La fille du train

Le méga thriller de l’année dernière est déjà sur les écrans. Mais La fille du train de Paula Hawkins, l’un des plus gros succès littéraire de l’année est devenu un film bien moyen, une devinette plutôt ratée. Columbo l’aurait trouvée en 5 minutes. La toile compliquée, tissée par des flashbacks et le changement de narrateurs et points de vue, est pleine de défauts et de trous.

Emily Blunt est Rachel, une femme triste et seule dont la vie s’est effondrée depuis la fin de son mariage. Elle était avec  Tom (Justin Theroux), mais la relation a craqué avec l’impossibilité d’avoir un bébé. Pour retourner le couteau dans la plaie, Tom vit maintenant avec Anna (Rebecca Ferguson), celle qui était sa maîtresse, dans la maison qui fut un temps la sienne,  et le couple a un bébé.

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Maintenant Rachel boit de la vodka toute la journée, est obsédée par Tom et Anna, a des crises de rage et des trous noirs, est dans un état pathétique de déni et passe une partie de son temps dans un train de banlieue qui la mène à Manhattan, où elle n’a plus de travail depuis un an à cause de l’alcool.

Mais Rachel a une autre obsession. Chaque jour, de la fenêtre de son train, elle saisit quelques scènes de la vie ordinaire d’un couple qui lui parait parfait. Une belle blonde et son beau mari qui lui semble dévoué. C’est Megan et Scott (Haley Bennett et Luke Evans). Elle fantasme sur ce couple.

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Jusqu’au jour où elle est témoin d’un évènement choquant. Puis une disparition, certainement un meurtre. Et de découvrir que Megan a un lien avec elle.

L’idée, tellement bien développée dans le roman, a quelques ressemblances avec Alfred Hitchcock ou Patrick Hamilton, et Paula Hawkins s’est peut être également inspiré d’Agatha Christie et son Train de 16h50, dans lequel un passager voit une personne se faire étrangler dans un wagon du train d’en face.

Mais voilà, la lectrice anglophile que je suis, celle qui a vécu longtemps à Londres est déçue par la version américaine. Il manque le je ne sais quoi qui rend les anglais si différents. Ce qu’on appelle la quintessentially British story, ce qui est essentiellement britannique.

« la lenteur du 8 h 04 qui va d’Ashbury à la gare d’Euston est capable de faire perdre patience au banlieusard le plus désabusé. En théorie, le voyage dure cinquante-quatre minutes. En pratique, c’est une autre histoire : cette portion de la voie de chemin de fer est une antiquité décrépie en perpétuel chantier, émaillée de feux de signalisation défectueux. »

Des détails comme celui-ci – et la voiture pleine de passagers qui soupirent ont rendu La fille du train si attrayant. L’évocation d’un monde trop familier de la déception et la frustration version anglaise pour quiconque a déjà connu le Network Rail. On ne râle pas, on soupire et on attend…

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Dans le livre, les problèmes de boisson de Rachel sont perçus comme une échelle progressive allant de la consommation d’un trop grand nombre de canettes de G&T pré-mélangé sur le chemin du retour, à l’achat compulsif d’une petite bouteille de chenin blanc au Whistlestop à Euston. Dans le film, elle vide un litre de vodka dans sa gourde d’eau – et plus tard se rends dans une réunion des AA. L’amplification de l’alcoolisme fait une différence, il n’est pas vécu pareil des deux cotés de l’océan.

Il n’y a plus d’allusions aux classes sociales divisées si propres aux anglais, là le niveau semble avoir monté d’un cran ; en dépit de la proximité des lignes de train, les quelques propriétés semblent beaucoup plus couteuses que dans la version originale.

L’adaptation du film bien que sombre et élégant perd les choses que j’ai le plus aimées, la saleté et la description d’une ambition empêchée. C’est dommage.

 

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