Scandinaves puissent paraître, avec leurs Volvo, Sommarställe, Marimekko, Fika, pains à la cannelle, etc, la fiction, elle, est sujette à l’assassinat et à la violence. Encore une fois les meilleures ventes de Stieg Larsson, Jo Nesbø, Karin Fossum et les autres, combinées avec le succès de Forbrydelsen/The Killing et Broen/The Bridge, ont confirmé l’appétit pour toutes les choses scandinaves.

La Ferme – Tom Rob Smith

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Il serait facile d’accuser Tom Rob Smith, dont le dernier roman se déroule entre Londres et la Suède rurale, de sauter dans le train en marche. La Ferme dispose d’un motif avec lequel les lecteurs sont devenus familiers. Le village pittoresque mais ennuyeux entouré de fermes isolées ; un quartier dominé par un patriarche taciturne ; la disparition d’une jeune femme vulnérable, qui est découverte par une détective peu fiable ; le vernis de respectabilité qui masque quelque chose de pourri au royaume de Scandi…

Mais Smith, dont la mère est suédoise, joue un jeu sur la longueur. Le monde qu’il a créé peut initialement sembler plein de conventions agréablement reposantes, mais tous les clichés existent pour nous égarer. C’est un livre parfait, qui trace plein d’histoires dans d’autres histoires, pour se dénouer progressivement et confondre nos attentes.

Délivrance – Jussi Adler-Olsen

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Malgré des points communs clairs entre le Danemark et ses voisins nordiques, l’amateur averti sait qu’il y a aussi des divergences frappantes. Les Danois se targuent ainsi d’être le lien culturel de la Scandinavie, en mettant en avant le design moderne, leur tolérance et l’innovation. Cependant, le Danemark étant le pays de la Petite Sirène on comprend qu’il est loin d’être un pays de conte de fées. Le gouvernement est sous l’emprise des politiciens de droite (au grand dam de ses habitants les plus libéraux, notamment dans les arts) ; leurs lois sur l’immigration sont régulièrement critiquées par l’ONU; et le Danemark est engagé dans le conflit en Irak. Copenhague, comme les autres grandes villes, a ses propres problèmes avec les gangs violents, la prostitution, la pauvreté et la drogue.

Tout ceci pour dire que ce roman de Jussi Adler-Olsen est à l’image de son pays. Il est loin d’être léger.  Délivrance traite des individus corrompus, des outsiders sociaux et des psychopathes manipulateurs. Le spectacle de l’abus de pouvoir dans la social-démocratie «parfaite» (pour ne pas mentionner les scènes de torture dans un cadre sylvestre) a une force déchirante.

Adler-Olsen a écrit quatre livres de la série Q Département, tous des best-sellers.  Son véritable coup de maitre dans ses romans est Assad de Mørck, l’assistant d’apparence maladroite, un musulman avec des lacunes dans les relations sociales, mais possédant une perspicacité étonnante. C’est l’excentrique Assad, autant que la figure trop familière du détective grillé par la vie, qui donne envie de continuer à lire Adler-Olsen.

Le détroit du loup – Olivier Truc

 

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Pour rester dans le Grand Nord, cette fois la Laponie norvegienne : « À Hammerfest, petite ville de l’extrême nord de la Laponie, au bord de la mer de Barents, le futur Dubai de l’Arctique« . Ou comment concilier un roman noir français mais aussi scandi. J’aurais certainement du commencer par le premier roman d’Olivier Truc pour me familiariser avec Klemet et Nina, de la police des rennes. Tant pis, je lirai le tome 1 plus tard.

C’est un portrait passionnant, documenté, mais qui reste lyrique, d’un territoire fait de traditions qui doit affronter les changements imposés par les industries du pétrole et du gaz. Encore une fois, quelques meurtres et accidents mystérieux se mêleront aux enjeux économiques et politiques. Décidément, pas un seul pays n’est à l’abri de l’avidité des hommes.

 

D’autres polars dans les jours qui viennent…

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