Le bibliothécaire

Written by murielle

Il y a des mots dans un titre qui me font automatiquement dresser l’oreille (ou lever les yeux?). Donc quand on m’offre le Grand prix de littérature policière 2006, Le Bibliothécaire de Larry Beinhart, je le lis avec plaisir. Ce n’est pas tous les jours que le mot bibliothécaire est dans le titre. Et encore moins dans un de mes genres favoris.

Et pour ce roman noir de figurer en bonne place à coté de Nympho Librarian. Car oui, les gardiens du temple se présentent sous quelque forme que ce soit…

"Nympho Librarian" by Les Tucker (Jake Moskovitz) New York:

 

Enfin, un auteur qui comprend que le métier n’est pas encore entièrement désuet dans un monde web 2.0, luttant contre la puissance « googlienne » et la volonté des big data de rendre le travail obsolète. Comme un chant du cygne , comme un dernier hourrah, Le bibliothécaire est un héros « Deweyen »  qui tient dans ses mains rien d’autre que le sort du monde libre.

Comme auparavant dans Reality Show, Beinhart choisit un président désireux d’être réélu, ajoute beaucoup de cynisme et crée une farce colorée qui sonne comme un reportage politique à peine romancé ou comme un dénigrement du parti républicain proche du diffamatoire – selon votre point de vue.

 

le_bibliothecaire_larry-beinhartL’histoire :

Travaillant dans une université huppée de Washington D.C, David Golberg devient, par le plus grand des hasards, le bibliothécaire privé d’Alan Stowe. Vieil acariâtre multimillionnaire, industriel cynique et sans scrupules, Stowe est surtout le plus grand bailleur de fonds du parti républicain.
À peine Golberg a-t-il le temps de commencer le classement des papiers de l’homme d’affaires qu’il se retrouve pris en chasse par des barbouzes de la Sécurité intérieure. Tandis que la candidate démocrate grignote son retard sur le Président et que le grand jour du vote se rapproche, David, aidé d’une bande d’amis, se voit contraint de trouver dans les documents de Stowe l’information pour laquelle on veut le tuer…

Le président du roman n’est pas nommé George W. Bush – il est Augustus Winthrop Scott – mais il pourrait tout aussi bien l’être: c’est un homme venant d’une famille privilégiée, avec un triste record de service militaire dans la « National Guard » et côtoyant de riches et puissants bailleurs de fonds. Parmi ceux-ci, Alan Carston Stowe, un magnat de l’immobilier vieillissant qui veut laisser une trace de lui-même quand il meurt. À cette fin, il emploie un bibliothécaire personnel, David Goldberg. Notre héros.

Pauvres bibliothécaires, réduits au chômage dans un monde qui ne comprend plus l’utilité du papier et de sa complémentarité avec le numérique.

Le recteur de l’université a reçu de l’Institut du patrimoine un rapport sur les bibliothèques, financé par des capitaux privés. Ce rapport conclut que les bibliothèques, tant universitaires que publiques, conservent bien trop d’ouvrages papier. À part quelques rares volumes présentant un intérêt historique, tout ce papier pourrait être avantageusement remplacé par une cyber-bibliothèque, une seule grande bibliothèque pour tous, à laquelle chacun accéderait par ordinateur depuis son bureau ou son domicile. La numérisation des catalogues et des documents réduirait presque à zéro le besoin de bibliothécaires, sauf virtuels, et tout cet espace serait libéré.

Goldberg commence son travail au moment où la campagne de ré-election de Scott se met en marche. L’adversaire de Scott est John Kerry en robe: Anne Lynn Murphy, qui a fait son service héroïque au Vietnam, non pas sur un bateau mais comme infirmière. On ne lui donne pas beaucoup de chance de gagner.

Mais, à la fin de la campagne, tout change. Beinhart, dans un chapitre mémorable, riche de métaphores, décrit un rassemblement bizarre au ranch de Stowe où les invités regardent d’abord une une course hippique, puis un débat présidentiel télévisé. Les chevaux vont bien mais pas le débat : Murphy modeste, dans une scène qui se lit comme le rêve de tout démocrate, piège l’arrogant président, et tout à coup l’avance de Scott dans les sondages disparaît.

C’est alors que la campagne de Scott se met en mode urgence, façon « vol d’élection » et seul Goldberg et ses copains bibliothécaire peuvent l’arrêter.

L’histoire est amusante et bizarre, mais elle porte aussi une critique sérieuse du processus électoral, de la structure de la puissance américaine et de la conduite dans la vie réelle à la fois du président Bush et des média. La description de la machine politique et ses effets dévastateurs est encore et toujours d’actualité. Finalement. Là bas mais aussi plus près de nous.

Tout le monde savait que la Commission fédérale des élections était un vrai terrier de lapin à la Lewis Carroll : les choses tombaient dedans, disparaissaient pendant des laps de temps aussi variables qu’arbitraires, et il leur arrivait des aventures étonnantes. Lorsqu’elles finissaient par ressortir, c’était, oh, des années plus tard. Parfois, quelqu’un était théoriquement condamné à une amende ; mais on n’interdisait jamais à personne de faire quoi que ce soit, et personne n’avait jamais dû quitter sa fonction pour avoir violé les règles afin d’accéder à ladite fonction.

Enfin et surtout pour moi, ce roman offre une des meilleures description des bibliothèques publiques loin de l’idée sacrée des anciens et beaucoup plus proches de la réalité…

Les bibliothèques sont des havres de liberté. Des refuges propres et secs dans un monde livré aux intempéries. Elles sont remplies d’idées et d’informations. Par ailleurs, elles ont tendance à attirer toutes sortes de zozos et de zinzins et de paranos qui traînent des chariots de supermarché regorgeant de scénarios de conspiration.

2 thoughts on “Le bibliothécaire

  1. Nathalie says:

    Murielle, impossible de poster avec mon portable. Je pense que c’est avec wordpress, tu veux regarder?

  2. Ayant connu des documentalistes et des bibliothécaire, ça m’intéresse. Il faudra quand même des bibliothécaires pour indexer les documents scannés et gérer les bibliothèques publiques qui ont encore quelques années devant elles.

quelque chose à dire