L’insouciance

Je continue sur ma lancée de la rentrée littéraire 2016. Encore une rentrée excitante, avec un bon nombre de livres formidables. Heureusement qu’il me reste quelques jours de vacances…

Aujourd’hui c’est L’insouciance de Karine Tuil publiée chez Gallimard.

l'insouciance-karine-tuilL’histoire : De retour d’Afghanistan où il a perdu plusieurs de ses hommes, le lieutenant Romain Roller est dévasté. Au cours du séjour de décompression organisé par l’armée à Chypre, il a une liaison avec la jeune journaliste et écrivain Marion Decker. Dès le lendemain, il apprend qu’elle est mariée à François Vély, un charismatique entrepreneur franco-américain, fils d’un ancien ministre et résistant juif.

En France, Marion et Romain se revoient et vivent en secret une grande passion amoureuse. Mais François est accusé de racisme après avoir posé pour un magazine, assis sur une œuvre d’art représentant une femme noire. À la veille d’une importante fusion avec une société américaine, son empire est menacé. Un ami d’enfance de Romain, Osman Diboula, fils d’immigrés ivoiriens devenu au lendemain des émeutes de 2005 une personnalité politique montante, prend alors publiquement la défense de l’homme d’affaires, entraînant malgré lui tous les protagonistes dans une épopée puissante qui révèle la violence du monde.

S’il y a bien un roman d’actualité, sur l’air du temps, c’est celui-la. À la limite du journalisme ou du documentaire avec une touche littéraire de talent, Karine Tuil nous met face à la dure réalité de notre vie actuelle. Elle établie la radiographie très peu imaginée d’une France en pleine ébullition sociale et politique.

Finie l’insouciance face à l’actualité tragique de ces dernières années (guerre en Irak, terrorisme, attentats, paranoïa identitaire et théorie du complot, personnages antisémites, etc.). La violence est là, ici, partout, dans nos rapports aux autres, dans la société, la politique, le monde des affaires… et ses effets sont impossibles à éviter, oublier et nier. C’est un coup de coeur et un coup de poing qui sera assurément un des livres de l’année.

Elle avait passé des mois à lutter contre le désespoir et la culpabilité. En deux ans, elle avait assisté à l’anéantissement d’une famille et à la destruction méthodique de sa propre vie. Elle avait perdu le souffle, l’énergie ; la tragédie avait tout emporté : les êtres et les souvenirs, la joie de vivre et l’insouciance, la capacité à tenir et à créer. Ne restait d’elle qu’une vague présence physique, une silhouette figée dans l’épouvante, extérieurement on ne décelait pas grand-chose, elle était toujours cette jolie fille charnelle. Il eût fallu lui parler un peu, la regarder fixement dans les yeux pour comprendre que son apparence maîtrisée masquait l’écroulement intérieur. Après l’épreuve, la vie n’était qu’une forme de taxidermie.

 

Enfin, une auteur qui cite L’écriture ou la vie de Jorge Semprun gagne à jamais mon respect…

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