Ceci n’est pas une histoire d’amour

Written by murielle

Enfin, un livre qui ne parle pas de mort ni de famille déchirée. Cela dit, attention lecteur, le titre est trompeur…. Ceci n’est pas une histoire d’amour de Mark Haskell Smith est un peu plus que cela. 

L’histoireSepp Gregory, star de télé réalité élu « homme le plus sexy de l’année » par la presse people, est en tournée de promotion de son premier roman, très autobiographique. Sepp n’a même pas besoin de lire le livre, il le vit en direct ! Le triomphe est immédiat, au point de lui valoir l’attention… de gens sérieux.

Lorsqu’elle entend l’invitée de l’une des émissions les plus cérébrales du pays s’épancher sur les abdos de Sepp, Harriet Post, critique respectée, hurle au scandale. Décidée à révéler au grand public à quel point le succès littéraire de Sepp est une escroquerie, elle lit son livre, Totalement réalité, et… le trouve génial !

Pour elle, c’est forcément l’œuvre d’un nègre, qu’elle compte donc débusquer, mais un concours de circonstances entraîne Sepp et Harriet dans un road-trip qui se révèle vite ultra-hot.

Avec son cinquième roman, Mark Haskell Smith observe l’un des tueurs potentiels de la littérature et deux croyants authentiques qui refusent de la laisser mourir sans combattre.

L’intrigue est joyeusement absurde et dans les mains d’un écrivain moins expérimenté, le roman aurait pu se transformer en un exercice raté, un règlement de compte sur des personnages stéréotypes. Mais Smith parvient à garder son sérieux et transforme ce qui aurait pu être juste un livre amusant en un roman incisif et caustique.

Aucun de ses personnages n’est sympathique – ils sont même tous odieux – mais aucun n’est tout à fait une cause perdue. Sepp est servile et pense surtout avec ses parties génitales. Mais il dévoile parfois quelques lueurs d’humanité, comme quand il médite sur l’amour, les femmes et la téléréalité :  « Il avait noué avec elles des relations dignes de la téléréalité. Elles avaient l’air vraies, ses sentiments semblaient authentiques, mais dès qu’il n’était plus à l’écran, leur réalisme s’évaporait alors que ses sensations, elles, demeuraient réelles. C’était très perturbant. »

Puis il y a Harriet, qui est une snob mais une snob avec des valeurs. Elle idolâtre un critique littéraire de la National Public Radio qui « ne se contentait pas de critiquer les livres et d’interviewer les auteurs, il se confrontait au texte, il avait la capacité de déterrer la vérité psychologique du sous-texte le plus impénétrable. »

Elle est également une romancière, mais son premier livre (publié par l’Université de Central South Dakota Press) ne s’est vendu qu’à une poignée d’exemplaires. Elle est surtout connue pour sa présence sur Internet comme essayiste sur des sites littéraires.

Sepp et Harriet sont des cibles faciles et Smith aime se moquer d’eux, mais jamais jusqu’à la mise à mort . C’est la culture littéraire moderne qu’il vise et ses observations sont extrêmement justes. « Le Net n’était-il qu’un éternel bourrage de crâne ? Les blogs littéraires, une boucle infinie d’autoglorification ? Des écrivains écrivant sur l’écriture et les écrivains afin que quelqu’un les remarque et les engage pour écrire à la place d’autres écrivains« …

C’est une vision cynique de la scène littéraire, c’est certain, mais elle est exacte – et c’est quasi miraculeux que Smith puisse se moquer d’elle sans paraître ni en colère ni faussement détaché. Il est capable de le faire parce que sa prose est dure et assurée. Il a la connaissance et le recul nécessaires pour le faire.

L’argent et la renommée ont toujours été des sujets difficiles à aborder à la fois dans le monde de l’édition et de la critique littéraire, et Smith le fait avec talent, pessimisme et générosité. C’est une des meilleures satires littéraires sur le monde de la littérature.

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