Yaak Valley, Montana

Written by murielle

Avec Yaak Valley, Montana, Smith Henderson est décidé à nous montrer des gens malheureux et instables qui vivent tous sur le fil du rasoir et qui luttent pour trouver une vérité, quelle qu’elle soit. Ces portraits sont dessinés avec compassion et humanité, portés par une voix forte même quand elle craque et vacille.

Yaak Valley, MontanaL’histoireLa première fois qu’il l’a vu, Pete a cru rêver. Des gosses paumés, il en croise constamment dans son job d’assistant social. Mais, tout de même, un enfant en pleine forêt, méfiant, en guenilles, l’air affamé… Pete s’accroche, laisse de la nourriture, des vêtements et finit par gagner la confiance du petit.
Suffisamment pour découvrir que le garçon n’est pas seul. Sa mère et ses frères et soeurs sont introuvables, il vit avec son père, Jeremiah Pearl, un fondamentaliste chrétien qui fuit la civilisation pour se préparer à l’Apocalypse et comploter contre un gouvernement corrompu et dépravé.

Ce premier roman est présenté comme une exploration bouleversante des contradictions inquiétantes et violentes de l’Amérique. Il est censé faire face aux complexités de la liberté et de l’anarchie et il n’y a pas un meilleur cadre pour ça que le Montana, où l’indépendance est non seulement appréciée, mais farouchement défendue.

Ces thèmes sont destinés à être reflétés dans l’histoire de Pete Snow aux prises avec Jeremiah Pearl. C’est un roman presque réussi et Henderson a indéniablement du talent.

Yaak Valley, Montana crépite avec une énergie dangereuse à chaque passage avec Jeremiah. Mais ces passages sont rares puisque Pete Snow est le personnage principal.

Pete traquait la moindre info possible sur les Pearl mais ne récoltait que des on-dits. Il rappelait le mont-de-piété de temps à autre, mais Pearl n’avait pas reparu et Gene jugeait peu probable qu’il revienne. Il continua quand même à se renseigner dans les routiers ou les cafés et chaque fois ou presque il tombait sur quelqu’un qui connaissait le nom de Pearl ou avait entendu parler de ses pièces de monnaie trouées mais ne savait rien sur le bonhomme à proprement parler. Il y avait des rumeurs et des bruits douteux. Il était mort. Il vivait avec une bande d’Indiens métis au Canada. Le gouvernement l’avait supprimé. Mais personne ne l’avait jamais vu de ses yeux, hormis les planteurs de cannabis et le prêteur sur gages.

C’est dommage parce que Pete le trentenaire dont la vie est un gâchis n’est pas celui qui m’intéresse le plus. Sa femme l’a trompé une ou plusieurs fois, il un père maladroit et apathique, il boit trop et il a du mal à décider s’il veut revenir avec sa femme ou la haïr pour toujours, sa fille a fugué et il ne prend pas ses responsabilités. Comme il le dit à sa femme :

J’en sais rien. Je suis un alcoolique, Beth. Et toi aussi. Merde, j’ai fumé de la cocaïne l’autre soir. J’enlève leurs enfants à des gens comme nous.

Les problèmes n’ont jamais une seule origine. Ils étaient deux à avoir foiré dans leur rôle de parents. Voilà où il voulait en venir. Rien n’est jamais la faute d’une seule personne.

Smith Henderson est doué puisqu’il réussit à faire un roman très dur, violent et véritable avec un anti-héros, un homme blanc trentenaire à la vie un peu galère. Il nous permet d’apprécier la difficulté d’avancer dans la vie en tant que travailleur social avec les perversions, les horreurs et cas sociaux qui parsèment sa route et dont nous sommes les témoins forcés…

Elle est la preuve vivante que le pire est toujours certain. Que le monde n’a pas besoin de permission, qu’il ne cesse de se dépasser lui-même dans l’horreur.

En juxtaposant la paternité de Pearl avec celle de Snow (un brin d’histoire parallèle impliquant aussi les pensées de la fille de ce dernier sous forme d’interviews apporte une nouvelle résonance), Henderson montre également les moyens dont la société exerce son pouvoir sur nous, ainsi que notre degré de soumission ou de résistance. Et quelle que soit la conclusion, elle est devenue vérité.

Quand un homme frappe à votre porte pour vous proposer quelque chose – un service, une marchandise, une croyance –, mieux vaut le renvoyer chez lui.

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