panem et circenses …

Written by murielle

Bayonne connait toujours des turbulences quand il s’agit de la culture. Reléguée souvent au deuxième, troisième, énième plan, elle est considérée comme superflue. Il suffit de voir les subventions – réduites ou pire refusées ou retirées – pour les associations culturelles de la ville. Et de lire le faire part de décès pour le festival de théâtre des Translatines.

C’est ainsi. Bayonne sera toujours plus connue pour son jambon, son rugby, ses fêtes, et ses corridas.

C’est pourquoi beaucoup de bayonnais ont pris comme un camouflet l’annonce de la ville d’un nouveau festival prévu pour la mi-Juin, le festival Kulture Sport.

Non seulement le postulat est offensant à plusieurs niveaux, mais ce festival provient d’une association « Association AVA Festival »  toute nouvelle, juste créée en Août 2014, certainement le produit de quelques noms pour la plupart parisiens. Et la conférence de presse s’est déroulée à Paris. Normal….  Et cerise sur le gâteau basque, cette association recevra une subvention de l’ordre de 20 000 euros, « on » dit que ce serait même plus.

L’Unesco définit la culture dans son sens le plus large “comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances.»

(Définition faite Conférence mondiale sur les politiques culturelles à Mexico City en 1982).

Avant l’ère de la mondialisation, il existait des connexions locales, autonomes, distinctes , robustes et bien définies. Ces connexions constituaient l’identité culturelle d’une communauté.  Cette identité était quelque chose que les hommes et femmes possédaient, comme un héritage, comme un avantage de la continuité avec le passé. Cette identité,  tout comme le langage, n’étaient pas seulement une appartenance culturelle; c’était aussi une  richesse collective des communautés locales et régionales.

Cette identité était aussi quelque chose de fragile qu’il fallait protéger et  préserver,  pour ne pas la perdre.

Mais dans ce monde de variétés, de cultures diverses, toutes aussi riches les unes que les autres, toutes interdépendantes, toutes fragiles à divers degrés, a éclaté la mondialisation. Et ainsi va l’histoire, balayée comme une marée montante, détruisant la stabilité et l’échange, apportant un, ‘marque’ et une homogénéisation de l’expérience culturelle axée sur le marché, effaçant ainsi les différences entre les cultures qui faisaient notre richesse et nous enseignaient « l’autre, les autres » ceux qui nous sont étrangers mais aussi voisins et amis en devenir.

La culture vient par les arts, tous les arts. Et ces arts sont à mettre au pluriel tant ils sont tous porteurs de sens et de connaissance. Les littératures, les cinémas, les musiques, les théâtres, les danses, etc. Cette culture ne doit pas devenir un luxe, c’est un droit. Le droit de tous et pour tous. La culture est avec l’éducation, la seule arme contre la bigoterie, l’ignorance et le fanatisme. Une société qui n’accorde pas de valeur à la culture et qui n’apprécie pas les arts, est une société qui s’appauvrit.

Et c’est parfois ce que Bayonne me donne à penser. Est-ce que cette ville et ses élus veulent que ses habitants subissent simplement une culture homogène qui n’apporte aucune réflexion ? Est-ce que Bayonne qui se voulait Charlie il y a quelques semaines à peine, préfère un festival « prêt à penser » – déjà testé à Lyon – sans la richesse de l’échange culturel,  où la seule valeur apportée est celle du sport. Le sport comme nouveau système de croyance et d’idéologie qui remplacerait l’éducation et les arts par quelque chose proche du capitalisme de la liberté favorisant ceux choisis par la fortune et la chance, le possesseur du talent surprenant ou de la prouesse technique prodigieuse.

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Par exemple, le programme explique que la photographie sportive sera bien visible avec des expositions dans les rues de la ville, les musées, les commerces… La remise d’un prix sport et littérature est envisagée, tandis que les librairies mettront en avant ce type d’ouvrages. La peinture, la BD, la sculpture, les jeux vidéo,la musique… se conjugueront également sur le mode sportif.

