réflexion légère sur le sport et la culture

écrit par murielle

Écrire et parler culture n’est pas donné à tout le monde.

Pendant trop longtemps, sport et culture n’ont pas fait bon ménage en France. On était dans un camp ou dans l’autre. Puis Télérama et Les Inrocks… 

C’est ainsi que le festival KultureSport se présente aux bayonnais. Et de me demander qui est en charge de la communication. Je me souviens des cours de français en 3e et de mon prof qui ne cessait de répéter, « ne commencez jamais un devoir de rédaction par ‘pendant trop longtemps’! »

Quand le fond et la forme font défaut, il ne reste que des platitudes vaines et des lieux communs vides de sens. Sans doute parce que celui ou celle qui écrit ne connait pas les mots, leurs origines et leurs significations. Sans doute parce que celui ou celle qui écrit n’a pas assez lu et n’a pas eu la chance de faire ces rencontres littéraires qui permettent de mieux appréhender le monde et son chaos. Ces rencontres livresques qui expliquent et donnent un sens.

Ainsi, expliquer que la culture et le sport sont diamétralement opposés jusqu’à l’arrivé des deux parangons de la culture Télerama et les Inrocks est un angle de communication qui joue sur les clichés en opposant les genres et les esprits.

 

Albert Camus, gardien de but du Racing Universitaire Algérois, était adepte des grands écarts: « Vraiment le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités. »

Les écrivains, les artistes et les sportifs veulent être lus, aimés, suivis, voire même adorés.

Ce sont les médiateurs et les intermédiaires de la culture et du sport qui ont la responsabilité de les rendre accessibles au plus grand nombre. Que ce soit sur le plan intellectuel mais aussi financier, social et physique en ne délaissant pas toute une tranche de la population. Parler d’une culture élitiste c’est oublier que le snobisme est une attitude très bien partagée par les « deux cotés ». C’est aussi oublier qu’il existe des sports difficilement accessibles à tous.

Culture et sport sont populaires. Ou élitistes. C’est selon. C’est le regard qu’on leur porte – ou l’usage qu’on en fait – qui donne à quelque chose ou quelqu’un sa noblesse.
Être digne d’estime et de considération n’a rien à voir avec une classe sociale, une richesse quelconque ou une popularité.

 

Il est avant tout des films, des livres, des photographies et des sports qui donnent des frissons, qui touchent et qui racontent une histoire. Voilà où se situe la richesse d’une œuvre ou d’un sportif.

Je me permets de faire un copié-collé paresseux de la page wiki Sport et littérature en France et faire un lien vers l’Association des Écrivains Sportifs et de l’Union des Journalistes de Sport en France – qui décernent chaque année des prix littéraires sur le thème du sport.

Pourquoi faut-il choisir un camp quand il s’agit d’amour, de culture et de sport? Ces deux derniers sujets n’ont pas attendu Telerama, les Inrocks, So Foot et KultureSport pour vivre un amour courtois ou sensuel, fait d’attirance physique, de marivaudage, de passion, parfois de tromperie, de manipulation psychologique, de rejet, de colère et de grandes réconciliations.

Le sport occupe une place sacrée dans la culture d’ici et d’ailleurs. Fiction, poésie, pièce de théâtre, essais, photographie, cinéma, musique ont célébré le sport. Les sportifs aguerris tout comme les littéraires, les historiens et les « cultureux »™ savent déjà que le sport a toujours été pris au sérieux par les écrivains.

Non seulement comme le compte-rendu d’un jeu ou d’un combat mais aussi et surtout comme le spectacle d’une compétition contre un ou plusieurs opposants ou même comme une lutte personnelle interne.

 

Le sport comme la toile de fond sur laquelle dessiner puis observer la nature humaine dans ce qu’elle a de plus profond pour ensuite créer l’art qui transcendera le sujet lui-même.

« Les grands mythes naissent des rites, quand ils ne les suscitent pas. Le rituel où les pas retrouvent leurs empreintes est cher au cœur de l’homme. »

Antoine Blondin

Citations, références ou sujet principal, il est là dans les consciences parce que nous sommes tous marqué par un événement, un exploit ou une défaite cuisante, par un visage, par un physique ou par un geste. Parce qu’avec le sport il y a également l’agressivité, l’échec, les illusions perdues, la solitude, l’honneur perdu, l’humiliation, l’orgueil, et la perte.

« Pratiqué avec sérieux, le sport n’a rien à voir avec le fair-play. Il déborde de jalousie haineuse, de bestialité, du mépris de toute règle, de plaisir sadique et de violence ; en d’autres mots, c’est la guerre, les fusils en moins »

Aldous Huxley.

Le stade, le ring ou la route est un théâtre, un champ de guerre, où certains touchent le ciel et deviennent des dieux tandis que d’autres resteront à terre, dans les larmes, presque morts, tout juste humains.

