La maladie de l’adolescence et quelques films

Il y a des gens qui clament avoir aimé leur adolescence. Ces gens disent – et je jure que c’est vrai, je les ai rencontrés – que les années entre 13 et 18 ans furent parmi les meilleures. C’était, je cite, « super », « formidable », « une période d’éclate », etc.

Je suis ravie pour ces gens-là. Quel bonheur ce doit être de pouvoir regarder en arrière, contempler sa jeunesse et voir une version longue d’un d’Happy Days, Ferris Bueller, Grease ou Une fille pour Gregory.

Je ne fais pas partie de ces gens là. Je manquais de l’insouciance qu’on associe à la jeunesse, de cette envie non réfléchie de plaisir. Mon adolescence était un mélange de temps passé à me cacher dans ma chambre parce que je me sentais misérable et anxieuse sur tout et tout le temps et des vagues de rébellion qui se retournaient surtout contre moi-même.

Et pendant longtemps j’ai pensé que j’avais ruiné ma vie avant même qu’elle ne commence. Peut-être parce que la littérature, les films et la musique ont presque rendu mythologique l’adolescence. Il y a le sentiment que ces années comptent énormément, viscéralement.

De James Dean à John Hughes, la culture populaire a poussé l’idée qu’être jeune est la panacée. Et que si ton adolescence se passe comme il faut avec le bon dosage de fun, de colère, d’excitation et d’aventure, eh bien cela restera et résonnera dans ta vie adulte.

Les années d’adolescence comme l’opportunité de forger la personne que vous serez, d’apprendre à boire de l’alcool, à fumer, avoir des relations sexuelles – ne pas être un enfant en d’autres termes. Légèrement cliché mais plutôt vrai. 

Eh bien, je pense que rien de tout cela n’est vrai. Cela ne veut pas dire que toutes les émotions ressenties quand on était plus jeune n’avaient pas d’importance. Bien sûr qu’elles en avaient. Mais elles n’ont pas, selon toute vraisemblance, dicté le reste de ma vie. On est adulte pour beaucoup plus longtemps que l’on est un adolescent, et tout adulte qui considère que son adolescence a été leur pic, est toujours un peu bizarre.

Celle que j’ai été, n’est pas celle que je suis maintenant. Heureusement… Et comme j’aurais voulu qu’on me le dise à l’époque. Les bons moments tout comme les plus extrêmes et douloureux vont et viennent. Rien ne dure. Toute confusion est normale, mais la bonne nouvelle est que le meilleur est à venir.

“L’adolescence ne laisse un bon souvenir qu’aux adultes ayant mauvaise mémoire.”

François Truffaut

J’ai pensé à quelques films de différentes époques et cultures, qui tous décrivent brillamment cette irruption vertigineuse ressentie quand on se trouve à la dérive, au bord de l’âge adulte. (Bande annonce dans les titres).

La fureur de vivre

La mort prématurée de son étoile, James Dean, a assuré le statut instantané de légende pour ce mélodrame de Nicholas Ray, dans lequel Jim Stark, le nouveau du lycée de Dawson, s’affronte aux gros durs, se rebelle contre ses parents, et essaye de construire une nouvelle famille dans l’amitié. Un rebelle sans cause…

American Graffiti

Trois amis viennent de terminer le lycée et s’apprêtent à entrer à l’université. Le deuxième film de George Lucas était un film de Kennedy pour une public de Nixon. Il commémore et célèbre un temps où être jeune était éphémère. Juste avant que les émeutes, les assassinats et la guerre au Vietnam imprègnent les esprits. Le temps pour s’amuser est court, mais rares sont ceux qui le savent.

Un été avec Monika

Les américains ont apporté la violence et l’Europe le sexe. Dans ce drame d’Ingmar Bergman, deux adolescents fuient sur un bateau et dérivent autour de la côte balte de la Suède, jusqu’à ce que l’automne et l’âge adulte prennent le dessus.

Quadrophenia

Le film de Franc Roddam, librement adapté de l’opéra rock des Who, est l’illusion de l’invincibilité. Une force qui coule à travers soi quand on est jeune et qu’on fait partie du bon groupe. On porte les bons vêtements, on pense les bonnes pensées, on accélère tout droit. C’est incontestablement un Polaroïd de Londres et Brighton en 1964, mais les besoins et les craintes ressentis dans le film restent toujours vrais, même maintenant.

