L’homme politique

Il quitte son bureau avec le sentiment du devoir accompli. Il a serré des mains, écouté ses interlocuteurs, et opiné du chef quand il le fallait. Du moins c’est ce que les autres pensent. Il n’écoutait pas vraiment, la tête ailleurs, cherchant déjà le prochain sujet de sa prose hebdomadaire qu’il posterait plus tard sur facebook.

Il se plaisait en poète-chroniqueur de sa ville. Il aimait partager ses pensées, ses souvenirs et rien ne lui faisait plus plaisir que les petits pouces levés après la publication d’un nouvel article. Il aimait imaginer ses lecteurs, non pas comme des électeurs mais comme des fans dont il était l’idole incontesté même si son piédestal était fragile. La popularité allait de pair avec le sens du vent. Il suffisait d’une bourrasque pour le faire tomber.

Il avait rêvé d’une vie différente. Il aurait voulu être un artiste, porteur d’une nostalgie et d’un passé qu’il ne cessait de vouloir faire revivre. Il était de ceux qui pensait que c’était mieux avant. Mais l’art ne payait pas. Et il aimait trop son confort pour vivre en poète maudit, bohème miséreux victime des temps modernes qui prônaient la fin de la culture et l’austérité, accusant une crise qui ne touchaient que les plus démunis.

Il se contentait de vivre à travers les artifices de la toile web. Et quand un fâcheux se permettait de mettre en doute son talent, ou de ne pas joindre la foule des « aimeux » , il le bloquait, par manque de répartie, par peur du défi intellectuel ou pour ne pas perturber la confortable quiétude illusoire d’une admiration qu’il voulait sans conteste. Comme pour la politique.

 

16 Comments

des choses à dire

On en connait tous des politiques qui se prennent pour des artistes mais ne supportent pas la contradiction. À croire qu’ils ont fait toute leur carrière avec des cire-pompe.

Ta remarque Benoît m’inspire cela : cela pourrait peut-être justement à ça qu’on peut reconnaître un (bon/véritable < je ne trouve pas le terme) homme politique, au fait qu'il va accepter l'opposition. Je n'ai pas la réponse.

Avant de partir dans du 3615-mylife, c'est un texte intéressant qui comme souvent m'évoquent des tas de trucs.

J'ai suvi/vu quelques hommes politiques locaux (et des femmes aussi, dont ma soeur qui a tenté une petite aventure en amateur dans ce milieu).
Mon bilan :

– y a des personnes politiques qui respectent les gens
– y en a qui n'ont aucun respect pour les gens voire même l'humanité

C'est un peu binaire certes mais on s'aperçoit assez vite de la catégorie dans laquelle se situe la personne politique.
Ce n'est pas un métier facile. C'est surtout un métier de contacts humains sans doute exercé par des personnes qui ont un fort besoin de reconnaissance (avant même le pouvoir peut-être) comme le pointe justement le texte.

L’homme politique? L’archétype de « l’homme moyen », celui qui a besoin de reconnaissance et aime trop son confort pour vivre en poète maudit. La trouille et le malaise devant celui qui a osé, confondre popularité et reconnaissance.
Tout ça est tellement bien vu que l’homme politique c’est un peu chacun de nous, non?

C’est certainement universel mais l’homme politique porte en lui le désir de reconnaissance encore plus fort. C’est souvent un artiste raté. Et comme l’artiste il vit mal la contradiction ou le rejet. Mais là où l’artiste en fera une chanson l’homme politique se muera en « silenceur » des voix.

Sinon pour faire dans l’anecdote glauque et qui refroidit bien…
Quand j’étais « jeune » j’ai suivi un tout petit peu un homme politique local (mais national aussi), industriel aussi et et… artiste à ses heures !
Celui-ci aimait bien se ballader en centre-ville entouré de jeunes sympahisants.
Un de mes potes en faisait plus ou moins partie. Ce pote avait une copine (mineure) et plutôt mignonne.
« L’artiste politique » marié, père, n’eut pas de scrupule a demander le numéro de téléphone de la fille en question…
La suite, je ne la connais pas mais bon, jeune, ça m’a vite calmé par rapport à une certaine idée que je me faisais de la politique :)

Tous les petits notables de province ont, passé un certain âge, l’expérience et la sagesse pour eux. Du moins c’est ce qu’ils pensent. Ils deviennent allergiques au progrès, et regrettent le temps passé. Comme ils s’entourent de gens qui pensent comme eux ou qui ont un intérêt à penser comme eux, ils n’entendront que des oui, oui et oui.

Très juste Fred sur les « oui oui ». Je rajoute même les « clap clap ».
Anecdote :
Environ 200 citoyens convoqués dans une salle.
Discours de l’élue.
Suit un gros silence de la part des citoyens.
Suit « clap clap et bravo » de la part des employés de la mairie.

Un truc me turlupine dans mon esprit tordu. Je trouvais un truc bizarre dans ce texte. Quelque chose de trop propre dans la forme par rapport aux quelques pages lues de toi. Et ce matin l’illumination ! Mais oui !
Elle a voulu faire du « faire bien » comme un homme politique qui va être soucieux de son image.
J’ai bon ou je devrais mieux dormir la nuit ?

Je suis fascinée par l’homme politique , il se jette sans parachute , parfois admirative mais pas dupe , une fois rentré dans ce monde comment fait-on pour avoir envie d’y rester ? L’homme politique m’apporte plus de questions sur son monde , que de réponses sur le mien .

Originale comme réflexion Amaya mais oui !
Pour avoir envie d’y rester : un élément de réponse : l’amour du risque ? :)

Beaucoup de comédiens/acteurs/sportifs se sont lancés dans la politique (aux us notamment). Je crois que c’est comme une drogue aussi. Difficile de se passer de la « scène » de la reconnaissance du public, de l’exposition pour eux.

Ceux que j’ai pu côtoyer m’ont paru assez filous et calculateurs. Mais il y en a certainement de biens.

je crois que j’aurais du choisir comme titre « le petit notable ». Oui je suis sûre qu’il y a des hommes politiques biens mais parfois c’est à désespérer.

quelque chose à dire

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