Comments: 14

  1. Fred says:

    En rédaction, il faut toujours éviter de commencer par une phrase banale du type « de tout temps… » ou « les hommes ont toujours… »
    L’accroche commence mal pour un festival un festival qui se fait toujours aussi mystérieux :-)
    Très bon article qui évite les poncifs!

  2. Un article léger mais riche sucitant encore chez moi beaucoup de choses et de réflexions, ne serait-ce que : qu’est-ce que la culture ? Qu’est-ce que le sport ?
    J’ai longtemps pratiqué un sport qui ne fut que récemment officiellement considéré comme un sport et qui était auparavant plutôt lié à la culture.
    Pour être positif, je dirais que sport et culture peuvent parfois élever les hommes, montrer et démontrer ce qu’il y a en eux de beau. Parfois pas.

  3. Audrey says:

    je pense qu’on oppose culture et sport quand on n’y connait rien. Beaucoup d’artistes et écrivains sont sportifs ou admirateurs d’un sport. Je pense aussi que le contraire est parfois moins évident et que comme tu l’écris le snobisme vient parfois des milieux plus populaires.

  4. Oui les opposer n’a pas vraiment de sens Audrey. On peut dire tout ce qu’on veut avec sport, culture et art.

    Les écrivains, les artistes et les sportifs veulent être lus, aimés, suivis, voire même adorés.

    ^^ Murielle a sûrement pointé le principal

  5. Laurent says:

    Pour beaucoup aimer Blondin, il a écrit des pagnes inoubliables sur le Tour de France. Il avait le lyrisme et l’humour pour faire partager ce que les forçats de la route vivaient.

  6. Peyo says:

    Je reste curieux de voir le programme de ce festival. Sinon là où je pense que tu es de mauvaise fois, c’est en ce qui concerne les rapports culture et sport. Il fut un temps où les deux étaient liés, mais maintenant moins. Je ne sais pas si c’est lié au mercantilisme du sport, au fait que ce soir devenu un business, mais les sportifs de maintenant ne font pas rêver et n’inspirent pas les artistes actuels.franchement qui a envie d’écrire sur Ribery, Douillet ou d’autres sportifs comme eux…

  7. frad says:

    Sur le dernier point Peyo, oui c’est ce que je ressens aussi. Ils ne me font plus rêver les sportifs d’aujourd’hui. Est-ce parce que comme tu le dis le sport est devenu un business (si important) ? Est-ce parce que les mentalités ont changé (du ludique au professionnel) ? Est-ce parce que j’ai perdu mes yeux d’enfants ?

    Yep, la magie n’est plus dans le sport qu’on nous présente en spectacle. La faute des acteurs ? Je ne crois pas. On leur en demande tant. Les cadences d’entrainement ont été multipliées etc. Comment peuvent-ils eux-mêmes trouver encore plaisir dans leur sport ?

    Peut-être que les artistes peuvent être plus inspirés par le sportif du dimanche ou celui qui finit en milieu ou fin de peloton, le sportif anonyme, celui qui pratique son sport pour le jeu, pour le plaisir (et encore le business cherche à lui vendre tout l’équipement).

    Sur un autre blog, je visionnais un match de foot des années 70 (haut niveau). L’article du blog le soulignait et effectivement, cela n’avait rien à voir avec un match d’aujourd’hui : le ballon circulait, les joueurs respectaient l’arbitre, on ne se roulait pas par terre au moindre contact etc.

    Le sport ne me fait plus envie. La compétition peut être chouette si c’est visé comme un dépassement de soi. Si c’est pour détruire l’adversaire : moyen quoi. Ca rendrait presque triste.

    Bon… Allez poupou ! :)

  8. Marie-Claire says:

    De tout temps, les gens ont opposé deux entités pour ensuite prétendre les réunir. De tout temps les agences de com’ ont rarement eu du talent pour écrire des textes publicitaires qui seraient poétiques, sincères et intéressants. De tout temps les sponsors ont leur mot à dire et choisissent des thèmes, des vedettes qui attireront le lus grand nombre au détriment de la qualité et du fond. De tout temps les copies de festival déjà existant seront décevantes car faites pour le porte-monnaie et pas pour le coeur et le cerveau.

  9. frad says:

    C’est clair Marie (je soooooors :))
    Bien qu’esthétique, la page du site web du festival ne donne pas envie.
    Petit erratum dans le lien Murielle.

  10. burntoast says:

    Parfaitement d’accord avec Huxley. D’ailleurs les tournois de groupes de chevaliers permettaient d’éviter de vrais combats ruineux et dévastateurs. Le rugby des débuts avait aussi été instauré pour calmer l’ardeur (souvent criminelle) des bandes de jeunes hommes bourrés de testostérone.

  11. Thomas says:

    Texte superbe qui change des platitudes lues dans le sud ouest ou sur le site de kulture sport. Bravo pour votre écriture!

    • Peyo says:

      Pour avoir fait un tour au festival Kulture Sport, je peux dire que tout ce qui est dit dans ce texte n’a été reflété que dans le travail de Depardon et son exposition de photos.

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