Les bayonnais ont déjà le sport. En quoi ce festival apporte une ouverture sur le monde ? Encore du sport ? Il faut l’imaginaire. Il faut des festival de théâtre, de musique, de danse et de littérature.

Il faut ce qui met en valeur les cultures, ce qui réunit et respecte les hommes, ce qui les élève et les porte malgré leurs différences, leur multiplicité et leur complexité.

En 2011 dans Corse Matin, Eric Cantona – qui serait invité du festival Kulture Sport –  disait « La culture est très importante ! Surtout pour la jeunesse. Si les jeunes ne font pas de sport et n’ont pas accès à la culture, que vont-ils faire ? Certains politiques n’y accordent pas assez d’importance. Ils se trompent. Si je n’avais pas eu la culture dans la vie, je serais mort ! Si je n’avais pas lu des livres, imaginé des paysages, des personnages, des lumières, des couleurs, je serais mort. Le monde imaginaire est le plus important de tous».

Ne plus se soucier d’enjeux plus exigeants ou à plus long terme c’est ne pas être concerné par le destin de la vie individuelle et collective de ses citoyens.

panem et circenses : du pain et des jeux

 

12 thoughts on “panem et circenses …

  1. Peyo says:

    Oui. C’est pas terrible ce qui se passe dans la ville. Le festival proposé n’a aucune valeur propre à la ville, c’est en effet un festiva clés en main qui pourrait être proposé dans n’importe quelle ville à partir du moment qu’elle a un club de foot, de rugby ou natation etc.

  2. Princesse says:

    On n’est jamais surpris avec ce genre d’annonce parce que la culture est toujours le premier budget supprimé ou réduit. À croire que personne ne comprend que sans la culture on fait la place belle à l’ignorance. Je n’ai rien contre le sport mais il y a déjà assez de manifestations sportives dans la région. Les jours de match, la ville appartient aux fans de rugby.

  3. Fred says:

    c’est se foutre de la tronche des bayonnais de leur proposer un festival sur 2 jours qui n’apporte rien du tout, parce que les films proposés ont étés vus et revus à la télé, que les photos ne sont en rien originales et que tout ce qui est proposé est la présence hypothétique d’Eric cantona!

  4. Malika says:

    J’ai jamais vu une conférence de presse pour un festival culturel en province fait à Paris. C’est nouveau? Est-ce qu’avoir une résidence secondaire dans le Pays basque ou un sweat-shirt marqué aviron bayonnais qualifie pour offrir un festival Kulturel aux bayonnais?

  5. Benoit says:

    Encore une fois le choix des illustrations est pas mal :-) Franchement je serai le premier hypocrite si je disais que le sprt ne m’intéressait pas. Mais effectivement, l’annonce d’un nouveau festival avec les deniers de la ville et la disparition d’un autre avec également d’autres manifestations culturelles en danger, c’est se moquer des gens. Bayonne donne de l’argent à une association nouvellement créée qui a je suppose déjà pas mal de fric vu les investisseurs privés qui se sont mis au projet. C’est toutes ces entreprises privés qui se mettent sous le statut associatif pour récolter encore plus de fric au dépends de ceux qui en ont vraiment besoin.

  6. Audrey says:

    Un festival qui attirera les foules amatrices de sport, pour la culture on repassera

  7. Manu says:

    he he, bayonne toujours aussi en retard!

  8. Elsa says:

    Est ce que cela vaut la peine de préciser que l’actuel maire de la ville de bayonne était adjoint à la culture auparavant? Formidable!

    • :-) Ou la version bayonnaise de « Bouillons de culture » en « Couillons de Kulture ». Il y a des villes comme ça qui ne voient pas l’apport de la culture et son importance.

  9. Mano says:

    Très bonne analyse de ce que la culture apporte. Celui en charge de la culture a Bayonne devrait lire cet article!

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