The Breakfast Club

Cinq lycéens aux caractères totalement opposés se retrouvent en colle un samedi après-midi. Un intello, un sportif, un voyou, une princesse et une « folle » découvrent qu’il y a plus à être jeune que vivre dans une case. Au fur et à mesure que la journée passe, ils discutent, se déchirent et finissent par se trouver plus de points communs qu’ils ne pensaient.C’est compliqué de ne pas mettre ce film dans la liste. Cliché mais pas que.

Mean Girls

Au cours des dernières années, le film américain sur l’adolescence a menacé de faire un retour, avec Whip It de Drew Barrymore et Juno de Jason Reitman. Mais ces deux films avec Ellen Page, se sont révélés possibles grâce à Mean Girls, écrit par la formidable Tina Fey et interprété par Lindsay Lohan, dans lequel une ingénue éduquée à la maison plonge dans la jungle du lycée. Ne pas se fier au poster. C’est drôle, sage, infiniment « citable » et si bien observé que ça pique…

9 Comments

des choses à dire

L’adolescence comme moment vertigineux. C’est bien décrit. Je pense souvent que les adultes qui ont vécu une adolescence sans problmème ni souffrance, n’ont pas la même richesse intérieure. C’est tellement intense et douloureux cette période.

Je ne sais pas comment décrire cela …. j’ai eu et je réalise encore ( face à un de mes enfants ) que j’ai un immense respect pour l’adolescence et l’adolescent : faire face à la fois au trouble , à la mutation et à la créativité . C’est peut être toucher à la mort , on réagit avec frivolité , tumulte , ivresse ou peur … bref il en faut du courage pour grandir et quelle ouverture vers la création !!

J’avais vingt ans et je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie.
Tout menace de ruine un jeune homme : l’amour, les idées, la perte de sa famille, l’entrée parmi les grandes personnes. Il est dur à apprendre sa partie dans le monde.

Paul Nizan

je me méfierai de quelqu’un qui aurait eu une adolescence rêvée. Comment être un adulte capable d’empathie, de sentiments et de compréhension si on n’est pas passé soi-même par la souffrance et l’exaltation de l’adolescence! :)

L’adolescence est une maladie. Ce n’est qu’avec chance qu’on réussit à survivre. D’ailleurs il est possible que la vie elle-même le soit aussi. Le meilleur est toujours à venir. Ceci s’applique de même au travail littéraire.

Oui l’adolescence est une maladie. Sinon il n’y a aurait pas autant de centres et maisons de l’adolescence pour les jeunes qui sont dans la souffrance. Ton article tombe juste après une conversation que j’ai eu avec mon fils de 16 ans qui alterne l’assurance chiante des garçons de son âge avec la vulnérabilité dans les moments où on est tous les deux. Je lui disais de vivre comme il pouvait ces moments là et de penser que ce n’était qu’un passage, qu’un moment à passer. Et que rien de ce qu’il décidait ou faisait maintenant n’était définitif. Ce qui rejoint ton rien ne dure, on est adulte pour beaucoup plus longtemps qu’on est adolescent finalement!

Pour ma part je n’ai pas d’enfant mais je me souviens de mon adolescence qui était entre moments de bonheur avec les ami(e)s, les sorties en bandes et les liens trés forts et les gros moments de dépression où je m’enfermais moi aussi dans ma chambre à me couper. Je n’ai jamais cru que je deviendrai une adulte heureuse et épanouie. ce qui est pourtant le cas.

Bonjour Murielle. En quelques phrases tu résumes très bien ce que peut être l’adolescence. Et ta suggestion de films est un bon mélange de classique et d’original. On passe tous par là, c’est ce qu’on en tire, comment on le vit et ce qu’on en fait qui nous définit tout de même un peu. Mais une adolescence terrible et horrible peut toujours être porteuse d’espoir. C’est pour ça que je suis très touché par le suicide des jeunes, trop nombreux, qui n’auront pas pu surmonter ce moment de désespoir.

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