qu’importe le flacon…

Written by murielle

L’inspiration pour un article de blog vient de toutes parts. Parfois elle vient même d’une conversation en ligne avec un ami lointain, du coté de San Francisco. On parle des soirées passées à s’offrir nos poisons préférées, lui Jack Daniels et moi des Bellinis. Et de chercher les meilleurs romans ou films sur l’alcool. Ce n’est pas si facile. La plupart traitent de l’alcoolisme mais de l’alcool sans les excès, c’est moins évident.

J’ai cherché, j’en ai trouvé quelques uns, mais attention, de l’ivresse agréable aux lendemains plus sombres, certains des ces livres vous pousseront à choisir l’eau et la grenadine.

Tendre est la nuit de F. Scott Fitzgerald

Évidemment, il est difficile de ne pas parler d’alcool, de drogue ou de folie sans citer un roman de Fitzgerald. Il y a très peu de livres qui puisse chorégraphier une spirale descendante avec une telle précision élégante et terrifiante. Dick Diver commence comme le prince élégant de la Côte d’Azur et termine ivrogne, séparé de tous ceux qu’il aime. Même si c’est plus dense et plus irrégulier que Gatsby le magnifique, Tendre est la nuit est son plus beau roman. Il montre combien l’écriture de Fitzgerald est magique et donne lieu à des images et des scènes à couper le souffle.

Jim la Chance de Kingsley Amis

Vous connaissez Martin Amis, mais son père fut aussi un écrivain satirique célèbre dont les excès alcooliques n’étaient un secret pour personne.
Boire était une affaire sérieuse, mais aussi quelque chose de très drôle, et plus que jamais sous la plume de Kingsley Amis. Jim la Chance était son premier roman, et contient les plus beaux mots sur la gueule de bois susceptibles d’être écrits. Il est aussi très bon sur le fait de boire et se saouler, et sur les choses terribles qui peuvent survenir quand l’on chancelle vaillamment dans la nuit, avant le lendemain matin.

 

Une chatte sur un toit brûlant de Tennessee Williams

Tennessee Williams était alcoolique. Il a écrit au début des années 50, quand il était au fond de sa propre dépendance. Et pourtant, il pouvait écrire des pièces avec une structure parfaite plutôt surprenante quand on a lu ses mémoires. La pièce traite des déboires d’une riche famille du Sud, et en particulier de Brick, l’ancien joueur de football qui ne peut pas tout à fait admettre qu’il est tombé amoureux d’un coéquipier. Et de décrire magnifiquement ce besoin de l’ivresse :

« Il faut absolument que j’entende ce petit clic pour me sentir en paix. (Il va au bar) D’ordinaire, ça vient plus tôt, quelquefois vers midi, mais aujourd’hui, c’est long… (Il se verse à boire) Question de dosage, sans doute. Je n’ai pas encore assez d’alcool dans le sang. (Il boit) »

Les Trois Roses jaunes de Raymond Carver

Tchékhov consent à aller dans une clinique spécialisée dans le traitement de la tuberculose et de ses complications respiratoires. Il ne lui reste que peu de temps à vivre. Son docteur demande du champagne.

« Le Dr Schwôrer entreprit de déboucher la bouteille de champagne. Il fit cela méthodiquement, comme tout le reste, et en s’efforçant d’atténuer la joyeuse explosion. Il remplit les trois coupes, puis, d’un geste machinal, replaça le bouchon dans le goulot de la bouteille et l’enfonça de la paume. Ensuite il s’avança vers le lit avec les coupes pleines. […]  À quoi diable auraient-ils bien pu boire ? À la mort ? Rassemblant le peu de forces qui lui restaient, Tchékhov murmura : « Il y a si longtemps que je n’avais pas bu du champagne », puis il porta la coupe à ses lèvres et il but. »

Et quelque part, dans cette scène, Carver s’appuie sur sa propre expérience avec la bouteille, mêlant sa misère personnelle avec une histoire habile et merveilleusement contrôlée, en grande partie racontée de manière laconique. Et de se référer souvent à Jack London, un autre écrivain qui a lutté avec l’alcool, rappelant encore une fois au lecteur que l’écriture et la boisson sont souvent inextricablement liées.

Plein Nord par Willy Vlautin

L’histoire d’une femme enceinte, auto-destructrice qui a des visions de Paul Newman, pas d’éducation et un petit ami violent. Mais c’est une histoire qui fonctionne. Vlautin va raconter l’histoire d’Allison Johnson et ses tentatives pour sortir du caniveau de Las Vegas et recommencer à Reno.

 

Leaving Las Vegas par John O’Brien

Probablement le plus noir parce que le plus vrai et le plus désespéré. À lire pour savoir ce que c’est de se saouler à mort. Le chef d’oeuvre brutal et semi-autobiographique de John O’Brien suit la spirale descendante de Ben dont l’alcoolisme lui a coûté sa famille, ses amis, son travail, sa dignité et à peu près tout lambeau d’espoir. Prochaine étape: Las Vegas façon kamikaze bien sûr. Puis la rencontre avec une  prostituée, Sera, qui pourrait bien mettre les choses sur la bonne voie. Peut Être. Mais probablement pas.

Le roman est devenu un film. O’Brien s’est tué juste avant la  production.

Un singe en hiver par Antoine Blondin

Je vais terminer par un des romans français qui fait partie – tout comme le film – des trésors de la culture française. À mon humble avis.

Une amitié entre deux hommes, le plus jeune aime trop la boisson, le plus vieux a arrêté de boire. Jusqu’à cette nuit épique. Et de lire puis entendre l’une des plus belles phrases de la littérature interprétée par Jean Gabin : l’ivresse.

5 thoughts on “qu’importe le flacon…

  1. Fred says:

    Une bonne sélection mais il y a quelques oublis :
    Le Cabaret de la dernière chance de Jack London. C’est son autobiographie d’alcoolique.
    Les alcooliques de Jim Thompson
    Sideways de Rex Pickett

    Il va falloir que tu fasses un volume 2 à ce thème.

  2. Audrey says:

    Tu ne parles pas d’Hemingway?

  3. Nathalie says:

    J’aime bien ta sélection qui donne envie de lire les livres proposés mais c’est tout de même d’abord de la littérature masculine. J’ai l’impression que c’est rare une femme qui va lire des romans d’hommes sur l’alcool, l’alcoolisme et la dérive qui va avec.

  4. Il y a un très bon chapitre sur Kingsley Amis dans le livre de critique littéraire de David Lodge, « Des vies à écrire », Rivages, 2014. Quel pochard !

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